Pensions bonifiées: le fédéral et les provinces pourraient s'entendre

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De moins en moins d'employés ont accès à un régime de retraite adéquat de nos jours et certains prédisent que les retraités dans 30 ou 40 ans seront dans une situation beaucoup moins enviable.

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Andy Blatchford
La Presse Canadienne
OTTAWA

Les astres pourraient finalement s'aligner pour assurer un élargissement du Régime de pensions du Canada alors que les pourparlers nationaux devraient s'intensifier dans les prochains jours.

Lundi, les ministres des Finances du fédéral, des provinces et des territoires poursuivront leurs négociations souvent polarisées pour déterminer si le programme a besoin d'un coup de pouce afin d'aider les Canadiens qui prendront leur retraite dans plusieurs dizaines d'années.

Le débat porte également sur la pertinence d'amorcer dès maintenant ce processus afin de bonifier graduellement le régime public de pensions.

Le mouvement en faveur de cette réforme du régime est défendu au premier chef par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, et le gouvernement de l'Ontario, qui a une voix importante à la table des négociations, étant la province la plus populeuse du pays.

En prévision de la rencontre qui se tiendra à Vancouver, certains croient qu'une entente - provisoire ou non - est à portée de main.

Une modification au programme nécessite l'accord du gouvernement fédéral, et d'un minimum de sept provinces représentant au moins les deux tiers de la population canadienne.

Plusieurs estiment que cette proposition de réforme pourrait trouver assez d'appuis parmi les ministres.

Il n'y a pas eu de consensus sur cette question à l'échelle nationale depuis les années 1990. «Historiquement, ce serait important», a souligné un expert, Keith Ambachtsheer, sur la possibilité qu'une entente soit conclue à Vancouver ou même à l'autre rencontre entre les ministres prévue en décembre.

«En même temps, je crois que l'autre question est: jusqu'à quel point les idées doivent-elles être diluées pour atteindre un consensus?», a-t-il suggéré.

M. Ambachtsheer, directeur émérite du Rotman International Centre for Pension Management de l'Université de Toronto, a fait remarquer que la majorité des retraités canadiens sont dans une posture financière décente.

Toutefois, de moins en moins d'employés ont accès à un régime de retraite adéquat de nos jours et certains prédisent que les retraités dans 30 ou 40 ans seront dans une situation beaucoup moins enviable.

L'idée d'améliorer le régime public de pensions se concentre donc sur le long terme.

Les retraités d'aujourd'hui, et même ceux qui quitteront le travail dans les prochaines années, ne profiteront pas du nouveau plan, a expliqué M. Ambachtsheer.

«Il n'y aura pas de cadeaux immédiats pour quiconque (...) C'est un débat difficile, parce que ce n'est pas à propos d'une crise qui sévit ici et maintenant», a-t-il soutenu.

Les intervenants qui s'opposent à une réforme sont aussi prompts à défendre leur point de vue que ceux qui sont en faveur.

Les opposants martèlent que ces modifications signifieraient une augmentation des contributions pour les employés et les employeurs. D'autres ont remis en question la pertinence de réformer le système en ce moment, arguant que l'économie canadienne est encore trop fragile.

Des ministres des Finances provinciaux ont d'ailleurs publiquement douté de la nécessité de cette mesure.

La porte-parole du Parti conservateur en matière de finances, Lisa Raitt, a récemment dit que le gouvernement n'avait pas fourni de preuves pour démontrer qu'il y aurait des avantages généralisés à élargir le programme, ni justifié la nécessité d'arriver à une entente maintenant.

Le président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), qui a approché les ministres des Finances de partout au pays pour bloquer la réforme, a reconnu que le gouvernement Trudeau avait été élu par une majorité en défendant ce projet.

«Mais je soupçonne que les gens n'ont pas vraiment pris conscience...que l'effet que cela pourrait avoir sur leur chèque de paie et leur emploi», a indiqué Dan Kelly.

Un élargissement du programme «brûlerait l'économie et plusieurs Canadiens aussi», a-t-il plaidé.

Il a admis que certaines personnes n'économisaient pas assez pour leurs vieux jours. Il a toutefois ajouté que certaines études démontraient que plus de 80 % des Canadiens étaient dans une position confortable - ces derniers seront forcés d'économiser davantage sans qu'ils en aient besoin, a-t-il remarqué.

M. Kelly croit aussi que le Canada n'a jamais été aussi près d'une entente sur le régime de pensions. «Je pense que cela entre dans la phase finale», a affirmé le président, dont l'organisation représente 109 000 membres propriétaires de petites et moyennes entreprises.

La victoire des libéraux aux élections de l'automne dernier a instauré une toute nouvelle dynamique sur cette question au pays. Dans les dernières années, l'ancien gouvernement conservateur s'était toujours opposé à une bonification obligatoire au programme.

Un professeur d'économie à l'Université de la Colombie-Britannique, Kevin Milligan, estime qu'un examen minutieux des chiffres justifie la nécessité d'une réforme modeste - à la condition qu'elle vise les Canadiens de la classe moyenne.

Les quelque 30 à 40 % de Canadiens qui ne disposent pas d'un régime de retraite au travail sont à risque pour la retraite. Mais les citoyens à faible revenu peuvent bénéficier du Supplément de revenu garanti et de la Sécurité de la vieillesse, tandis que les plus nantis ont généralement pu mettre de côté assez d'argent pour leur retraite.

M. Milligan s'inquiète d'ailleurs du moment de l'implantation de la réforme, qui aura pour effet d'augmenter les contributions des employés, qui auront conséquemment moins de revenus.

Or, toute réforme sera mise en place trois ans après la conclusion d'un accord fédéral-provincial, a-t-il souligné. Ainsi, si les ministres en venaient à une entente cette année, les changements entreraient en vigueur seulement le 1er janvier 2019.

Le portrait des finances publiques des provinces peut changer beaucoup en trois ans, a soutenu M. Milligan. «Cela concerne l'avenir», a-t-il conclu.

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