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La marque libérale perd de son lustre au Québec

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard.... (PHOTO FRANCOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard.

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Ce n'est pas une chute, mais un déclin, «un essoufflement», résume-t-on. Au printemps dernier, l'arrivée des nouveaux chefs a ravigoté les libéraux du Québec et d'Ottawa. Philippe Couillard et Justin Trudeau bénéficiaient d'une prévisible lune de miel. Six mois plus tard, la ferveur est moins évidente, le label libéral est en panne, constate CROP dans une enquête récente sur les intentions de vote. «Cela avait décollé en même temps au printemps... mais ce qui monte vite descend vite», résume Youri Rivest, vice-président de la maison de sondage.

À Québec, l'autocar au garage

Pauline Marois avait gagné des points pour sa gestion de la crise de Lac-Mégantic. Le PQ est parvenu à consolider cette remontée, constate l'enquête CROP de septembre. Mais les péquistes ne doivent pas pavoiser pour autant: les Québécois sont toujours aussi moroses, et surtout demeurent tout aussi insatisfaits du gouvernement. Pauline Marois ne progresse guère dans l'opinion publique comme «meilleure première ministre».

En revanche, depuis deux mois, l'avance des libéraux dans les intentions de vote a fondu comme neige au soleil. Le parti de Philippe Couillard caracolait avec 13% d'avance en juin dernier, on était à 11% en août. Subitement, le PQ se trouve à cinq points seulement derrière les libéraux. Pour Youri Rivest, toutefois, Mme Marois serait bien avisée de garder au garage son autocar de campagne. Des élections la semaine dernière auraient donné un gouvernement minoritaire; difficile de dire s'il aurait été libéral ou péquiste, tant la répartition des sièges serait difficile à faire. Pas de mouvement pour la satisfaction, pas d'engouement pour le leadership de Mme Marois, le déclenchement d'élections générales à court terme serait une stratégie bien téméraire, résume-t-il. «Avec un tel écart, ce serait très hasardeux.»

Cinq points

C'est ce qui sépare désormais les libéraux des péquistes. Le PLQ perd cinq points par rapport au sondage d'août, passant de 40 à 35% des intentions de vote. Au surplus, l'enquête était terminée au moment où la perquisition de l'UPAC au local du PLQ est devenue publique.

Le PQ, lui, monte d'un point, de 29 à 30%, un mouvement insuffisant pour être significatif, mais qui montre que sa remontée de quatre points en août n'est pas un feu de paille. La Coalition avenir Québec de François Legault marque le pas, à 21%, un point de mieux qu'en août, un point de moins qu'en juin. Québec solidaire passe de 7 à 11%.

Une opinion polarisée

Grosso modo, deux Québécois sur trois sont toujours insatisfaits du gouvernement Marois. En septembre, 61% des gens étaient mécontents, un point de moins qu'en août. Inversement, 35% des gens aiment ce qu'ils voient à Québec. Donnée nouvelle, observe Youri Rivest, la proportion des répondants «très insatisfaits» a monté de façon significative, passant de 29 à 35%, des gens susceptibles d'afficher leur mécontentement. «Pour moi, c'est un effet de la Charte des valeurs, cela aura polarisé l'opinion.» En contrepoids, les «très satisfaits» ne pèsent pas lourd, avec seulement 4% des répondants.

La cote de Pauline Marois

Mme Marois avait fait «une grande remontée» de huit points au mois d'août. Elle conserve cette avancée; un Québécois sur cinq - 20% - voit en elle la meilleure politicienne pour occuper le poste de premier ministre du Québec. Philippe Couillard la devance toujours de sept points, à 27%. Mais en juin dernier, le chef libéral devançait de 15 points sa rivale péquiste. François Legault n'a pas récupéré de terrain depuis l'électrochoc qu'a été pour lui l'arrivée de Philippe Couillard en avril dernier. Il était passé subitement de 20% à 14% - le caquiste végète dans les mêmes eaux depuis, à 15% en septembre.

