Pont «Maurice-Richard»: Couillard revoit sa position

Illustration du pont qui remplacera l'actuel pont Champlain... (PHOTO FOURNIE PAR INFRASTRUCTURE CANADA)

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Illustration du pont qui remplacera l'actuel pont Champlain pour relier la rive-sud de Montréal à l'Île-des-Soeurs et l'île de Montréal.

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(Québec) Après avoir accueilli favorablement l'idée de baptiser «Maurice-Richard» l'infrastructure qui remplacera le pont Champlain, le premier ministre Philippe Couillard sert maintenant une mise en garde à Ottawa quant au choix du nom. Et le chef caquiste François Legault a modéré l'enthousiasme exprimé par ses troupes en fin de semaine.

«On assiste à une manifestation de respect envers la mémoire de Samuel de Champlain, qui a contribué, sur le plan historique et géographique, bien sûr, à l'édification du Québec. C'est une décision qui appartient au gouvernement fédéral, mais je l'enjoins de la considérer avec attention, de considérer l'importance de continuer à honorer la mémoire de Samuel de Champlain, peut-être trouver également une façon d'honorer la mémoire de Maurice Richard, qui est, encore une fois, un personnage important pour le Québec, pas uniquement sur le plan sportif», a affirmé M. Couillard lors d'une conférence de presse en compagnie du président français François Hollande, mardi.

«Ce qui est regrettable dans cette polémique, c'est qu'on met en opposition un peu artificielle deux personnages importants pour des raisons différentes», a-t-il ajouté.

Lors de sa visite en Islande, M. Couillard avait tenu un autre discours. « Je ne suis pas contre l'idée » de nommer le futur pont à la mémoire de Maurice Richard. «Je pense qu'effectivement, c'est un bon repère», disait-il.

Lundi, dans un discours aux Communes, François Hollande a rappelé le rôle crucial qu'a joué Samuel de Champlain dans la fondation du Canada. Il a fait de même à l'Assemblée nationale mardi. Il n'a pas voulu en remettre une couche en conférence de presse.

«La France ne fait pas pression pour qu'on baptise ou qu'on débaptise des ponts, des rues ou des avenues. Nous, nous avons suffisamment confiance dans l'histoire pour savoir que ce n'est pas un pont, une rue qui permet de cultiver la mémoire, c'est ce que nous sommes capables de faire par rapport à ce qu'a été l'histoire commune. Je ne doute pas que les autorités qui vont prendre cette décision, qui sont les autorités fédérales, sauront trouver les bons noms pour porter les bons espoirs et les bons messages au peuple», a-t-il affirmé.

La CAQ modère son enthousiasme

Cette fin de semaine, deux lieutenants de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Bonnardel et Gérard Deltell, se sont déclarés favorables à l'idée de rebaptiser le pont Champlain au nom du célèbre hockeyeur. Mais mardi, leur chef François Legault a été beaucoup plus nuancé. Il a même lancé une pointe au gouvernement Harper.

«Peut-être qu'en enlevant quelque chose qui existe déjà, comme le nom «pont Champlain», ce n'est peut-être pas approprié», a indiqué M. Legault.

Selon lui, il faut trouver un moyen d'honorer à la fois Samuel de Champlain et Maurice Richard. Il a bon espoir qu'Ottawa se montrera sensible à l'opinion des Québécois.

«La beauté de la controverse qu'on vit depuis quelques jours, c'est qu'on n'a jamais autant parlé de Samuel de Champlain», a dit M. Legault.

Le Parti québécois s'est opposé dès samedi à l'idée de rebaptiser le pont Champlain. Le candidat à la direction Jean-François Lisée estime que le projet du gouvernement Harper trahit sa «bêtise» et son «mépris» pour les Québécois.

«Il n'a aucun respect pour la nation québécoise, a-t-il dénoncé. De dire je vais débaptiser dans votre ville principale votre pont principal, sans vous consulter, sans vous demander si vous êtes d'accord, c'est un manque de respect.»

