La SQ n'a rien trouvé sur Fournier ni sur Bachand

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Ulcéré de voir son intégrité mise en doute dans les médias, le leader parlementaire Jean-Marc Fournier soutenait être en réflexion quant à la possibilité pour lui de demeurer en poste.

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(Québec) Après cinq mois d'enquête, la Sûreté du Québec (SQ) n'a rien trouvé permettant de corroborer les allégations d'Yves Francoeur, président du syndicat des policiers de Montréal, selon qui une intervention politique avait bloqué des accusations visant Jean-Marc Fournier et Raymond Bachand, deux gros canons du gouvernement de Jean Charest.

L'enquête n'est pas terminée, «mais il n'y a absolument rien là-dedans qui puisse déclencher des accusations», a souligné une source policière de haut niveau. On n'a rien trouvé dans les dossiers des enquêteurs de l'époque de Diligence; rien non plus dans l'écoute électronique qui, selon les sources d'Yves Francoeur, était une pièce centrale dans l'investigation avortée touchant les deux politiciens libéraux.

Pour parer aux soupçons quant à son indépendance de la politique, la SQ a ajouté une couche de contrôle à ce qui n'est encore qu'une «validation d'allégations».

«À la lumière des informations publiées [lundi], et dans un souci de maintien de confiance de la population, la décision fut prise d'élargir l'équipe responsable du dossier», a expliqué la SQ dans un communiqué.

«Elle sera dorénavant placée sous la supervision d'Yves Morency, directeur adjoint de la SQ. Me Madeleine Giauque, directrice du BEI, a accepté d'agir à titre de co-gestionnaire.»

Déjà, depuis mai dernier, des enquêteurs de la SQ, de la Gendarmerie royale du Canada et de la police municipale de Québec travaillaient sur les allégations de M. Francoeur.

Au micro de Paul Arcand, à la fin d'avril, le jour où le gouvernement déposait son projet forçant le port de l'uniforme pour les policiers, M. Francoeur avait soutenu que la police avait accumulé de lourdes preuves de trafic d'influence touchant deux élus libéraux, dont un siégeait toujours à l'Assemblée nationale. Une intervention de la direction avait stoppé le cheminement du dossier qui, normalement, aurait débouché sur des accusations, selon lui.

L'éventualité d'un retrait

Semblant ébranlé, lundi, Jean-Marc Fournier avouait avoir songé à se retirer de son poste, le temps que la police fasse un peu de lumière sur cette affaire.

Ulcéré de voir son intégrité mise en doute dans les médias lundi matin, M. Fournier soutenait être en réflexion quant à la possibilité pour lui de demeurer en poste. Mais on est bien loin d'un retrait du Conseil des ministres. «Je me pose la question, c'est un peu plate d'accepter d'être au centre d'une manoeuvre de déstabilisation du gouvernement. Si je me retire, je donne raison [à M. Francoeur] et contribue à déstabiliser le gouvernement. De me retirer alors qu'il n'y a rien... j'ai l'impression de répondre et d'encourager une manoeuvre de déstabilisation», affirme-t-il toutefois.

Il s'est dit conscient que dès ce matin, à l'Assemblée nationale, les partis de l'opposition réclameront sa tête.

De passage à New York, Philippe Couillard a renouvelé sa confiance envers le leader parlementaire du gouvernement. Il faut, selon lui, «prendre avec un grain de sel» les allégations de M. Francoeur. «Moi, j'ai confiance en M. Fournier. Il va continuer à présenter son côté de cette histoire-là et, pour l'instant, ça s'arrête là.»

En point de presse, M. Fournier a souligné qu'aucun policier ne l'avait contacté sur une activité de financement en mai 2008 au 1000, rue de la Commune, dans le Vieux-Montréal. M. Francoeur affirme que selon cinq sources, la police avait terminé une enquête autour de tractations d'un entrepreneur immobilier qui, contre financement au Parti libéral du Québec, demandait une intervention des ministres Jean-Marc Fournier et Raymond Bachand.

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«Épouvantable», dit Bachand

Or, en dépit des «sources» de M. Francoeur, M. Bachand n'était même pas à ce cocktail-bénéfice; c'est plutôt Claude Béchard, aujourd'hui décédé, qui participait à cet événement de financement pour la circonscription de Châteauguay, que représentait M. Fournier à l'époque.

Joint lundi, en marge d'une réunion sur le libre-échange à Ottawa, M. Bachand a dit trouver «épouvantable» le traitement médiatique autour des allégations de M. Francoeur. Comme Jean-Marc Fournier, il a martelé que jamais de sa carrière on ne lui avait proposé du financement contre une intervention dans un dossier. M. Bachand, pas plus que son ex-collègue Fournier, n'a été interrogé par la police sur les allégations de M. Francoeur.

Sans pouvoir en matière de zonage (une compétence municipale), M. Fournier se souvenait qu'on lui avait parlé alors d'un projet aux îles de Boucherville, «pour lequel il y avait des problèmes d'acceptabilité sociale», et qui ne s'est jamais réalisé.

Au Directeur général des élections, la porte-parole Alexandra Rény a soutenu qu'aux archives du DGE on ne retrouvait aucune trace d'un tel cocktail de financement, au lieu et au moment évoqués.

Une immunité particulière, selon Lisée

Pour le chef du PQ, Jean-François Lisée, le premier ministre Couillard n'avait pas pris ainsi «avec un grain de sel» les allégations au sujet de Sam Hamad, Pierre Paradis ou Gerry Sklavounos; il avait ordonné leur retrait du Conseil des ministres ou du caucus libéral.

«Qu'est-ce qui fait que Jean-Marc Fournier a droit à une immunité particulière?», s'est interrogé le chef péquiste. Le bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales a engagé une enquête, rappelle M. Lisée, «il y a plusieurs mois». «Comment se fait-il qu'on ne sache encore rien, que MM. Fournier et Bachand n'ont pas été rencontrés? Je trouve que c'est toujours très long, ces histoires-là.»

Pour Amir Khadir, de Québec solidaire, M. Fournier «est le suspect numéro deux de ce scandale. C'est le bras droit de M. Couillard comme ce l'était de M. Charest», et il devrait démissionner.

- Avec la collaboration de Richard Hétu




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