Francophones courtisés

Les élections de septembre 2012 avaient montré que l'électorat se distribuait presque également entre les trois principaux partis; le PLQ avait eu 31% des voix, le PQ, 31% et la CAQ n'était pas loin derrière avec 27%. Le sondage de CROP montre qu'en septembre, les trois partis demeuraient dans la course en ce qui concerne l'électorat francophone. Le PQ obtient l'appui de 35% des francophones, les libéraux en décrochent 27% et la CAQ, 24%. L'appui massif des allophones au PLQ (81%) explique son avance dans l'ensemble de l'électorat.

À Ottawa, la «trudeaumanie» faiblit 

Le Québec s'était enflammé pour Justin Trudeau au printemps. Passé le temps des roses, l'automne s'annonce plus difficile. Le Parti libéral du Canada aurait obtenu 31% des suffrages si des élections s'étaient tenues cette semaine sur la scène fédérale. Une chute de 10 points pour le parti de Pierre et Justin Trudeau, qui le ramène subitement derrière le NPD de Thomas Mulcair. «Là, il y a un mouvement majeur, une perte de 10 points. Justin Trudeau avait réussi à séduire, mais là il doit convaincre. Or, il n'y est pas parvenu au cours des dernières semaines.» Pour le sondeur, la chute de popularité des libéraux n'est pas liée aux aveux du chef libéral qui a admis avoir fumé de la marijuana, «les gens sont tolérants à ce sujet. C'est plutôt que c'était monté très rapidement et qu'il a dilapidé ce capital de sympathie», observe M. Rivest.

Les néo-démocrates, qui avaient perdu cinq points cet été, en reprennent subitement six, passant de 27 à 33% entre les enquêtes d'août et septembre. Les conservateurs de Stephen Harper marquent le pas, à 14%. C'est le calme plat aussi pour le Bloc québécois qui obtient 17% comme en août, en dépit du coup de tonnerre de l'expulsion de Maria Mourani, la députée d'Ahuntsic, opposée au projet de charte des valeurs du PQ.

Mulcair gagne

Comme meilleur premier ministre, Thomas Mulcair récolte directement quatre points perdus par Justin Trudeau. Ce dernier conserve un point d'avance, à 28% contre 27% pour le néo-démocrate. Stephen Harper est loin derrière, à 11%. Chez les francophones, le NPD domine avec 38% contre 27% au PLC et 20% au Bloc québécois.

La satisfaction

Pour Youri Rivest, compte tenu de la faible intention de vote pour les conservateurs, la stabilité de la satisfaction des Québécois à l'endroit du gouvernement Harper mérite plus d'attention. Ainsi, sondage après sondage, environ 30% des répondants au Québec se disent satisfaits de la gouvernance à Ottawa. «C'est comme si les gens n'aimaient pas le gouvernement conservateur, ils ne votent pas pour lui, mais en même temps respectent ce qu'il fait», observe Youri Rivest. L'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Harper a diminué de six points depuis le sommet de 72%, le printemps dernier.

Le «mystère de Montréal»?

On a longtemps parlé du mystère de Québec, la seule région qui votait pour les conservateurs aux élections fédérales. Y aurait-il un «mystère de Montréal»? L'enquête de CROP révèle que le Nouveau Parti démocratique, qui obtient 33% dans l'ensemble du Québec, décroche un costaud résultat de 50% dans la couronne de Montréal. Étrangement, dans l'île, l'appui au NPD descend à 25%. C'est le contraire pour les conservateurs de Stephen Harper: forts de 21% d'appuis dans l'île, ils décrochent, à 7% seulement, dans le 450. Les «bleus» gardent Québec comme château fort, y faisant leur meilleur score, à 26%.

Méthodologie

Crop a sondé 1000 internautes membres de son panel web, du 12 au 15 septembre derniers. Les résultats ont été pondérés selon l'âge, la région, la langue maternelle et le niveau de scolarité. Puisqu'il s'agit d'un échantillon non probabiliste (le choix des répondants n'est pas aléatoire), ces enquêtes ne comportent pas de marge d'erreur.




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