Saccage à l'hôtel de ville

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Pierre-André Normandin, Marie-Michèle Sioui
La Presse

Plus d'une centaine d'employés municipaux enragés contre le projet de loi sur les régimes de retraite ont laissé l'hôtel de ville de Montréal sens dessus dessous lundi soir après y avoir bruyamment fait irruption pendant un peu moins d'une heure.

Des employés s'étaient donné rendez-vous devant l'hôtel de ville peu avant la reprise des travaux du conseil municipal pour manifester contre le projet de loi 3. Après quelques minutes à lancer des bombes fumigènes, des dizaines d'entre eux ont décidé d'entrer dans l'édifice.

» La chronique de François Cardinal

Les manifestants ont rapidement débordé les gardes déployés à l'intérieur. Au moins trois agents de sécurité ont été légèrement blessés en tentant de s'interposer. L'un d'eux a reçu un coup de poing au visage lorsqu'il a tenté d'empêcher des manifestants de faire irruption dans la salle du conseil municipal.

Le maire Denis Coderre était présent lorsqu'ils ont forcé leur entrée dans la salle du conseil. Il a finalement retraité alors que les feuilles et les verres d'eau volaient dans les airs.

Pendant une dizaine de minutes, les manifestants ont bruyamment assiégé le bureau de Denis Coderre. «Ils ont essayé de rentrer dans mon bureau, ils ont cassé des vitres, ils ont enlevé l'air climatisé, a relaté le maire.

Une demi-douzaine de policiers assistait à la scène, sans intervenir.

Coderre furieux

La manifestation a retardé pendant près d'une heure les travaux du conseil municipal. À la reprise, le maire était visiblement furieux devant la salle du conseil encore sens dessus dessous. 

«Ce qui s'est passé aujourd'hui est inacceptable. C'est une entrave à la démocratie. Notre travail, c'est de gérer des fonds publics et jamais je ne laisserai personne nous intimider», a tonné Denis Coderre.

La sortie du maire a été chaudement applaudie par les élus de toutes les formations présentes au conseil municipal. Le chef de l'opposition, Richard Bergeron, lui a offert son plein soutien dans le dossier des régimes de retraite. Celui-ci a estimé que les syndiqués ont perdu le peu de capital de sympathie qu'ils avaient. «Vous ne vous aidez pas», a-t-il lancé. 

L'élu Réal Ménard était à réviser un dossier dans son bureau quand des manifestants y ont fait irruption, le sifflet au bec. Même s'il a été bref, leur passage a tout de même laissé de nombreuses traces: des centaines de pages de la convention collective des pompiers ont été jetées au sol. «Ça fait 21 ans que je suis dans la vie publique et je n'avais jamais pensé voir une scène de désolation comme ça. C'est vraiment inacceptable», a déploré le maire de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Inaction des policiers

L'élu était particulièrement amer de constater que des dizaines de policiers étaient sur place, mais sont restés les bras croisés durant la manifestation. Au sens figuré et au sens propre. «Ça ne prend pas un génie pour conclure que des gens ont collaboré», rageait le maire Réal Ménard.

Quelques policiers assistaient à la scène, sans intervenir.... (Photo tirée de Twitter, @C_ArseneaultNDG) - image 2.0

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Quelques policiers assistaient à la scène, sans intervenir.

Photo tirée de Twitter, @C_ArseneaultNDG

Les agents dépêchés par le SPVM, qui avaient troqué leurs pantalons de camouflage pour leur uniforme régulier, n'ont procédé à aucune arrestation, a confirmé un porte-parole du corps policier. «Oui, les manifestants sont entrés. Oui, il y a eu du grabuge», s'est contenté de dire le porte-parole du SPVM, Manuel Couture. De son côté, Yves Francoeur s'est dit «convaincu qu'ils ont fait leur travail». Il n'y avait aucun policier dans la manifestation, a-t-il attesté.

Elle était donc bien loin, l'époque des manifestations étudiantes étouffées avec le règlement P - 6, si bien qu'un employé de la sécurité a demandé à un policier pourquoi il n'intervenait pas auprès des manifestants. «Je comprends les étudiants d'être fâchés de voir ce deux poids, deux mesures», a déploré le conseiller d'opposition Sylvain Ouellet. 

«L'hôtel de ville, c'est un endroit public», a martelé Michel Parent, avant d'ajouter qu'à son avis, les étudiants auraient «eux aussi réussi à entrer dans l'hôtel de ville pour lancer des papiers». Les manifestants n'avaient pas d'entente avec les policiers, ont assuré, tour à tour, Ronald Martin et Yves Francoeur.

La responsable de la sécurité publique, Anie Samson, a demandé à voir le chef de police, Marc Parent, au sujet la manifestation de lundi soir. Le SPVM doit faire le point mardi matin sur la manifestation.

Dissensions chez les syndicats

La stratégie employée par les employés municipaux a créé des dissensions au sein des mouvements syndicaux.

«Êtes-vous d'aussi mauvaise humeur que moi?», a demandé le porte-parole de la Coalition syndicale pour une libre négociation, Marc Ranger, quand La Presse l'a rejoint. L'action n'était pas commandée par l'alliance qu'il représente, a-t-il assuré. Elle aurait plutôt été appelée par les pompiers de Montréal, selon le président de la Fraternité des policiers, Yves Francoeur.

«On va lancer un appel au calme», a promis Marc Ranger. «On a cinq jours de débats devant nous [en commission parlementaire] et ça ne me tente pas de parler des papiers qu'il y a eu à l'hôtel de ville de Montréal pendant ces journées-là.»

Reste que la colère des employés municipaux devient difficile à gérer, a admis le président de l'Association des pompiers de Montréal, Ronald Martin. «On est rendus vraiment là: on ne peut plus contenir nos membres, c'est un presto. On essaie, tant mieux. Mais il va falloir que le monde comprenne: les régimes de retraite, ce n'est pas un cadeau. Ça a été négocié», a-t-il rappelé.

Comme lui, le président des cols bleus de Montréal, Michel Parent, a dénoncé dans un discours les «dérapages» survenus dans l'hôtel de ville. En guise de réponse, ses membres l'ont hué.

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