Charge du milieu médical contre le projet de loi 20

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Le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins.

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La grogne envers les projets de réforme en santé du gouvernement se poursuit. Hier, plusieurs intervenants, dont le Collège des médecins du Québec (CMQ), ont émis de sérieuses réserves sur les projets de loi du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Le Collège des médecins a déclaré hier que Québec fait fausse route en voulant imposer des quotas de patients aux médecins. «Il est peu probable que ces nouvelles mesures coercitives atteindront le but visé», affirme le président du CMQ, le Dr Charles Bernard.

Même si les médecins doivent assumer leur part de responsabilité quant aux problèmes d'accès, le Dr Bernard ajoute que Québec pourrait également faire plus, par exemple, en développant mieux le Dossier Santé Québec.

«On demande plus de transparence du gouvernement. Nous lui demandons de présenter un plan d'ensemble [...] dans le but de mieux évaluer la contribution de chaque projet de loi, et de soumettre le tout au débat public.»

Ingérence en procéation assistée

Les nouvelles directives de Québec en ce qui concerne la procréation médicalement assistée, incluses dans le projet de loi 20, inquiètent aussi le CMQ. Le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert, estime que Québec «s'ingère» dans la gestion des normes de pratique des médecins en procréation assistée, ce qui devrait relever plutôt du CMQ. «Ce n'est pas à la loi de régir la science», ajoute le Dr Bernard.

Le CMQ ne se prononce pas sur la décision de financer ou non la procréation assistée. Il travaille toutefois à l'élaboration d'un «guide des meilleures pratiques», pour mieux encadrer cette activité.

Abolition du travail à l'hôpital

Dans une lettre envoyée à La Presse, le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ), le Dr Bernard Mathieu, estime que non seulement Québec devrait abandonner le projet de loi 20, mais qu'il devrait également envisager d'abandonner les activités médicales particulières (AMP).

Il y a 20 ans, Québec était aux prises avec une pénurie d'effectifs médicaux, en particulier dans les urgences. Il a instauré les AMP, obligeant les médecins de famille à travailler un nombre minimal d'heures en établissement. «De nos jours, la pénurie d'effectifs est pratiquement résorbée, alors pourquoi maintenir cette obligation?», demande le Dr Mathieu.

Médecins à la Clinique Quartier latin de Montréal, les Drs Pierre Côté et Denis Poirier joignent leur voix à celle du Collège des médecins, qui craint que le projet de loi 20 ne pousse les médecins à abandonner les clientèles plus vulnérables. Dans une lettre au ministre Barrette, les deux médecins mentionnent qu'en imposant des quotas de patients, le projet de loi 20 aura des effets désastreux sur leur clientèle, composée entre autres de toxicomanes, de travailleurs du sexe et de personnes atteintes du VIH.

«Le gouvernement parle de pondération pour les patients particuliers. Mais on n'a pas tous les détails. C'est inquiétant», note le Dr Bernard. «On ne veut pas une recette qui éclipse la relation médecin-patient», ajoute le Dr Robert.

Le ministre Barette défend ses projets

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, estime que les cibles de patients qu'il veut imposer aux médecins de famille avec le projet de loi 20 visent simplement «à ce que chaque Québécois ait un médecin de famille».

L'attachée de presse du ministre Barrette, Joanne Beauvais, mentionne que les mesures incitatives et primes «ne semblent pas avoir donné de bons résultats, car il y a toujours un problème d'accès aux soins de santé, malgré les sommes importantes investies précédemment».

En ce qui concerne la procréation assistée, le ministre reconnaît que les questions de déontologie «relèvent du Collège des médecins». «Cependant, étant donné le nombre élevé de grossesses à risque liées à certaines circonstances et certains types de procédures en procréation médicalement assistée, il est de la responsabilité du gouvernement de protéger les futures mères et leurs bébés», explique Mme Beauvais.

Quant aux craintes de certains médecins relativement à l'abandon des clientèles vulnérables, Mme Beauvais rappelle que les patients «dits lourds» seront pondérés afin qu'ils «comptent» selon le temps réel dont ils ont besoin avec leur médecin.

En ce qui concerne les activités médicales particulières, Mme Beauvais mentionne que le projet de loi 20 propose en effet leur abolition «pour les remplacer par les activités de médecine de famille [AMF]». La nature de ces activités fait présentement l'objet de négociations.

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