Rentrée parlementaire à Ottawa: la course à obstacles

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Joël-Denis Bellavance

ANALYSE

La Presse

(Ottawa) Au début de l'automne, le plan de match des conservateurs de Stephen Harper en prévision des prochaines élections fédérales semblait bien ficelé. L'économie montrait des signes encourageants. D'alléchants surplus se profilaient à nouveau à l'horizon, lesquels pourraient être utilisés pour séduire des électeurs tentés par le changement au moment opportun.

Au même moment, la lutte au terrorisme - un dossier où les conservateurs ont davantage la cote que les autres partis - était propulsée à l'avant-scène de l'actualité par trois événements successifs. D'abord, le gouvernement Harper a décidé au début d'octobre que le Canada participerait aux frappes aériennes menées contre les cibles du groupe armé État islamique en Irak.

Deux semaines plus tard, un militaire, Patrice Vincent, a été tué à Saint-Jean-sur-Richelieu après avoir été renversé par une voiture que conduisait Martin Couture-Rouleau, un jeune converti à l'islam qui s'était radicalisé.

Durant la même semaine, le 22 octobre, Michael Zehaf-Bibeau, un autre jeune qui s'était radicalisé, a tué le soldat Nathan Cirillo devant le Monument commémoratif de guerre, en plein centre-ville d'Ottawa. Il a ensuite fait irruption au parlement, où il a été abattu après des échanges de coups de feu avec les gardes de sécurité et les policiers de la GRC.

À la fin octobre, tandis que le Parti libéral et le NPD se chamaillaient publiquement sur les allégations de harcèlement sexuel dont auraient été victimes deux députées du NPD de la part de deux députés libéraux, Stephen Harper annonçait des baisses d'impôts rétroactives au 1er janvier 2014 (fractionnement du revenu pour les couples ayant des enfants de moins de 18 ans) et une bonification de la prestation universelle pour la garde d'enfants à partir du 1er janvier 2015.

Ces mesures fiscales totalisant près de 5 milliards de dollars par année en 2015, combinées aux investissements de 5,3 milliards de dollars sur trois ans pour rénover les infrastructures appartenant au gouvernement fédéral, ont réduit presque à néant la marge de manoeuvre d'Ottawa au cours des prochaines années.

L'objectif des conservateurs était de forcer les partis de l'opposition à annuler les baisses d'impôts déjà en vigueur pour financer leurs promesses électorales. Le Parti libéral a immédiatement annoncé qu'il abolirait le fractionnement du revenu s'il prend le pouvoir, estimant que cette mesure coûteuse réduirait le fardeau fiscal de 15% des familles les plus riches. Le NPD lui a emboîté le pas quelques semaines plus tard.

À la fin de 2014, le plan de match des conservateurs a commencé à rapporter des dividendes. Le Parti conservateur a vu ses appuis augmenter graduellement dans les sondages nationaux, grugeant l'avance que détenaient les libéraux de Justin Trudeau depuis près de 20 mois. L'écart entre les deux partis ne serait plus que de deux points, selon une récente moyenne des sondages réalisée par ThreeHundredEight.com. Ainsi, le Parti libéral récolterait 34%, le Parti conservateur, 32% et le NPD, 21%.

Toutefois, la chute brutale des prix du pétrole depuis la mi-novembre risque de faire dérailler la stratégie des conservateurs, qui jouent à fond la carte de l'économie et de la bonne gestion des finances pour se faire réélire. La baisse des cours de l'or noir aura un impact considérable sur les revenus du gouvernement fédéral. Certains économistes soutiennent qu'Ottawa pourrait ne pas être en mesure de rétablir l'équilibre budgétaire en 2015, contrairement à ce que soutient le gouvernement Harper. Là, le ministre des Finances, Joe Oliver, a reporté au début du mois d'avril le dépôt de son prochain budget.

L'engagement en Irak

Soudainement, la route jusqu'aux prochaines élections est devenue une véritable course à obstacles. La session parlementaire qui commence aujourd'hui - la dernière avant les élections du 19 octobre - pourrait bien être pour ce gouvernement l'une des plus difficiles de son mandat majoritaire. Car l'économie canadienne entre dans une période de turbulence à un bien mauvais moment et les partis de l'opposition frapperont abondamment sur ce clou.

De plus, la mission militaire en Irak, qui doit prendre fin en mars, suscite de nouvelles interrogations depuis qu'on a appris que la soixantaine de militaires qui se trouvent dans ce pays pour conseiller les troupes irakiennes ont récemment été impliqués dans un échange de tirs après avoir été attaqués par des membres du groupe armé État islamique. Le gouvernement Harper doit décider d'ici deux mois s'il prolonge ou non cette mission. Le NPD et le Parti libéral seront sans doute confortés dans leur opposition à cette mission.

Le scandale des dépenses au Sénat, qui a permis au chef du NPD Thomas Mulcair de s'illustrer en 2013, reviendra hanter les troupes de Stephen Harper au printemps. Le procès du sénateur Mike Duffy, qui fait face à 31 accusations de fraude concernant ses réclamations de dépenses au Sénat, doit commencer en avril. Reconnu pour ses coups d'éclat, Mike Duffy tentera sans doute d'éclabousser le plus possible les troupes de Stephen Harper avant le prochain scrutin.

À neuf mois des élections, les jeux sont donc loin d'être faits.

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