Départ du rédacteur des discours de Charest: d'anciens collègues divisés

Jean Charest... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Jean Charest

Photo Robert Skinner, La Presse

La Presse Canadienne
Jonathan Montpetit

La confrérie des anciens rédacteurs de discours, ces êtres invisibles, mais puissants qui peuvent parfois causer la perte d'un gouvernement ou lui permettre de survivre à une crise par la seule force de leurs mots, est divisée sur la décision d'un des leurs de quitter ses fonctions.

Patrick Servant, le rédacteur des discours de Jean Charest, a récemment démissionné, se disant mal à l'aise de défendre le refus du gouvernement québécois de former une commission d'enquête sur la construction. «C'est devenu une question de conscience», a-t-il affirmé sur les ondes de Radio-Canada.

Sa décision de quitter son poste a suscité à la fois des critiques et des éloges de la part de ceux qui ont déjà exercé sa profession.

Des anciens rédacteurs, travaillant au service des anciens premiers ministres Paul Martin et Brian Mulroney, interviewés par La Presse Canadienne, ont indiqué que les différents internes étaient normaux. Toutefois, tous ont refusé de discuter de leurs propres différents avec leur ancien patron. Ces désaccords doivent être soulevés en privé, ont-ils dit.

Le choix de Patrick Servant a été salué par Jean-François Lisée, qui a été au service des anciens premiers ministres du Québec Jacques Parizeau et Lucien Bouchard. Il lui a écrit une lettre ouverte sur son blogue pour lui dire qu'il le comprenait.

M. Lisée, qui est maintenant analyste politique, a même raconté dans sa missive l'histoire de sa propre démission. En 1999, de moins en moins d'accord avec son patron, Lucien Bouchard, sur la stratégie à suivre pour permettre au Québec d'accéder à l'indépendance, M. Lisée s'est un jour senti malade en l'écoutant prononcer un de ses discours.

«J'étais mal. Physiquement atteint. Il m'était impossible d'écrire un autre texte comme celui-là. J'ai su à ce moment précis que je devais partir», a-t-il écrit.

Mais, son départ n'a pas été facile à vivre, car il existe une «osmose» entre le politicien et son rédacteur. «Ils entrent l'un dans l'esprit de l'autre et, à la longue, empruntent les idées, les images, les tics mêmes du partenaire.» Mais si les deux personnes sont de moins en moins d'accord sur la marche à suivre, «il en va de sa santé psychologique de procéder au divorce».

«Il dut y avoir un moment où vous avez été mal physiquement. Où cette obligation professionnelle d'agir en contresens de votre conscience a débordé votre cerveau pour attaquer votre système nerveux», ajoute M. Lisée.

Interviewé par La Presse Canadienne, Scott Reid, un ancien scribe de Paul Martin, a affirmé qu'il pouvait comprendre sa situation, mais soutenu qu'il avait enfreint une loi non écrite de la profession en attirant l'attention sur lui.

M. Reid a indiqué qu'il existait un certain nombre de règles dans le milieu, la première étant: «on n'existe pas».

Selon lui, c'est  compréhensible qu'un rédacteur démissionne en raison d'un désaccord politique important, mais le professionnalisme exige que les motifs du départ demeurent privés. «Mon problème avec le rédacteur de M. Charest n'est pas qu'il ait quitté, c'est plutôt de l'avoir annoncé et d'en avoir dit les raisons en public.»

L'ancien rédacteur de Brian Mulroney, L. Ian MacDonald, croit lui aussi que les scribes doivent éviter les feux de la rampe. «C'est mauvais signe lorsque le personnel politique commence à établir les politiques.» Si on est en désaccord avec son patron, on doit le faire avec la plus grande discrétion et la plus grande attention, ajoute-t-il.

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