Lebel soutient que la réflexion se poursuit

Ottawa assure que le choix n'est pas arrêté en ce qui concerne le nom du nouveau pont Champlain. Mais déjà, la rumeur voulant qu'il soit rebaptisé «Maurice-Richard» provoque une levée de boucliers du côté des partis d'opposition fédéraux.

Le ministre fédéral de l'Infrastructure, Denis Lebel, a déclaré mardi en Chambre que la «réflexion se poursuit» dans ce dossier et que la priorité du gouvernement était «de construire un nouveau pont d'ici 2018».

Il a déploré la tournure du débat sur le nom de la structure, soutenant que «lorsque les gens opposent ces deux géants de notre histoire, on ne rend pas justice à ces deux personnalités marquantes pour notre histoire dont la mémoire mérite d'être commémorée et respectée».

Mais quel que soit l'aboutissement de cette réflexion, le député libéral Stéphane Dion tire la sonnette d'alarme: débaptiser le pont équivaudrait selon lui à un «ratatinage» de l'histoire nationale.

Car Samuel de Champlain a joué un rôle crucial dans la fondation du Québec et du Canada; et le père de la Nouvelle-France ne devrait pas avoir à céder ainsi le pas au légendaire numéro 9 du Canadien de Montréal, a soutenu M. Dion en entrevue téléphonique.

«Il y a bien des façons d'honorer Maurice Richard et tout ce qu'il représente, toute la détermination et la fougue que ce personnage incarne. Mais en même temps, le personnage de Samuel de Champlain, c'est à la base de notre histoire, c'est fondamental», a-t-il plaidé.

La Presse a révélé il y a quelques jours que le ministre Lebel avait tranché, et que la structure qui enjambera le Saint-Laurent rendrait hommage à la légende du Canadien.

M. Dion accuse le gouvernement Harper d'avoir coulé cette information à des fins purement politiques.

Les conservateurs cherchent à créer «une diversion quant au débat sur le péage» et à faire cheminer l'idée qu'il s'agit d'un nouveau pont puisqu'il porte un nouveau nom, ce qui légitimerait en quelque sorte leur projet d'instaurer un péage, a-t-il analysé.

«Ils espèrent que les libéraux vont être critiqués pour la position que nous prenons, mais non, je crois que la grande majorité des Québécois et des Montréalais vont être tout à fait d'accord», a-t-il suggéré en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Du côté de l'opposition officielle, on abonde dans le même sens.

Après avoir fait valoir que le véritable enjeu dans le dossier du pont était celui du péage, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a lancé que la reconnaissance de l'importance historique de Samuel de Champlain devrait «perdurer avec la nouvelle construction».

Il a affirmé que la question du nom de la structure est essentiellement du «racolage» et que les conservateurs semblent être à la recherche «d'un faux-fuyant pour ne pas être obligés de parler des vraies affaires».

Libéraux et néo-démocrates ont pu compter sur l'appui indirect du président français François Hollande, qui a rendu hommage au fondateur de Québec lors de son discours aux Communes, lundi.

«Il y a tout juste 400 ans, un Français originaire des Charentes, Samuel de Champlain, remontait le Saint-Laurent depuis l'océan et fondait un nouveau pays, votre pays», a relaté le président de la République française devant les parlementaires.

Le quotidien français Le Figaro avait quelques heures auparavant publié un article dans lequel il dénonçait un véritable «camouflet» qu'infligeait le premier ministre Stephen Harper à son invité.

De passage à Québec, mardi, le président Hollande a de nouveau fait référence à l'héritage de l'explorateur.

Il n'a cependant pas voulu s'immiscer davantage dans le débat, affirmant que «la France ne fait pas pression pour qu'on baptise ou qu'on débaptise des ponts, des rues ou des avenues».

 - Avec Mélanie Marquis, La Presse Canadienne

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