ANALYSE

Un gouvernement péquiste mettrait Harper à l'épreuve

Malgré son expérience de premier ministre, Stephen Harper... (PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL)

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Malgré son expérience de premier ministre, Stephen Harper n'a jamais eu à gérer une crise d'unité canadienne.

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(Ottawa) Le premier ministre Stephen Harper est bien installé au pouvoir depuis 2006. Malgré son expérience à la tête du pays, il pourrait subir bientôt son baptême du feu dans un dossier qui a causé la perte d'autres premiers ministres avant lui: l'unité nationale.

L'élection d'un gouvernement majoritaire du Parti québécois aux élections provinciales du 4 septembre, comme le suggèrent certains sondages, propulserait cette épineuse question au premier plan de l'actualité politique pour la première fois en neuf ans.

Depuis que les conservateurs ont pris les rênes du pouvoir à Ottawa, les eaux de l'unité nationale ont été relativement calmes. Le retour en force du Parti québécois changerait la donne politique non seulement à Québec, mais aussi dans la capitale fédérale. Soudainement, le gouvernement Harper pourrait devoir affronter à la fois les soubresauts de l'économie canadienne et les houles parfois imprévisibles de l'unité nationale.

En privé, certains conservateurs l'admettent volontiers: une victoire des troupes souverainistes de Pauline Marois aurait pour effet d'affaiblir Stephen Harper à Ottawa. Le premier ministre dirige un gouvernement majoritaire qui ne compte que cinq sièges au Québec. (Le gouvernement libéral de Jean Chrétien détenait 19 des 75 sièges au Québec lors du dernier référendum qui a été remporté de justesse par le camp du Non en 1995.) Le taux d'insatisfaction envers son gouvernement frise les 70%. Dans les intentions de vote, le Parti conservateur récolte à peine 15%.

Image d'indifférence

Certaines de ses décisions - l'élimination du registre des armes d'épaule, l'abandon du protocole de Kyoto, le soutien indéfectible à l'industrie des sables bitumeux, et les faux pas en matière de bilinguisme - ont contribué à projeter l'image d'un premier ministre indifférent aux aspirations du Québec au cours des dernières années.

Chez les stratèges péquistes, on croit dur comme fer que Stephen Harper est devenu un atout pour l'option souverainiste en raison des mesures controversées qu'il a fait adopter à la Chambre des communes.

«Aucun leader conservateur, du moins depuis Diefenbaker, n'a été perçu par les Québécois comme étant aussi gratuitement indifférent à leur égard que M. Harper et son gouvernement majoritaire», a d'ailleurs soutenu Peter White, militant conservateur du Québec de longue date, dans une lettre ouverte publiée en janvier pour dénoncer «la lente séparation de facto du Québec du reste du pays, émotivement, spirituellement et intellectuellement».

Le premier ministre demeure donc un néophyte en matière de relations fédérales-provinciales, notamment en ce qui concerne la filière de l'unité nationale. Stephen Harper, qui préconisait la ligne dure envers le mouvement souverainiste lorsqu'il était député réformiste dans les années 90, pourrait-il être le champion de la cause fédéraliste au Québec dans l'éventualité d'un troisième référendum sur la souveraineté? Des conservateurs au Québec et des commentateurs anglophones du reste du pays se posent de plus en plus la question devant l'imminence de la défaite des libéraux de Jean Charest. Et ils abhorrent la réponse qui effleure immédiatement leur esprit.

L'ombre du NPD

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, est vu comme un porte-parole plus crédible au Québec que le premier ministre. Cette perception pourrait donner des ailes au NPD, déjà en tête au Québec, dans le reste du Canada si l'avenir du pays est de nouveau remis en cause par un gouvernement souverainiste.

Lors de la crise politique qui avait failli emporter son deuxième gouvernement minoritaire après les élections d'octobre 2008, Stephen Harper avait vigoureusement dénoncé l'accord conclu entre les libéraux et les néo-démocrates visant à remplacer son gouvernement par un gouvernement de coalition soutenu par le Bloc québécois.

Il avait notamment tiré à boulets rouges sur le chef libéral de l'époque, Stéphane Dion, parce qu'il avait conclu un accord avec les «séparatistes».

Cette charge à fond de train lui avait permis de consolider ses appuis dans le reste du Canada, mais il avait perdu des plumes au Québec en mettant en doute la légitimité des députés bloquistes siégeant à Ottawa, d'autant plus que l'idée d'un gouvernement de coalition soutenue par le Bloc québécois était populaire dans la province.

Coup de balai

Au début de son règne, Stephen Harper avait fait de la question du Québec une véritable obsession. Les dossiers litigieux ont été réglés rapidement l'un après l'autre (déséquilibre fiscal, représentation au sein de la délégation canadienne à l'UNESCO, reconnaissance du Québec comme une nation au sein d'un Canada uni, abolition des bourses du millénaire). Mais tous ces efforts de séduction n'ont pas permis au Parti conservateur de faire d'autres gains dans la province et ils ont même été annihilés en 2008 avec les coupes dans les programmes de soutien aux arts et à la culture.

D'aucuns ont été surpris en juillet de voir Stephen Harper ne pas modifier en profondeur son cabinet. Il s'est contenté d'évincer la dépensière Bev Oda, de confier l'Agence canadienne de développement international au ministre Julian Fantino et la responsabilité des achats militaires à Bernard Valcourt.

On suppute à Ottawa que le premier ministre a choisi d'attendre les résultats des élections au Québec avant de donner le coup de balai qui s'impose. À l'évidence, Stephen Harper ne pourrait se permettre de se frotter à un gouvernement souverainiste à Québec en ayant le très discret Peter Peneshue, de Terre-Neuve, comme ministre des Affaires intergouvernementales.

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