ANALYSE

Un règlement de comptes est à prévoir au PQ

Pauline Marois... (Archives La Presse Canadienne)

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Pauline Marois

Archives La Presse Canadienne

(Québec) Deux proches conseillers de Pauline Marois discutent à bâtons rompus avant le second débat télévisé. Ils viennent de terminer les pénibles séances de préparation de la chef péquiste.

«Je ne suis pas sûr qu'elle est assez prête», dit le premier. «Elle est aussi prête qu'elle peut l'être!», répond le second.

Les stratèges péquistes auraient pu jouer de finesse, radiographier le cerveau des électeurs, d'entrée de jeu, la campagne était plombée: Pauline Marois, avec toutes ses qualités humaines, n'était pas assez politicienne pour conserver son poste de première ministre du Québec. Elle manque d'instinct, d'agressivité, de sens de la répartie. Après 33 jours de campagne, Mme Marois aura fait «passer le message» prévu tout au plus «un jour ou deux», admet-on à l'interne.

Les erreurs de la campagne péquiste, «les raisons du naufrage», dira un organisateur de premier plan, sont nombreuses. Et la garde rapprochée de Mme Marois commence à les évoquer.

Le jour des élections, les sympathisants sont restés chez eux parce qu'ils ne «comprenaient plus la campagne péquiste». Encore une semaine, et la CAQ de François Legault avait des chances de former l'opposition officielle.

Ses conseillers avaient cru que le «livre blanc sur l'avenir du Québec» écarterait l'embarrassant débat référendaire: on parlerait de ça plus tard. «Elle avait sa cassette à réciter et elle n'est jamais restée dessus... Que peut-on faire?», de lancer un proche conseiller.

Lors d'un point de presse en apparence anodin, sur le tourisme, une question surgit avant qu'on range l'équipement: «Et le tourisme dans un Québec souverain?» Et voilà Pauline qui ouvre la discussion sur les frontières du Québec!

Dès les premiers jours de la campagne, les péquistes ont vu leurs sondages descendre. Ils ont cru que l'entrée en scène de PKP renverserait les choses, mais cela n'a jamais marché.

Un premier bilan

À l'instigation du président du parti, Raymond Archambault, les péquistes ont décidé, la semaine dernière, de faire un premier bilan de la campagne électorale, samedi prochain, à Laval.

Curieusement, les principaux protagonistes seront absents: Pauline Marois et ses deux chefs de cabinet, Nicole Stafford et Dominique Lebel, ne seront pas là. Plutôt à contrecoeur, le directeur du parti, Sylvain Tanguay, sera présent, ainsi que, «probablement», Julien Lampron, le jeune directeur des communications.

Devant eux, plus de 150 présidents de circonscriptions, de régions, membres de l'exécutif national. On n'avait pas tenu une telle instance depuis septembre 2011, quand Pauline Marois avait failli se faire éjecter de son poste de chef du PQ.

Le bilan post-campagne, plus officiel et probablement plus courtois, aura lieu en juin - on avait d'abord prévu le 7 juin, oubliant que c'était le week-end du Grand Prix de Montréal, ce sera donc probablement la fin de semaine suivante.

La réunion de samedi va permettre de faire sortir la vapeur. Les militants péquistes sont furieux. Les têtes de Tanguay et de Jean Bouchard, aux communications, pourraient rouler. Car le mécontentement est palpable, chez les militants, mais aussi chez ceux qui ont collaboré de près à la campagne. On entend désormais que c'est Dominique Lebel qui avait décidé, le premier jour, que Mme Marois ne s'adresserait pas aux journalistes pour que son message soit livré sans filtre aux téléspectateurs. Une erreur.

En outre, il y avait trop de chefs dans cette campagne: Nicole Stafford, Dominique Lebel et Sylvain Tanguay donnaient simultanément des ordres, parfois contradictoires. Il y avait beaucoup trop de monde dans la campagne. Celle de 2012 avait bien mieux fonctionné avec bien moins de monde.

L'arrivée de PKP avait été gardée secrète. Tout le monde à l'interne y avait vu un coup fumant, à l'époque. Aujourd'hui, plus personne n'en revendique la paternité.

Vers la fin de la campagne, Lebel restait en retrait devant «l'énervement» à la permanence et l'autocar de Mme Marois transformé en bunker. La campagne allait si mal qu'on a eu recours à des conférences de presse parallèles, Lisée avec Duchesne, par exemple, ces side dishes qu'un organisateur cherche normalement à éviter. «Il aurait fallu marteler notre message, mais on était dans toutes sortes d'affaires: les baisses d'impôts, la clause nonobstant pour la Charte!»

Les instruments du PQ pour jauger l'électorat ont manifestement fait défaut, eux aussi. La firme Repère sillonnait

le terrain et les sondages internes analysés par Pierre-Alain Cotnoir étaient dégoulinants d'optimisme. La veille des élections, on se croyait encore au coude à coude avec le PLQ. La réalité était bien différente. «Quand j'ai vu les chiffres du dernier Léger trois jours avant le vote, j'ai compris qu'on allait revivre 2007 [la défaite douloureuse avec André Boisclair]», raconte un dirigeant du PQ.

Après avoir touché deux fois le fond en sept ans, le PQ ne pourra éviter une réflexion fondamentale: assumer son option souverainiste, avec les conséquences électorales, ou passer à autre chose. Or la CAQ occupe déjà passablement ce terrain «nationaliste».

«On y allait à l'aveugle, on ne savait plus où diriger les canons. À quelques jours du vote, on a envoyé

Mme Marois dans Saint-François [pour aider Réjean Hébert], alors que la circonscription était perdue depuis plusieurs jours!»

Le PQ est conscient d'être devancé par le PLQ au chapitre de l'organisation, comme en a témoigné le vote par anticipation. Et au jour «J» au moment du vote, l'informatique a «planté», de sorte qu'il était impossible de relancer les sympathisants.

Les focus groups du PQ n'étaient pas assez représentatifs, les conseillers de Mme Marois ne mesuraient pas l'ampleur du rejet que suscitait un éventuel référendum. En revanche, on défend toujours l'idée de mettre Pauline Marois au centre de la campagne de publicité; elle était le chef le plus apprécié dès la tragédie de Lac-Mégantic. Surtout, elle devançait le Parti québécois dans le coeur des électeurs. Ici, c'est Philippe Couillard qui a rebrassé les cartes, répétant avec efficacité les arguments que lui soumettait Jean-Marc Fournier à bord de l'autocar de campagne, observent les péquistes.




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