Référendum de 1995: une semaine plus tôt, le OUI l'aurait emporté, croit Parisella

John Parisella... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPECIALE)

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John Parisella

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(QUÉBEC) Si le référendum de 1995 avait eu lieu une semaine plus tôt, la souveraineté l'aurait emporté, estime John Parisella, à l'époque conseiller influent du camp du NON.

«À l'intérieur de l'organisation, nos sondages quotidiens montraient qu'il y avait un engouement croissant pour Lucien Bouchard», a confié l'ancien bras droit de Robert Bourassa qui vient de publier son autobiographie, La politique dans la peau.

En plus, à 10 jours du scrutin, «une crise éclata au sein du camp du NON, lorsque [Daniel] Johnson évoqua l'éventuelle reconnaissance du Québec comme société distincte dans une réforme constitutionnelle si le NON l'emportait. Il fut ensuite contredit, le même jour, par le premier ministre Jean Chrétien. Selon ce dernier, cette campagne portait sur la séparation et rien d'autre. J'étais inquiet quant au dénouement du référendum. Nous étions loin de l'enthousiasme - et de la confiance quant aux résultats - vécu en 1980», écrit Parisella. «La présence de Bouchard sur le terrain et son charisme ont transformé la campagne en un concours de personnalité», poursuit l'auteur.

L'apparatchik se souvient de l'interprétation du résultat que faisait son ancien patron, Robert Bourassa. Pour l'ancien premier ministre, le camp souverainiste n'était pas parvenu à l'emporter en dépit d'un alignement des planètes extraordinaire: la défaite de Meech, une gifle pour les Québécois, l'entrée en scène du charismatique Lucien Bouchard, l'attitude du gouvernement fédéral. Tout cela n'avait pas suffi. Après le référendum, «il ne l'a jamais dit aussi clairement, mais selon moi sa conclusion était claire: la souveraineté ne se réaliserait jamais. Pour lui, des conditions aussi favorables ne se reverraient jamais», observe M. Parisella, dans une entrevue accordée à La Presse.

Parcours

Parcours hors du commun pour ce fils d'un cordonnier italien de Rosemont. Sa mère était irlandaise. Cet ancien professeur au secondaire - il enseignait l'histoire dans le quartier Parc-Extension, déjà l'un des quartiers les plus pauvres au Canada - a été aspiré par la politique lors de l'entrée en scène du regretté Claude Ryan, devenu chef du PLQ en 1978. Après toutes ces années à côtoyer les carnassiers du monde politique, John Parisella a réussi un tour de force; on ne connaît pas d'ennemi à «Mister Nice Guy», qui a entretenu des relations cordiales avec bien des adversaires politiques.

Aussi, on chercherait en vain les sorties percutantes de celui qui sera le chef de cabinet du premier ministre Bourassa quand la maladie s'abattra sur lui - on lui découvrit un mélanome malin à l'été 1990, mais à cause de la crise d'Oka, il tarda à se faire traiter.

Parisella rappelle avoir «décrit en des termes assez cassants» une certaine léthargie au PLQ. «Nous n'étions plus le carrefour des idées, mais plutôt une formation d'organisateurs et de bailleurs de fonds. Bref, une sorte de «club social». Quand j'ai utilisé cette expression lors d'une entrevue dans les médias, je sais que cela a froissé certains militants, mais c'était mon constat.» Comme «coup de gueule» en politique, on aura vu plus décapant.

Clause dérogatoire

Un rare moment de désarroi: en 1988, après le jugement de la Cour suprême, Robert Bourassa décide de recourir à la clause dérogatoire de la Constitution pour interdire l'affichage en anglais à l'extérieur des commerces. «Si j'avais été membre du gouvernement, j'aurais démissionné», raconte aujourd'hui M. Parisella qui, comme chef de cabinet adjoint du premier ministre, s'était contenté à l'époque de serrer les dents. Mais au terme de cinq ans, Québec ne renouvellera pas le «nonobstant», ce sera le projet de loi 86 qui autorisera l'utilisation de l'anglais à la condition que le français reste «nettement prédominant». «Par la suite, ni M. Bouchard, ni M. Landry, ni Mme Marois n'ont voulu toucher à ça... l'équilibre était trouvé», explique aujourd'hui John Parisella.

L'ouvrage est tout en nuances quand il évoque son travail comme chef de cabinet de Robert Bourassa. L'ancien premier ministre passait des heures au téléphone pour sonder l'humeur des militants, mais aussi de citoyens dont il appréciait le jugement. «Il avait horreur des agendas surchargés. Très souvent, il n'avait que trois ou quatre rendez-vous à l'horaire pour toute une semaine! Il voulait se garder une marge de manoeuvre, avoir du temps pour ses longues conversations téléphoniques qu'il affectionnait tant et pour réfléchir», écrit Parisella.

Relations

L'amitié indéfectible entre Robert Bourassa et Brian Mulroney, les hauts et les bas du feuilleton de l'entente du lac Meech, les coulisses de la crise d'Oka et le passage du relais entre Daniel Johnson et Jean Charest sont décortiqués, expliqués, racontés par ce témoin privilégié, peu porté sur l'anecdote croustillante toutefois.

Il dépeint avec une admiration évidente la relation solide entre Robert Bourassa et Claude Ryan, manifestement l'éminence grise au PLQ durant toute cette période. Ryan avait vu comme une menace la proximité de l'ancien chef quand il avait pris les commandes du parti en 1978. Après le retour de Bourassa en 1983, les deux ont fonctionné de concert, le premier ministre s'appuiera constamment sur le jugement et le travail de Ryan, ce lieutenant hors norme.

Les derniers mois du règne de Robert Bourassa seront assombris par la grave maladie du patron. De 1990 à la fin de 1993, on doit composer avec cet adversaire sans merci, le cancer. Des souvenirs touchants, finement évoqués: M. Bourassa restait bien pudique sur ses inquiétudes, les traitements qu'il devait subir aux États-Unis. À quelques reprises, il se contentera de dire «c'est revenu...» pour que toute sa garde rapprochée comprenne.

Brian Mulroney demande à John Parisella s'il peut faire quelque chose pour M. Bourassa, gravement malade. On est loin des nominations ou des hommages. Spontanément le chef de cabinet abat une carte... Ce qui lui ferait plaisir par-dessus tout? Une entente entre Québec et Ottawa sur l'immigration!

Les dernières rencontres entre l'ancien premier ministre et son bras droit sont empreintes d'une pudeur touchante. Rien n'amusait plus Bourassa que les imprécations du roi des ondes de l'époque Gilles Proulx, cet ami d'enfance qui le traitait allègrement de «grand flanc-mou» ! Il riait de bon coeur. À sa dernière visite à l'hôpital, Parisella n'est pas sûr d'établir le contact avec son ancien patron. Ce dernier ne portait pas ses lunettes; or sa vision était bien mauvaise. Au moment de quitter la chambre, Bourassa, bien conscient aussi que c'est leur dernière rencontre, prend congé avec une boutade bien de sa génération: «Tu prendras un cognac!»

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