Notes biographiques de Justin Trudeau: 5 fautes de français en 560 mots

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Dans les notes biographiques officielles de Justin Trudeau, on peut notamment lire : «M. Trudeau est un enseignant, un père de famille, un défenseur et un dirigeant.» Or, en français, le nom «défenseur» ne peut pas s'employer sans complément.

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(Ottawa) Depuis le début du mandat du premier ministre canadien Justin Trudeau, à l'automne 2015, ses notes biographiques officielles comportent cinq fautes de français. Le document du gouvernement fédéral «n'est pas à la hauteur» et comporte «des lacunes linguistiques», selon les deux expertes en français consultées par La Presse.

Le cabinet du premier ministre Trudeau convient qu'il est «inacceptable de retrouver des fautes de français» dans les notes biographiques du premier ministre, qui sont préparées par le gouvernement fédéral et peuvent notamment être consultées sur le site web officiel du premier ministre. À la suite des questions de La Presse, hier, les fautes ont été corrigées dans une nouvelle version mise en ligne.

Dans la première version du document, en ligne de novembre 2015 jusqu'à mardi, la linguiste Marie-Éva de Villers, auteure du Multidictionnaire de la langue française et chercheuse agrégée à HEC Montréal, ainsi que Pascale Lefrançois, professeure de didactique du français à l'Université de Montréal, ont toutes deux relevé cinq fautes de français, dont deux dans le deuxième paragraphe.

Marie-Éva de Villers estime que le niveau de français des notes biographiques du premier ministre Trudeau, qui comptent 560 mots, «n'est pas à la hauteur», considérant l'importance de ce document. «Ce n'est pas de niveau, on s'attend à plus pour des notes biographiques d'un premier ministre. Au fond, ça sent la traduction, c'est calqué sur l'anglais.» 

«Ce sont des maladresses et c'est dommage, car on fait la promotion du bilinguisme, d'autant plus que M. Trudeau est parfaitement bilingue et s'exprime bien en français», ajoute-t-elle.

«De façon générale, il y a des lacunes linguistiques, dit Pascale Lefrançois, professeure de didactique du français à l'Université de Montréal. On a l'impression que c'est un texte traduit avec des erreurs de traduction. Il faut reformuler le texte en respectant les règles de la langue française. Traduire n'est pas une excuse pour se mettre à commettre des erreurs en français.»

«Inacceptable», dit le cabinet de Trudeau

«La qualité de la langue française est une priorité pour notre gouvernement et nous mettons tout en oeuvre pour éviter que des fautes de français se glissent dans les communications gouvernementales. Nous en convenons, il est inacceptable de retrouver des fautes de français dans ce genre de document», a indiqué par écrit à La Presse le cabinet du premier ministre Justin Trudeau. 

Le cabinet du premier ministre précise que le «site web du premier ministre a été mis sur pied par le Bureau du Conseil privé pendant la transition gouvernementale. À cette époque, le bureau du premier ministre n'était pas en fonction. Le Bureau du Conseil privé avait affiché, par erreur, une traduction sans vérifier la qualité du français au préalable. Depuis notre arrivée au gouvernement, nous avons renforcé le processus se rapportant à la publication de documents officiels par le premier ministre. Selon ce nouveau processus, aucune traduction ne devrait être publiée sans avoir été rigoureusement vérifiée», a indiqué le cabinet du premier ministre, qui a aussi demandé de faire une révision du français de tous les documents publiés par le Bureau du Conseil privé durant la période transitoire à l'automne 2015.

***

LES CINQ FAUTES

1. «M. Trudeau est un enseignant, un père de famille, un défenseur et un dirigeant.» (2paragraphe)

En français, on ne peut pas écrire qu'une personne est «un défenseur», il faut obligatoirement un complément au nom. «Quand je vois ce mot seul, pour moi, c'est un défenseur au hockey, dit Pascale Lefrançois. On doit indiquer un complément, que la personne est un défenseur des droits de la personne, de la liberté d'expression.» Dans la version anglaise des notes biographiques, il est écrit que M. Trudeau est un «advocate», traduit par le Robert & Collins comme un «défenseur de causes». 

2. «Il a comme vision du Canada un endroit où tous obtiennent des chances de réussite grâce à la confiance et au leadership à l'égard des investissements dans les Canadiens.» (2e paragraphe)

La fin de la phrase est mal construite. «C'est une construction syntaxique qui est boiteuse et incompréhensible», dit Marie-Éva de Villers. «Je ne comprends pas la phrase, dit Pascale Lefrançois. On comprend ce que le texte veut dire quand on le lit en anglais.» Selon Mme Lefrançois, l'expression «investissements» réfère à des capitaux, non à des personnes, tandis que le leadership se manifeste dans des domaines, et non sur des personnes. Mme Lefrançois suggère de remplacer cet extrait par «un endroit où tous obtiennent des chances de réussite».

3. «[...] de Xavier, Ella-Grace et Hadrien» (5e paragraphe)

Il faut répéter la préposition «de» devant l'énumération des trois enfants du couple Grégoire-Trudeau (« de Xavier, d'Ella-Grace et d'Hadrien »), indiquent les deux expertes.

4. «[...] il a concentré son leadership à l'établissement d'une équipe» (8e paragraphe)

Il aurait fallu écrire «a concentré son leadership sur l'établissement d'une équipe».

5. «[...] tout comme un nombre égal de d'hommes et de femmes qui composent le Cabinet» (10e paragraphe)

Il y a une faute de répétition de la préposition «de» («de d'hommes»).




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