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Les haut placés du gouvernement craignent d'être espionnés

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Les haut placés du gouvernement Harper avaient reçu la directive de ne pas discuter de dossiers confidentiels du gouvernement sur leur cellulaire quand ils se trouvaient au centre-ville d'Ottawa.

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(Ottawa) Alors qu'ils étaient au pouvoir, les proches collaborateurs du premier ministre Stephen Harper avaient une directive ferme à l'intention des chefs de cabinet et des autres adjoints des ministres conservateurs : ils ne devaient en aucun cas discuter de dossiers confidentiels du gouvernement sur leur cellulaire quand ils se trouvaient au centre-ville d'Ottawa. Une directive toujours en vigueur, a appris La Presse.

Et la raison était fort simple : on craignait que leurs conversations ne soient captées par des agents étrangers travaillant pour des pays réputés se livrer à des activités d'espionnage, notamment la Chine et la Russie, selon des informations obtenues par La Presse. En prenant de telles précautions, les conservateurs suivaient la recommandation du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

«Il était formellement interdit aux chefs de cabinet et aux adjoints des ministres de discuter de sujets sensibles sur leur cellulaire au centre-ville. Cette directive était claire et sans équivoque», a confié une source conservatrice qui a requis l'anonymat afin de pouvoir discuter librement de cette question.

«Nous avions eu des avertissements des responsables du renseignement, à savoir qu'il était préférable d'opter pour la prudence, en particulier aux abords du parlement, quand on utilisait nos cellulaires», a ajouté cette source.

Une source gouvernementale a indiqué à La Presse hier que cette directive était toujours en vigueur aujourd'hui. «Tout le monde sait dans les bureaux des ministres qu'il est tout à fait possible que les conversations qu'on a puissent être interceptées. Donc, on se comporte en conséquence», a indiqué cette source gouvernementale, qui a aussi exigé l'anonymat.

Téléphones interdits lors de réunions

Les craintes sont telles qu'on interdit à de proches collaborateurs de ministres d'apporter leur cellulaire dans les pièces durant les réunions où sont discutés des enjeux qui pourraient porter atteinte à la sécurité nationale, entre autres, afin d'éviter de faire l'objet d'espionnage de la part d'un pays étranger. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) donne d'ailleurs les grandes lignes en matière de précautions à prendre au Bureau du Conseil privé - le ministère du premier ministre - et ce dernier transmet les directives à l'ensemble des ministères, a-t-on indiqué.

Radio-Canada a rapporté cette semaine que des intercepteurs d'IMSI - numéros permettant d'identifier les téléphones - avaient été déployés au centre-ville d'Ottawa en décembre et janvier derniers, de sorte que de nombreux élus, lobbyistes, journalistes, hommes d'affaires et représentants étrangers ont pu être espionnés à leur insu.

Les intercepteurs d'IMSI sont des appareils qui permettent d'accéder à la liste des numéros entrants et sortants d'un téléphone et même d'écouter des conversations téléphoniques ou de lire des messages textes. Pour ce faire, l'intercepteur piège les téléphones cellulaires en imitant le signal d'une antenne téléphonique.

«Depuis 15 ans, il n'y a pas de hauts fonctionnaires à Ottawa ou d'employés d'un bureau ministériel qui ne se comportent pas de manière prudente. Ils tiennent pour acquis que ce qu'ils disent sur leur cellulaire peut très bien faire l'objet d'écoute», a fait valoir un vieux routier de la politique fédérale.

Enquête sur une tentative d'espionnage

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué avoir eu l'assurance que la Gendarmerie royale du Canada et le SCRS n'avaient pas utilisé les appareils en question à Ottawa. Une enquête a été ouverte afin de déterminer qui pourrait être derrière cette tentative d'espionnage. Selon un analyste en sécurité nationale, Dave Charland, tout indique que cela est l'oeuvre d'un gouvernement étranger.

Le ministre Goodale a aussi indiqué que le SCRS détenait cette technologie, mais que le service de renseignements l'utilise «en conformité avec la loi et l'approbation des autorités compétentes», c'est-à-dire d'un juge.

Mercredi, la GRC a admis pour la toute première fois avoir utilisé des appareils de surveillance des téléphones cellulaires à plusieurs occasions dans le cadre d'enquêtes criminelles. Il s'agit d'ailleurs du même type d'intercepteur qui aurait été utilisé par une entité inconnue aux abords de la colline parlementaire à Ottawa. La GRC a indiqué aussi qu'elle utilise cette technologie de manière «entièrement conforme» aux lois canadiennes.

Le député conservateur Tony Clement, qui a notamment été ministre de l'Industrie et président du Conseil du Trésor dans le gouvernement Harper, a indiqué cette semaine que tous les députés et les hauts fonctionnaires devaient tenir pour acquis que leurs conversations téléphoniques sont sur écoute. «Je pense que c'est une façon intelligente d'agir», a dit M. Clement.




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