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Evens Guercy

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GABRIEL BÉLAND
La Presse

La boxe apprend à coucher son adversaire. Mais elle apprend aussi à se relever. Depuis maintenant six ans, le club de boxe l'Espoir en fait la démonstration, en donnant aux jeunes du quartier Saint-Michel une raison de croire en eux. Derrière ce projet un peu fou, le policier Evens Guercy. Pour son travail auprès des jeunes et contre l'exclusion, La Presse et Radio-Canada lui décernent le titre de Personnalité de la semaine.

Evens Guercy avait un rêve en novembre 2005. Avec une modeste subvention, il a acheté des cordes à danser, des gants de boxe, des sacs de sable. Il n'avait pas assez d'argent pour se procurer un ring. Mais c'était sans importance. Le club de boxe l'Espoir était né.

Six ans plus tard, le sixième gala annuel du club aura lieu le vendredi 11 mai à la TOHU. Une façon de ramasser de l'argent pour le gymnase...maintenant doté d'un ring ! Mais aussi une manière de mesurer le chemin parcouru.

«Le but au départ était d'offrir une alternative à la délinquance juvénile, rappelle Evens Guercy. Mais c'est rendu qu'on a un jeune qui a remporté la médaille de bronze aux championnats canadiens. Alors on se met à rêver, à se dire qu'on a peut-être un espoir olympique! Nos jeunes deviennent des modèles positifs.»

Policier au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Evens Guercy a été confronté à un problème bien précis en 2005. Des jeunes se rassemblaient dans l'édicule de la station de métro Saint-Michel. «Ils étaient en gang, ils faisaient du bruit et ça intimidait certains utilisateurs.» Les plaintes pleuvaient.

« On s'est rendu compte en parlant avec ces jeunes-là qu'ils n'avaient nulle part où aller après l'école », explique M. Guercy. Plutôt que de leur flanquer des contraventions à répétition, pourquoi ne pas leur offrir un endroit où se rassembler et faire du sport?

Même si le projet a toujours été le sien et non celui de la police, M. Guercy en a parlé à ses supérieurs qui l'ont encouragé à aller de l'avant. Un peu plus haut dans la hiérarchie du SPVM, certains ne voyaient pas les choses du même oeil, raconte-t-il.

«Je vous dirais qu'au niveau de la hiérarchie du service de police, ce n'était pas idéal qu'un policier lance un projet qui aurait pu être mal vu, du genre apprendre aux jeunes à se battre, dit-il. Depuis, la perception a beaucoup changé.»

Pour illustrer le succès du club de boxe l'Espoir, le policier de 40 ans cite le cas d'Alexandre Leng. Le jeune d'origine cambodgienne avait 12 ans lorsqu'il a mis les pieds au gym pour la première fois. Il était un peu mal dans sa peau, un peu timide. Aujourd'hui âgé de 17 ans, il a remporté la médaille de bronze aux championnats canadiens de boxe.

Puis, il y a le cas de Tcheguevara St-Jean, un autre des boxeurs de l'Espoir. Le jeune de 18 ans campe le rôle d'un élève turbulent dans la série 30 vies.

« Ces jeunes-là envoient le message qu'on a beau vivre dans un secteur difficile, il y a moyen de s'en sortir, explique M. Guercy. On peut faire comme Alexandre Leng et se rendre aux championnats canadiens. On peut faire comme Tcheguevara St-Jean et aller à la télévision. On peut faire comme ces jeunes qui vont à l'université. C'est ça qu'on offre aujourd'hui.»

Le club a maintenant un nouveau membre. Le fils d'Evens Guercy, 8 ans, a décidé cet été de troquer le gant de baseball pour ceux de boxe. Un autre jeune qui s'ajoute à la famille du club de boxe l'Espoir. «Car on est vraiment une famille. Quand un jeune perd un combat, ce sont les autres qui vont le réconforter, qui lui disent de ne pas abandonner », explique M. Guercy.

Les succès du club sont maintenant reconnus au plus haut de la hiérarchie du SPVM. Le directeur, Marc Parent, n'hésite pas à saluer le travail accompli par son policier. «La boxe peut transmettre des notions de respect de l'adversaire, de respect de l'arbitre, de persévérance et de discipline, explique-t-il. Elle montre que dans la vie, si tu veux arriver à quelque chose, il faut que tu t'investisses. »

Ces heures d'entraînement et ces litres de sueur sont sur le point de porter leurs fruits pour les quelque 70 jeunes qui fréquentent l'Espoir. Le vendredi 11 mai aura lieu l'un des moments les plus forts de leur année sportive, avec la tenue du gala annuel de financement. «C'est une fierté incroyable pour les jeunes de se mesurer dans une belle salle comme ça, qui peut accueillir 1000 personnes, devant leur famille et leurs amis, explique M. Guercy. C'est majestueux!»

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