«Une personne m'a trahi», affirme Gérald Tremblay

L'ancien maire de Montréal Gérald Tremblay... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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L'ancien maire de Montréal Gérald Tremblay

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Gérald Tremblay refuse de se dire naïf. Mais, comme le Christ, il était entouré de 12 personnes, son comité exécutif, «et il y a une personne qui [l]'a trahi», dit-il. Toute sa carrière politique, de son élection comme député libéral dans Outremont en 1989 à sa démission fracassante comme maire de Montréal le 5 novembre 2012, il la résume ainsi: «C'était pour aider les gens. Je suis sur la Terre pour rendre des personnes heureuses.»

Aujourd'hui, à 71 ans, il attend «l'inspiration» pour trouver une nouvelle voie, «être utile», mais exclut tout retour à la vie publique.

Pour la première fois en 20 mois, Gérald Tremblay est sorti de la réserve qu'il s'imposait et a accordé une entrevue d'une heure à l'animateur Pierre Maisonneuve. Elle sera diffusée ce matin, à 11h, sur les ondes de Radio Ville-Marie, au 91,3. La Presse a pu l'écouter. Lui qui avait toujours été discret sur sa foi durant sa vie politique y raconte abondamment son amour du Seigneur, qui l'a mené à faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle à l'été 2013. Il s'agit du prétexte principal de l'entrevue.

L'ex-maire y parle cependant beaucoup de sa vie politique, des trahisons qu'il a subies, de ses déceptions et de ses grandes joies. Il n'a aucun regret, n'a rien à se faire pardonner et assure aujourd'hui avoir «tourné la page». «Le Seigneur, c'est miséricorde. Ça, je crois à ça. C'est évident que ce que l'on fait dans la vie, ce n'est pas parfait. Mais le Seigneur est là pour nous accompagner. Moi, je n'avais pas de choses à me faire pardonner comme telles, je n'avais rien à demander au bon Dieu, au contraire, je voulais juste le remercier. C'est ça, la beauté.»

Circonstances mystérieuses

Dans les semaines qui ont suivi sa démission, dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau, il était «dans un état d'esprit assez particulier», admet-il. «J'avais préparé tout mon cheminement professionnel, toute ma carrière, pour me sentir utile. Tant que je me sentais utile ou aider Montréal, dans ce cas-là, j'étais bien. J'étais heureux dans ce que je faisais. Les événements, on les connaît. Je ne pouvais plus aider et, dans les circonstances, j'ai décidé de quitter.»

Il se montre cependant toujours aussi mystérieux sur ces «circonstances», répétant comme il l'avait fait dans son discours de démission qu'«un jour, justice sera rendue». «La commission Charbonneau travaille sur un casse-tête, et ce casse-tête-là, un jour, va révéler les raisons pour lesquelles j'ai dû quitter.»

Il assure n'avoir jamais succombé au découragement, essentiellement parce qu'il avait «la conscience en paix» et qu'il a pu compter sur le soutien de ses proches. Et surtout parce qu'il a une foi inébranlable en Dieu. «C'est ce qui m'a permis de passer à travers les 25 années, c'est quelque chose qu'on vit dans le quotidien. Sans ma spiritualité, je n'aurais jamais pu réaliser tout ce que j'ai réalisé.»

Il admet tout de même avoir trouvé «difficile» de voir certaines personnes le laisser tomber. Même s'il vise manifestement son ex-président du comité exécutif Frank Zampino, aujourd'hui accusé de fraude, complot et abus de confiance, il ne le nomme jamais. «Quand on est abandonné par des personnes avec lesquelles on a travaillé ou qu'on a côtoyées pendant 25 ans, et qu'il n'y a pas de compassion, pas de reconnaissance, rien, c'est ça que j'ai trouvé difficile. Mais indépendamment de ça, moi j'ai tourné la page. Ça me donne quoi de me faire du mal avec ça?»

«Favorisé par le bon Dieu»

Il se dit particulièrement fier de l'appréciation que lui montrent les gens tous les jours. «Il n'y a pas une personne qui m'a interpellé de façon négative sur la place publique. La grande satisfaction que j'ai aujourd'hui, c'est de pouvoir circuler sur la rue, dans les places publiques, dans les grandes surfaces, les gens viennent me voir. Ils me demandent comment je vais, il y a toujours une marque d'affection et un respect.»

Ces manifestations, en plus de son pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, contribuent aujourd'hui à la «paix intérieure» qu'il assure avoir trouvée. «Ils ne sont pas obligés de se déplacer pour venir me remercier pour ce que j'ai fait, pour dire parfois qu'on s'ennuie de moi, qu'on considère que c'est une injustice qui a été faite [...]. Si le bon Dieu continue de me favoriser comme il le fait, il y a une raison, ce n'est certainement pas pour que j'arrête d'aider les gens. Qu'est-ce que je vais faire exactement? Je ne me suis pas posé la question encore.»

Ce qu'il a dit

De ce qu'il a appris pendant son pèlerinage

« Honnêtement, j'avais tellement lu, j'avais tellement souhaité le faire, parlé à des personnes qui l'avaient fait, que je n'ai pas eu de surprise [...]. Pour moi, Saint-Jacques-de-Compostelle a été une révélation, ça m'a permis de trouver une façon de développer davantage ma paix intérieure. »

Des téléphones cellulaires

« Je n'ai jamais eu de cellulaire... mais j'avais un bon entourage. J'ai trop vu de politiciens, ils donnent la main et ils regardent à côté. J'ai toujours voulu être une personne présente. »

Des communautés religieuses

« Ce qui m'a permis beaucoup de passer au travers, et je vais vous surprendre, ce sont les communautés religieuses. Elles m'ont beaucoup aidé, beaucoup prié pour moi. J'allais les voir et je leur disais : "Là, je n'ai plus d'indulgence, aidez-moi, j'ai besoin d'autres indulgences..." »

De son absence

« Pendant 25 ans, je ne peux pas dire que j'aie été une personne très présente. Suzanne était présente pour les enfants, mais aujourd'hui, le fait que mes jumeaux - ils viennent d'avoir 31 ans - soient venus me rejoindre [sur le chemin de Compostelle], moi je les apprécie davantage et ils ont appris à me connaître. »

De sa carrière

« Moi, j'ai pu faire ce que je voulais. J'ai été avocat, j'ai mon MBA de l'Université Harvard, j'aurais pu aller dans une grande entreprise enrichir des personnes, m'enrichir davantage personnellement. Mais j'espère que je ne suis pas sur la Terre pour ça. Je suis sur la Terre pour rendre des personnes heureuses. »

Qu'est-ce que Radio Ville-Marie?

Fondée en 1995, cette station de radio propriété d'un organisme à but non lucratif se décrit comme un «service de radiodiffusion d'inspiration chrétienne et d'esprit oecuménique» et veut offrir à ses auditeurs «un lieu de dialogue, de discernement et de croissance». Elle diffuse sur la fréquence 91,3 à Montréal, sur cinq autres fréquences au Québec, et rejoindrait 506 300 auditeurs par semaine. Depuis l'automne 2013, l'ancien journaliste de Radio-Canada Pierre Maisonneuve y présente une émission hebdomadaire, Maisonneuve à la une, tous les jeudis à 11h.

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