Le Canada sera à reconstruire après le règne de Harper, soutient Bob Rae

Le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae,... (Photo: Chris Wattie, Reuters)

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Le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, craint l'effet Harper.

Photo: Chris Wattie, Reuters

(Ottawa) Le visage du Canada sera radicalement différent après quatre années de gouvernement conservateur, estime le chef du Parti libéral, Bob Rae, qui croit qu'il faudra reconstruire des pans entiers de l'État canadien après le passage de Stephen Harper au pouvoir.

M. Rae estime avoir été témoin du même phénomène en Ontario après que les conservateurs de Mike Harris eurent pris le pouvoir, en 1995. Des programmes importants ont été éliminés pour des raisons idéologiques durant les deux mandats du gouvernement Harris. Ces décisions ont eu de lourdes conséquences sur le tissu social. Le gouvernement libéral de Dalton McGuinty a été contraint de payer les pots cassés.

Dans une entrevue accordée à La Presse, M. Rae souligne que plusieurs acteurs influents du gouvernement Harris sont maintenant à pied d'oeuvre à Ottawa: le ministre des Finances, Jim Flaherty, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, et le ministre des Affaires étrangères, John Baird.

La reprise des travaux parlementaires confirme ses pires appréhensions. Il cite notamment l'adoption à toute vapeur du projet de loi omnibus sur la criminalité, qui englobe neuf projets de loi qui n'ont jamais été adoptés durant les cinq années de gouvernement minoritaire des conservateurs.

Ce projet de loi, que les conservateurs ont promis d'adopter dans les 100 premiers jours de séance des Communes, vise à durcir les peines pour les trafiquants de drogue et pour ceux qui commettent des agressions sexuelles sur des enfants. Il prévoit aussi des périodes d'incarcération plus longues pour les jeunes contrevenants violents et vise à resserrer les règles de libération conditionnelle.

Le gouvernement Harper refuse de préciser combien coûtera ce train de mesures, qui entraînera une hausse de la population carcérale. Selon des experts, Ottawa choisit la ligne dure alors que le taux de criminalité est en baisse au pays. En outre, cette politique a été un échec aux États-Unis, où le taux de criminalité est plus élevé qu'au Canada.

Selon le chef libéral, cette réforme est «une terrible erreur de jugement qui va nous coûter très, très cher comme pays».

«Le visage du Canada va changer après le mandat de ce gouvernement majoritaire, et pour le pire. Le Parti conservateur que je vois n'est pas celui que j'ai connu quand je suis arrivé à Ottawa (1978). C'est un parti complètement différent. J'ai vu les changements que Mike Harris a faits en Ontario et ce n'était pas un bon job», a affirmé M. Rae.

«Nous avons été obligés de reconstruire le secteur public, en Ontario - les hôpitaux, les écoles, la chose publique. C'est tout un travail de reconstruction que M. McGuinty a dû faire. Nous aurons à faire la même chose à Ottawa dans quatre ans. Nous n'aurons pas le choix.»

Il souligne que les conservateurs s'apprêtent à comprimer les dépenses du gouvernement fédéral de 4 milliards de dollars par année, ce qui aura inévitablement des conséquences sur l'économie et sur les services offerts à la population. Selon lui, il faudra tôt ou tard un débat «intelligent» sur un taux d'imposition adéquat pour assurer la pérennité des programmes sociaux au pays.

220 milliards en moins

Les réductions d'impôts accordées par les conservateurs aux particuliers et aux entreprises vont priver le fisc de 220 milliards de dollars de revenus entre 2006 et 2015, selon les calculs du ministère des Finances obtenus par La Presse.

Par ailleurs, M. Rae affirme qu'il n'a pas l'intention de briguer la direction du Parti libéral dans deux ans, comme certains le lui suggèrent. Il compte servir en tant que chef intérimaire pendant deux ans, jusqu'à ce qu'un nouveau chef soit choisi, en 2013.

Quant à l'avenir, M. Rae reconnaît que le parti a un important travail de reconstruction à faire pour reprendre le pouvoir un jour, non seulement au Québec, mais dans l'ensemble du pays. Le Parti libéral doit revenir au rôle traditionnel qu'il a joué dans le passé, soit de faire le pont entre les francophones et les anglophones.




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