Hauts fonctionnaires: mises à pied peu fréquentes et rémunération variable

Plusieurs vétérans des cabinets libéraux voient leur rémunération... (PHOTO MYRIAM GILLES, ARCHIVES LA PRESSE)

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Plusieurs vétérans des cabinets libéraux voient leur rémunération haussée avec la nouvelle donne du gouvernement Couillard.

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(Québec) Dans la haute fonction publique à Québec, tout ce qui monte ne redescend pas. On peut être rétrogradé et voir son salaire augmenter. On ne trouve aucune cohérence dans la rémunération des représentants du Québec à l'étranger.

C'est ce qui ressort de la liste des changements dans la haute fonction publique québécoise, un document obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information gouvernementale. Dans la chaise musicale qui touche 70 mandarins depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux, on constate que la rémunération est davantage tributaire de la tête du client que de la fonction occupée.

Le gouvernement Marois avait nommé Caroline Emond comme déléguée générale du Québec à Bruxelles. On avait évalué que le poste méritait alors 146 000$ par année pour cette cadre venue de Bombardier, retournée au secteur privé. Le gouvernement Couillard vient de nommer à la même fonction le sous-ministre aux Relations internationales, Michel Audet, à un salaire de 202 000$. De plus, M. Audet garde sa permanence du conseil exécutif - l'universitaire avait été nommé pour une première fois par le gouvernement Charest comme premier représentant du Québec à l'UNESCO.

Le gouvernement Marois avait nommé l'ex-journaliste Dominique Poirier comme déléguée à New York; il y a exactement un an, elle remplaçait au pied levé l'ancien chef péquiste André Boisclair. Pour ce poste stratégique, responsable de tous les bureaux américains, on avait fixé le salaire à 175 000$. On a rapatrié Mme Poirier, avec un contrat de trois ans comme sous-ministre, pour la prêter immédiatement à la Ville de Montréal. Son salaire a toutefois été porté à 179 000$, au même niveau que son successeur dans la Grosse Pomme, Jean-Claude Lauzon, une bonne connaissance du ministre Jacques Daoust.

On a nommé à Londres l'ancien ministre libéral Chistos Sirros, qui avait été nommé à Bruxelles par Jean Charest. Le décret de nomination de M. Sirros prévoit un salaire de 108 000$, parce qu'on lui déduit la moitié de la pension qu'il obtient à titre d'ancien ministre et député à l'Assemblée nationale.

Des adieux sans cérémonie

Les fins d'engagement sont plutôt rares au Parnasse des ambassadeurs du Québec.

Michel Côté, nommé par le PQ, a été forcé de quitter son poste de représentant du Québec à Munich, l'été dernier.

Nommé presque en même temps que Mme Poirier, ex-journaliste lui aussi, Stéphane Paquet avait obtenu 148 000$ pour être délégué général à Londres, sous le gouvernement Marois. Le gouvernement Couillard l'a ramené, et a mis fin à son contrat pour quelques semaines d'indemnité de départ.

Le PQ avait mis fin abruptement à la nomination de Paul Terrien, bonne connaissance de Jean Charest, à la délégation d'Ottawa. Le règne de Richard Yves Lelay, son successeur péquiste, s'est terminé de la même façon. Organisateur de Jacques Duchesneau au municipal, il était l'ancien patron d'Andrée Corriveau, devenue chef de cabinet d'Alexandre Cloutier, le ministre qui était responsable des bureaux du Québec dans le reste du pays sous le règne du PQ.

Tablettes dorées

Dans le langage codé des mandarins, un administrateur d'État «affecté» à un sous-ministre ou à un président d'organisme est une formule polie pour désigner une tablette. D'autres régimes avaient d'autres formules - «ministre-conseil» à Ottawa ou administrateur d'État doté d'un mandat microscopique.

Jean-Guy Lemieux, bon ami d'André Fortier, le responsable des nominations, a eu récemment une carrière en montagnes russes. Vice-président de la Régie de l'assurance maladie, à 179 000$, on le recase, en août, comme «dirigeant principal de l'information», à 197 000$. Il se retrouve plongé dans une controverse, et son patron Martin Coiteux, président du Conseil du trésor, après l'avoir défendu pendant des semaines, le laisse subitement tomber. Retour à la case départ, comme «administrateur d'État» affecté au sous-ministre du Trésor, encore à 179 000$. Un autre qui a la même fonction: Jean-Marie Lévesque, son prédécesseur comme «dirigeant de l'information», le grand patron de l'informatique. M. Lévesque gagnait alors 208 000$; pour sa fin de carrière, on le paie 190 000$ par année.

Nomination demandée par Mme Marois avant de partir, Marc-André Beaulieu fait aussi dans l'occupationnel à 119 000$ comme administrateur «affecté» à la sous-ministre à la Culture. À la retraite de la Sûreté du Québec depuis 10 ans - son départ avait nécessité une entente hors cour -, Richard St-Denis est «titulaire affecté auprès du sous-ministre de la Sécurité publique», une fonction qui lui donne 106 000$ par année parce qu'on doit soustraire la moitié de sa pension comme ancien cadre de la SQ.

À l'Office des personnes handicapées, Pauline Marois avait fait nommer Sylvie Tremblay comme directrice. Elle avait travaillé au cabinet de la première ministre à l'époque où elle était à la Santé. Sous les libéraux, Mme Tremblay est dégommée, mais gratifiée d'un titre bien particulier: «titulaire hors structure en prêt de service auprès du président-directeur par intérim de l'Agence de la santé de Laval» ! Mais pas d'inquiétudes: elle conserve son salaire de 138 000$ par année.

Bernard Lauzon, conseiller économique de Jacques Parizeau puis de Lucien Bouchard, passé à la Caisse de dépôt, était avant les élections secrétaire général responsable du «développement nordique». Lui aussi a été ramené au niveau de conseiller auprès d'un sous-ministre, mais son salaire n'a pas bougé, à 202 000$.

Les rouges de retour

Jean Séguin, ancien conseiller économique de Daniel Johnson, a suivi le cheminement inverse: «tabletté» à 154 000$ comme conseiller au sous-ministre du MRI dans le gouvernement du PQ - il était auparavant sous-ministre aux Affaires municipales -, il est redevenu sous-ministre au commerce extérieur sous les libéraux, toujours au même salaire.

Mais plusieurs vétérans des cabinets libéraux voient leur rémunération haussée avec la nouvelle donne du gouvernement Couillard. Jocelyn Dumas, un bras droit de Daniel Johnson, qui avait goûté au Travail comme sous-ministre, avait été «tabletté» à l'École nationale d'administration publique, à 190 000$ par année. Son retour en grâce comme sous-ministre au Développement économique porte son salaire à 200 000$. Nicole Dussault, brièvement apparatchik libérale, était sous-ministre adjointe aux Institutions démocratiques, où Bernard Drainville avait fait nommer un homme de confiance, Jacques Gosselin, le responsable de la Charte de la laïcité. Me Dussault a vu son salaire passer de 154 000$ à 161 000$ sous les libéraux, avant de prendre sa retraite.

Le responsable du ménage dans la gestion du CHUM, Michel Fontaine, est passé de sous-ministre adjoint à sous-ministre en titre à la Santé, son salaire est à l'avenant porté de 201 000 à 230 000$. Il remplaçait Lise Verreault, passée de la Santé à l'Emploi, un ministère moins important, mais toujours au même salaire, soit 230 000$.

- Avec la collaboration de Serge Laplante

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