« Je ne le referais pas », dit Beauchamp

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.... (Photo: PC)

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La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

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Tommy Chouinard
La Presse

Dorénavant, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, prendra «toutes les précautions» pour ne pas se retrouver avec un membre du crime organisé dans les activités de financement de son parti.

La Presse a révélé hier que Domenico Arcuri, membre important de la mafia, était parmi les 15 ou 20 personnes qui ont assisté à un petit-déjeuner de financement de l'association libérale de Bourassa-Sauvé, la circonscription de Mme Beauchamp. Cette dernière, alors ministre de l'Environnement, était l'invitée-vedette de cette activité qui a eu lieu le 6 avril 2009.

«Je ne connaissais pas l'individu. Je ne pourrais pas le reconnaître. Je ne le connais pas», s'est-elle défendue, hier, en marge d'une réunion du caucus libéral.

«Quand je me reporte à 2009, je pense que ce n'était pas vraiment connu [que M. Arcuri était lié à la mafia]». Notons que le nom de Domenico Arcuri avait déjà été publiquement associé à la mafia en avril 2009: son nom figurait une vingtaine de fois au registre des écoutes électroniques de l'opération Colisée, qui s'est terminée en 2006.

«Moi, je ne connaissais pas ces liens-là», a plaidé la ministre. «À l'évidence, maintenant que les informations sont publiques, dévoilées, et que les liens sont établis, je ne le referais pas. Je vais prendre toutes les précautions pour ne pas me retrouver dans une telle situation.»

Line Beauchamp n'a pas voulu dire si les 2995$ versés par M. Arcuri devaient être remis au Directeur général des élections (DGE). Le PLQ a déjà fait savoir qu'il ne rendrait pas l'argent dans la mesure où le don respecte la loi sur le financement des partis politiques.

L'activité de financement avait été organisée par des cadres de la firme d'ingénieurs Genivar. «Il y a des individus qui ont lancé des invitations à des contacts, comme ça se fait la plupart du temps. Honnêtement, ce sont des individus qui organisent», a précisé la ministre, sans établir de lien entre eux et la firme.

Joint par La Presse, Lino Zambito, de la firme Infrabec, admet avoir été présent lors du petit-déjeuner de financement du 6 avril 2009. «J'ai été sollicité par les organisateurs, des gens de chez Genivar, et j'ai accepté d'être présent», a-t-il dit, refusant d'aller plus loin. Rappelons qu'en février 2011, M. Zambito a été arrêté par l'escouade Marteau, puis accusé d'avoir participé à un système de collusion pour obtenir des contrats municipaux à Boisbriand.

Domenico Arcuri agissait à titre de représentant de la société Énergie Carboneutre, spécialisée dans la décontamination des sols. Il dirigeait l'entreprise avec son frère Antonino. Carboneutre a fini par obtenir du ministère de l'Environnement, en mai 2010, le certificat d'autorisation qu'elle sollicitait.

Line Beauchamp nie être intervenue en sa faveur. «Ces certificats sont émis au niveau des directions régionales, a-t-elle expliqué. Ces dossiers-là [...] ne montent pas au bureau de la ministre. Ce n'est pas moi qui ai signé le certificat.» Elle a ajouté que le nom de M. Arcuri ne figurait pas comme propriétaire de l'entreprise.

Selon elle, «c'est le propre de ce type d'organisation illégale de travailler dans l'ombre, de tisser des toiles d'araignée, ce qui fait en sorte que c'est difficile à combattre».

Les révélations de La Presse ont provoqué tout un chahut à l'Assemblée nationale. Pour le Parti québécois, la ministre «ne peut plaider l'ignorance» et «se disculper aussi facilement». «Elle est députée dans l'est de Montréal depuis plusieurs années, là où se trouve l'entreprise de M. Arcuri, dont on connaît depuis 2005 les liens avec la mafia. Et elle n'était pas au courant, ni ses organisateurs, ni son entourage? Franchement, comment la ministre peut-elle croire un seul instant que la population va gober ça?», a lancé le député Bertrand Saint-Arnaud.

La ministre a fait valoir, entre autres, qu'elle «ne [s]'intéresse pas aux activités» de la mafia. Le problème, c'est qu'«eux autres s'intéressent à vous», a répliqué du tac au tac, hors micro, la députée péquiste Danielle Doyer. Les libéraux ont souligné que M. Arcuri a également fait des dons au Parti québécois en 2004 et 2005 qui totalisent 1000$. Le PQ a accusé le PLQ de «sous-traiter» son financement aux firmes d'ingénieurs.

La Coalition avenir Québec a signalé que Carboneutre détient toujours un certificat d'autorisation du ministère de l'Environnement «malgré les faits troublants» qui la concernent. «Comment ça se fait que cet homme-là [M. Arcuri], qui est considéré comme un mafieux au Québec, ne peut plus donner au Parti libéral, mais peut recevoir des contrats publics dans le cadre de sa firme?» a lancé la députée Sylvie Roy. Le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, a expliqué qu'«il faut qu'il y ait une accusation criminelle pour révoquer un certificat».

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