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Maude Pagé

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Martin Beauséjour
La Presse

Maude Pagé avait fait beaucoup de randonnées, mais jamais sur un sommet qui puisse se comparer à l'Island Peak. C'est lors d'une course au profit de l'Hôpital du Sacré-Coeur qu'elle entend parler du périple pour la première fois. La jeune femme de 29 ans n'a qu'une envie: y participer bien sûr, mais aussi, convaincre son père de 61 ans, chirurgien cardiaque, de la suivre dans l'aventure. «Il adore lire sur le sujet et il s'est toujours décrit comme un alpiniste de salon. Il a accepté au bout d'une semaine.»

La fondation de l'hôpital montréalais souhaitait aussi ajouter un volet recherche à cette levée de fonds. Quand la future cardiologue a signifié aux organisateurs qu'elle voulait participer aux travaux scientifiques proposés par la douzaine de participants, ces derniers lui ont avoué qu'aucun d'entre eux n'avait encore soumis d'idées. La jeune femme a rapidement pris les choses en main. «C'est une opportunité que je ne pouvais pas laisser passer», avoue celle qui est en dernière année de résidence.

Après des mois de préparation, Maude Pagé s'est envolée, le 13 avril dernier, avec dans ses bagages un appareil d'échographie cardiaque, qui allait lui permettre de découvrir des faits étonnants.

Le coeur en altitude

Avec son échocardiographe, l'étudiante a effectué plusieurs lectures lors des différentes étapes de l'ascension. Les conditions, on peut l'imaginer, étaient très difficiles. «L'appareil, avec ses accessoires, pèse environ 25 kilos. Et je devais toujours me brancher à une génératrice que le guide m'avait trouvée. Je pouvais travailler quand ce dernier donnait son accord. Mon énergie devait être partagée entre mes travaux, nos ascensions et mes temps de repos. Heureusement, un sherpa supplémentaire avait été engagé pour transporter mon équipement.»

Des échographies ont été réalisées sur tous les membres, avant le départ, puis à Namche Bazar, une ville située à 3440 mètres d'altitude, à Chukung, à 4730 mètres, puis une fois de retour au pays. C'est une des premières expériences du genre en haute altitude. «Certains groupes ont déjà tenté des recherches similaires, mais les paramètres étaient différents», nuance-t-elle.

Les résultats préliminaires lui permettent d'avancer que le ventricule droit du coeur est altéré en altitude, contrairement au côté gauche, qui ne semble pas être modifié ou diminué.

Au passage, des images des poumons ont aussi été captées, permettant à la jeune femme de détecter des débuts d'oedème pulmonaire. Et ce bien avant que les symptômes ne soient ressentis chez les individus. Mieux: elle a constaté que la plupart de ses collègues avaient une mince couche d'eau sur les poumons, sans pour autant développer d'oedème par la suite. Serait-ce simplement une réaction du corps afin de s'adapter à la haute altitude? Évidemment, une fois compilées et analysées, toutes les données seront des pistes de recherche pour d'éventuels travaux.

Maude Pagé prépare un article sur ses découvertes. Elle les présentera lors du congrès canadien de santé cardiovasculaire de 2012, en octobre prochain, à Toronto. La jeune chercheuse a réussi à soumettre à temps un résumé de communication, en pleine expédition. La date butoir pour les soumissions était le 1er mai dernier. La jeune femme n'est rentrée au pays que trois jours plus tard.

Vertige

La future cardiologue garde plusieurs souvenirs impérissables de cette aventure, comme la vue du mythique mont Everest, au loin, logé entre les nuages. L'expérience de groupe fut aussi émouvante qu'intense. Bien que déjà «la fille à papa», la jeune femme avoue avoir tissé des liens encore plus forts avec son père. Ce dernier a dû renoncer à la dernière montée avant d'atteindre le sommet. Pour des raisons de santé, plusieurs participants ont préféré ne pas gravir la paroi glacée, de 45 degrés, qui les séparaient de leur but ultime. «Le guide nous avait avertis que ce serait le plus gros effort de toute notre vie. Et il avait raison! Une fois au sommet, j'étais heureuse, émue, mais je n'arrêtais pas de me demander comment j'allais faire pour redescendre.»

Maude Pagé a décidément eu la piqûre. Elle repart très bientôt, pour deux semaines, afin de gravir six sommets dans la région de l'Équateur, avec son copain. C'est le guide du Népal qui l'a invitée à se joindre à ce voyage, en lui faisant promettre de ne pas faire de recherche. «Après la génératrice, mes horaires et mes travaux..., je pense que lui aussi, il a besoin de vacances», conclut-elle en riant.

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