Cannabis: Ottawa ouvre les vannes pour les producteurs

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Craignant d'être confrontée à une pénurie de marijuana au jour 1 de la légalisation, Ottawa ouvre grand les vannes pour les producteurs.

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Craignant d'être confrontée à une pénurie de marijuana au jour 1 de la légalisation, Ottawa ouvre grand les vannes pour les producteurs. Pendant que Santé Canada s'active à assouplir les règles du jeu pour l'industrie, six nouvelles entreprises viennent d'obtenir une licence de production de cannabis médical.

C'est le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa, qui a soulevé la problématique d'une éventuelle pénurie de cannabis récréatif à partir du premier jour de la légalisation, le 1er juillet 2018, lors de la rencontre semestrielle des ministres des Finances à Ottawa, la semaine dernière.

«Ultimement, le plus gros problème auquel nous faisons face à la lumière des discussions d'aujourd'hui, c'est le problème de l'offre», a déclaré le ministre Sousa à l'agence Bloomberg, en marge de la rencontre. «Il faut s'assurer d'une offre suffisante si nous voulons arriver à diminuer la consommation illégale et la présence du crime organisé.»

Les autres ministres des Finances qui ont participé à la conférence, dont Carlos Leitão, ont surtout discuté de l'importance de trouver un juste niveau de taxation pour assurer un prix compétitif face au crime organisé.

Production illimitée à Gatineau

Parallèlement, Santé Canada a commencé à assouplir considérablement les règles pour les producteurs de cannabis médical déjà autorisés. Le producteur québécois The Hydropothecary, de Gatineau, s'est ainsi fait accorder, la semaine dernière, un renouvellement de licence lui permettant de produire autant de cannabis médical qu'il peut en stocker.

Les nouvelles conditions éliminent aussi toutes les limites annuelles de vente pour la marijuana et les huiles de cannabis qu'elle produit. L'entreprise québécoise est la première société canadienne à obtenir une licence «sans limite» lui permettant d'exploiter entièrement sa capacité de production, sans quota imposé.

«Sans cette licence, c'est sûr qu'on aurait frappé notre limite de production en cours d'année», indique le cofondateur de l'entreprise, Sébastien St-Louis.

Six nouvelles entreprises autorisées

Après des années à délivrer les licences de production au compte-gouttes, Santé Canada a aussi octroyé six nouvelles licences de production à des entreprises canadiennes la semaine dernière, portant à 50 le total d'entreprises autorisées.

«Ils ont presque accordé autant de permis en une seule semaine qu'ils en ont donné en toute une année en 2016», constate l'analyste financier Alan Bronchstein, spécialiste du secteur du cannabis aux États-Unis et au Canada.

Cent quatre-vingt-sept autres applications, dont une vingtaine proviennent d'entreprises québécoises, sont présentement en processus d'évaluation.

Autres assouplissements réglementaires

La plupart des producteurs déjà autorisés devraient aussi obtenir au cours des prochains mois des conditions de production semblables, afin de permettre une augmentation de la production.

«Ce processus d'allègement réglementaire va beaucoup aider l'industrie à satisfaire la demande. Nous sommes dans une situation où la demande pour le cannabis médical augmente de 10% par mois depuis un an, et ça va certainement augmenter beaucoup avec la légalisation du cannabis récréatif. Si le cannabis récréatif était légalisé aujourd'hui, il en manquerait beaucoup. Je ne sais pas combien», affirme la porte-parole du regroupement industriel Cannabis Canada, Colette Rivet.

Nouvel acteur en Estrie?

La ville de Weedon, en Estrie, a pour sa part annoncé ces derniers jours un partenariat avec l'entreprise de Colombie-Britannique MYM Nutraceuticals, qui promet d'y ouvrir une serre de 1,5 million de pieds carrés. Le projet, qui a fait beaucoup de bruit dans les médias lundi, est cependant loin d'avoir obtenu l'approbation et les accréditations sécuritaires obligatoires de la Gendarmerie royale du Canada.

Un de ses actionnaires, Antonio Bramante, avait notamment été accusé de non-respect de conditions à la suite d'une vague d'arrestations visant les clubs compassion montréalais en 2010. «J'ai perdu mon permis d'agent immobilier à la suite de cette histoire», affirme M. Bramante, qui dit n'avoir qu'un rôle de consultant dans l'industrie du cannabis.

Il s'est récemment associé à une clinique médicale qui délivrait des permis de consommation de cannabis médical à des clients québécois en leur faisant passer des examens médicaux sur Skype avec des médecins d'ailleurs au Canada, une pratique jugée illégale par le Collège des médecins.

***

«Une bêtise absolue»

Les députés conservateurs de la région de Québec estiment que la décision du gouvernement Trudeau de légaliser la marijuana est annonciateur de problèmes. «On va permettre la production de marijuana dans chaque logement du Canada. Honnêtement, c'est une bêtise absolue», a déclaré le député de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, alors qu'il faisait le bilan de la session parlementaire, lundi, accompagné de ses collègues de Beauport-Limoilou, Alupa Clarke, et de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus.

Les députés, qui ont réalisé un sondage postal auprès de leurs électeurs, affirment que 80% des quelque 500 répondants se disent contre la mesure. Les conservateurs s'inquiètent de voir les provinces hériter des «problèmes de santé et de services sociaux» créés par cette législation. Qui plus est, ajoutent-ils, les libéraux réfléchissent à la façon de taxer ce produit. «Ça, c'est un projet de société...», a lancé Gérard Deltell avec ironie.

- Le Soleil




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