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Louis Hamelin

Louis Hamelin.... (Photo: Jessica Garneau, Imacom)

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Louis Hamelin.

Photo: Jessica Garneau, Imacom

 

Anne Richer
La Presse

La constellation du Lynx a suscité l'enthousiasme général dès sa parution, en 2010. On a souligné le souffle de l'auteur, son style, la profusion de détails qu'il emprunte à l'histoire, sa vision et bien d'autres qualités. Pour ce livre d'une grande portée, Louis Hamelin s'est vu décerner au début de mai le prestigieux Prix des libraires du Québec, dans la catégorie roman québécois. Il a reçu également le Prix littéraire des collégiens. La Presse et Radio-Canada tiennent à souligner son immense talent en le nommant Personnalité de la semaine.

La mémoire historique récente est souvent empreinte d'émotions qui font faiblir la lumière sur l'authenticité des faits et participent à la naissance de mythes. Louis Hamelin avait 10 ans lorsque survint la crise d'Octobre 1970 au Québec. L'enfant, devenu grand et, de surcroît, romancier, a eu envie de débusquer les mystères, de pister et de raconter une vérité sous une forme imaginaire et pourtant bien documentée. La constellation du Lynx (Boréal) réussit l'exploit de tenir son lecteur en haleine, avec près de 600 pages, et d'inscrire le Québec dans l'histoire du monde des années 60.

Travail phénoménal

Louis Hamelin le dit lui-même: au cours des huit années de recherche et d'écriture qu'a exigées ce roman, il a cru qu'il n'en verrait jamais le bout. Il s'est même offert une année de pause pour écrire un recueil de nouvelles, histoire de plonger ailleurs. Il reconnaît toutefois que, avec l'aspect obstiné de sa nature, il n'a pu échapper à la présence constante en lui des multiples personnages liés à cette grande épopée de la crise d'Octobre.

Il l'avoue: «Le travail d'enquête m'a accaparé au point où, parfois, j'étais dans une bulle assez étanche. Cela devient une obsession, surtout parce qu'il y a une vérité à découvrir.» Il n'a pas hésité à s'aventurer au-delà des faits connus, sur les zones plus sombres d'Octobre 1970, sur le cheminement de personnages troubles, des vérités tronquées, des secrets.

Il lui a fallu, près de la ligne d'arrivée, juger l'ensemble des renseignements glanés, émonder et planer au-dessus pour une vue d'ensemble. Un beau jour, avec toute sa force de concentration et d'esprit logique, il a mis en place les morceaux du casse-tête. Il a modelé l'oeuvre ultime comme une sculpture et réussi comme il l'a si bien fait, au terme d'une création difficile certes, un livre unique, original, désormais inscrit comme oeuvre majeure.

D'ici et d'ailleurs

«Je me sens québécois; en même temps, je veux être universel», précise l'écrivain, qui ne nie pas l'influence des grands auteurs américains, qui mettent souvent eux aussi beaucoup de temps à peaufiner un livre. Il croit que cette partie de notre histoire est comme celle d'ailleurs dans le monde et que c'est la manière dont le livre est écrit qui le rend universel.

Son autobiographie s'est écrite par bribes réparties sur l'ensemble de ses romans. À cet égard, il cite Kundera: «Un personnage est toujours une potentialité de nous-mêmes.» Il n'a pas encore exploré d'un seul trait son univers intime. Mais cela viendra sans doute.

La nature est très présente dans l'oeuvre de Hamelin et vient de plusieurs sources: la terre, la montagne et la mer. Il est né en juin 1959, sur une terre agricole dans la vallée du Saint-Maurice. De l'âge de 8 à 16 ans, il a vécu avec sa famille à Maria, en Gaspésie. «C'est un privilège de vivre près de la mer.» Il a pensé devenir biologiste - il a un baccalauréat en agriculture de l'Université McGill. À l'adolescence, il a une véritable passion pour la nature, les bêtes, tout ce qui vit.

Le journalisme étudiant lui a ouvert une voie, celle de faire réagir, d'influencer. «Petit à petit, ce qui m'a mené à l'écriture de romans a été d'abord le besoin de m'exprimer et, ensuite, de changer le monde.» Son premier roman, La rage, paru en 1989, lui vaut le prix du Gouverneur général. On le perçoit déjà comme un auteur important. Louis Hamelin mesure le temps parcouru.

Il correspond, reconnaît-il un peu à la blague, au type de l'écrivain solitaire dans sa cabane en forêt. «D'ailleurs, j'y ai vécu cinq ans, en Abitibi.» C'est un liseur boulimique - pour son travail de chroniqueur littéraire, mais aussi parce que la lecture est «le vrai grand plaisir de la littérature».

Aujourd'hui, confie-t-il, il peut vivre de sa plume. Il a loué un modeste bureau au dessus d'une galerie d'art, à Sherbrooke: «Pour me donner l'illusion de partir au travail le matin et, comme un simple travailleur, de rentrer le soir à la maison» - où l'attendent une compagne et un bébé de 6 mois.

Tout ce qui s'est écrit dans le temps et dans le monde ne doit pas nous décourager. Louis Hamelin fait émerger, comme tout ornithologue passionné, cette image: «On est comme la paruline jaune qui chante sur sa branche: elle connaît son moment de vérité. Tout comme l'écrivain qui le rêve et l'affirme.»

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