Le goût de l'encre: découvrir Monique Charbonneau

À 81 ans, Monique Charbonneau a droit à une rétrospective remarquable à la... (Photo Pierre Perreault)

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Photo Pierre Perreault

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Jocelyne Lepage
La Presse

À 81 ans, Monique Charbonneau a droit à une rétrospective remarquable à la Grande Bibliothèque. Immersion dans l'univers à la fois serein et inquiétant de cette artiste qui a fait de la gravure sur bois un art de haute voltige.

On dirait que l'oeuvre de Monique Charbonneau, surtout connue comme graveuse, est particulièrement bien adaptée au lieu qui l'accueille jusqu'au 16 août 2009, Bibliothèque et Archives nationales, aussi appelé Grande Bibliothèque. La centaine d'oeuvres exposées permet aux visiteurs d'entrer dans un univers plus silencieux que bavard, discret et mystérieux, appelant plus à la méditation qu'à l'excitation.

 

Monique Charbonneau a étudié la gravure avec Alfred Pellan, puis Albert Dumouchel dont elle deviendra la compagne. Elle fait partie de ces artistes qui ont développé et modernisé l'art de la gravure au Québec au point de participer aux grandes expositions internationales de gravure dans les années 60, années de démocratisation de l'art.

Rétrospective en quatre thèmes

La rétrospective qui lui est consacrée n'est pas conventionnelle. Elle est divisée en quatre thèmes illustrés par des gravures et des peintures surtout, mais aussi des photos et d'autres pièces d'archives - disposées sans respecter l'ordre chronologique. Il est ici moins question de la vie de Monique Charbonneau - une très belle femme qui fait penser à Anne Hébert ou Andrée Lachapelle - que de son art.

Dans la première salle, sous le thème de L'atelier, on fait la connaissance de Monique Charbonneau, jeune, interviewée par Aline Desjardins à l'époque de Femmes d'aujourd'hui. Elle y raconte comment la gravure sur bois est devenue son mode d'expression privilégié. On sent l'intérêt de cette artiste pour les outils mêmes du travail - exposés sous vitrine dans la salle. Elle confie à Mme Desjardins qu'elle n'a pas de diplôme en art, ayant suivi un chemin de traverse. «Les diplômes ne sont pas importants, surtout pour les artistes», dit celle qui deviendra plus tard professeure de gravure à l'UQAM. Cette passion pour les outils et leurs capacités explique sans doute pourquoi les gravures sur bois de Mme Charbonneau sont d'une si grande qualité, et d'une diversité étonnante, comme on le verra dans les salles suivantes sur les thèmes de Nature morte, Eau et Figure humaine.

Entre deux eaux

Ce que l'on retient de notre visite, c'est que, peu importe les thèmes, Monique Charbonneau est toujours entre deux eaux, à la frontière entre l'abstraction et la figuration - en particulier dans sa série de nageurs et nageuses. Ses natures mortes, par exemple, semblent au premier abord conventionnelles. En réalité, un détail ou un autre changent toute la perspective (dans les deux sens du terme). Ses nageurs solitaires ou en groupe, en noir et blanc ou en couleurs, sont portés par un courant, le courant de la vie probablement. On les dirait anxieux, mais ils ne sont pas aussi dramatiques que ceux de Betty Goodwin réalisés à peu près à la même époque (début des années 80).

Ses «figures humaines» correspondent peut-être à des événements de la vie personnelle de Monique Charbonneau. On dirait que l'artiste cède la place aux visiteurs pour l'interprétation des scènes. Certaines font penser aux personnages solitaires dans la neige de Jean Paul Lemieux.

Il y a dans cette salle une oeuvre qui retient particulièrement l'attention: Les tribulations du petit Antoine, une lithographie de 1971. Au premier plan, un enfant aux allures angéliques qui s'enfuit devant un homme nu qui le suit, tandis que dans l'encadrement d'une porte un vieillard attend son tour, accompagné d'un squelette. Ainsi va la vie. Trop vite.

Le goût de l'encre est une exposition bien pensée, soignée, respectueuse à la fois de l'artiste et du public qui viendra découvrir ou redécouvrir Monique Charbonneau. Et le catalogue est de la même facture.

Jouer avec les mots

Dans la salle réservée aux jeunes à la Bibliothèque nationale, il y a une exposition de haïkus - petits poèmes à la japonaise - particulièrement colorée et enjouée. Intitulée Les mots sont des jouets, cette exposition rassemble une cinquantaine de poèmes de Jeanne Painchaud, mis en boîte par des graphistes allumés. Pendant la semaine de relâche, la salle était pleine d'enfants installés devant des écrans qui diffusaient différents dessins animés. Ils étaient aussi invités à faire leurs propres haïkus en s'inspirant des modèles sur les murs. On y voit des poèmes écrits sur des avions en papier, déposés sur des Legos géants, certains s'accompagnent de Froot Loops et autres bonbons. Il y a même un haïku écrit sur un coussin en forme de gâteau au chocolat: «Poudrerie de sucre sur le gâteau chocolat qui ne connaît rien de l'hiver.» Sympathique.

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Le goût de l'encre, Rétrospective Monique Charbonneau, commissaire Hedwidge Asselin. Jusqu'au 16 août. Aussi Les mots sont des jouets, jusqu'au 10 mai. Du mardi au vendredi, de 10h à 22h. Samedi et dimanche, de 10h à 17h. 475, boulevard De Maisonneuve Est, station Berri-UQAM. Entrée libre.

 




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