Régimes de retraite municipaux: négociations tendues

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Le porte-parole de la  Coalition syndicale pour la libre négociation, Marc Ranger

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

Le compte à rebours commence dans le milieu municipal. Les négociations qui imposent une restructuration des régimes de retraite doivent avoir débuté au plus tard le 1er février, soit d'ici la fin de la semaine qui s'amorce. Et, au dire de quelques syndicats joints par La Presse Canadienne, les relations sont tendues et la rancoeur demeure. Ils estiment n'avoir plus guère de marge de manoeuvre.

Mais les villes diffèrent d'opinion et croient qu'il y a moyen de trouver une solution adaptée à chaque régime.

En vertu de la loi qui a imposé le partage moitié-moitié du coût des régimes de retraite, les organismes municipaux avaient jusqu'à lundi dernier, le 19 janvier, pour tenir une séance au cours de laquelle était présenté un rapport de la situation financière des régimes.

C'est à cette occasion qu'à Montréal, par exemple, on a établi le déficit des régimes de retraite des employés municipaux à 1,86 milliard $. À Québec, on a enregistré un déficit total de 585 millions $ comprenant les périodes avant et après les fusions municipales.

«La loi nous impose la négociation, mais qu'est-ce qu'il reste à négocier?», se demande Marc Ranger, directeur adjoint au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ).

«La loi dit: jasez tant que vous voulez, amusez-vous tant que vous voulez, mais le partage est 50-50. Normalement, dans une négociation, il y a des compromis: je donne, mais en retour je peux avoir des choses. Mais là...», conclut avec dépit M. Ranger.

À la CSN, plus de 50 syndicats sont touchés par la question, souligne en entrevue Denis Marcoux, président de la Fédération des employés des services publics de la CSN.

«Il y a des gens qui avaient fait des choix d'investir plus dans le régime de retraite que dans la rémunération et les autres dimensions de l'enveloppe de rémunération globale. Ceux qui ont fait le choix de l'épargne, d'investir dans le régime de retraite, sont attaqués de plein fouet par la réforme, parce que ce sont eux qui ont les meilleurs régimes», déplore-t-il en entrevue.

«Ça s'annonce ardu. C'est un bris de contrat», estime M. Marcoux, puisque la loi a préséance sur des ententes qui avaient été signées en toute bonne foi par les parties. «C'est le bris de la parole donnée», ajoute-t-il, parlant d'une «grande cassure (qui a) des impacts majeurs».

Pour la CSN, des négociations auront notamment lieu dans les villes de Gatineau et Saguenay. «Dans plusieurs endroits, on avait un climat de travail respectable où les gens pouvaient se parler et on pouvait se mettre en mode de résolution de problèmes. Mais la loi a handicapé beaucoup la nature de ces relations-là», déplore M. Marcoux.

À la Ville de Sainte-Thérèse, au nord de Montréal, les employés syndiqués à la CSN négocient depuis plus de trois ans, la convention étant échue depuis le 31 décembre 2011. Et la question du régime de retraite, qui est capitalisé à 89%, est au coeur du litige, ont indiqué en entrevue les président et vice-président du syndicat, Daniel Gauthier et Yannick Dubois.

«Les relations de travail sont tendues», opine M. Gauthier, qui déplore aussi «une tension entre les jeunes et les vieux» employés à cause de la restructuration du régime de retraite.

«Depuis cette loi-là, les relations de travail, s'ils voulaient les casser, s'ils voulaient mettre la marde dedans, bien ils l'ont fait assez bien», lance M. Gauthier.

Au SCFP, M. Ranger évoque le cas du régime de retraite des chauffeurs d'autobus de la Société de transport de Montréal, qui est visé par la restructuration et qui est pourtant capitalisé à 116 ou 118%, selon lui.

Le régime de retraite des policiers de Montréal aussi est «en bonne santé financière, en situation de pleine capitalisation», note M. Ranger. Pourtant, eux aussi «devront faire des sacrifices» en vertu de la loi. «Ce matin, je rencontrais des policiers. Un me disait «moi, je paie 140 $ par semaine dans mon régime de retraite, actuellement, et demain matin, avec l'application de la loi, je vais me retrouver à l'échéance à doubler ma contribution. Ça n'a pas de bon sens, je vais être obligé de doubler ma contribution, alors que mon régime est en santé», rapporte M. Ranger.

Encore aujourd'hui, même si la loi a été adoptée avant Noël, «il y a de la colère dans plusieurs groupes. Dans la majorité des endroits, si je prends Laval, Montréal, Longueuil, Sherbrooke, il y a là des situations tendues. À Montréal particulièrement, c'est tendu dans l'ensemble des dossiers: policiers, pompiers, cols bleus, cols blancs, professionnels, l'ensemble des groupes sont sur un pied de guerre à Montréal», résume M. Ranger.

Villes

À l'Union des municipalités du Québec, la présidente Suzanne Roy dit comprendre qu'il y ait encore «une certaine frustration» de la part des syndiqués, mais elle souhaite tout de même que les négociations qui s'amorcent se fassent «dans l'ambiance la plus sereine possible».

Mme Roy rappelle en entrevue que cette loi vise justement à assurer la pérennité des régimes. «On l'a vu avec les présentations (du 19 janvier), on a constaté que malgré cinq années de bons rendements dans la plupart des régimes, on est encore avec de gros déficits», souligne-t-elle.

Mme Roy croit qu'il reste de la marge de manoeuvre pour négocier, contrairement à ce qu'affirment les représentants syndicaux. «Dans certains cas, on va préférer des ajustements au niveau de la prime, dans d'autres cas, on va préférer travailler au niveau des avantages qu'octroie le régime, donc chaque régime de retraite, selon sa réalité, va devoir maintenant mettre des solutions en place», dit-elle.

Les syndicats avaient menacé de contester la loi devant les tribunaux et ils mettent maintenant leur menace à exécution. Marc Ranger parle de 10 requêtes par les différents syndicats, mais ils comptent les regrouper et comparaître ensemble. Ils devraient préciser leurs démarches à ce sujet la semaine prochaine.

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