Des citoyens du Vieux-Montréal gagnent une bataille

D'après les plans du promoteur, l'immeuble d'habitation Le... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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D'après les plans du promoteur, l'immeuble d'habitation Le Silhouette, prévu au 711, rue de la Commune, devait compter 12 étages et être haut de 44 m.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Karim Benessaieh
La Presse

La deuxième fois était la bonne pour les opposants à la construction d'une tour de 12 étages à deux pas du Vieux-Port. Interrompue la semaine dernière à cause de la manifestation étudiante, la signature du registre a été prolongée d'une heure mardi dernier. Cela a suffi pour atteindre 290 signatures, soit 68 de plus que ce qui était nécessaire pour bloquer le projet du 711, rue de la Commune.

C'est donc un nouveau rebondissement pour cet immeuble à l'histoire peu banale, selon les recherches de La Presse. Il a été vendu en mai dernier par une filiale de la Société d'habitation et de développement de Montréal à Élias Noujaim. Celui-ci était l'associé canadien de Belhassen Trabelsi, le beau-fils du dictateur tunisien déchu Ben Ali.

Cinq jours plus tard, M. Noujaim l'a revendu à une société à numéro.

La victoire de mardi soir a été saluée comme celle de l'«harmonie visuelle du secteur», selon le porte-parole des citoyens, Christian Roy. D'après les plans du promoteur, Les Développements V.I.P., l'immeuble d'habitation Le Silhouette, haut de 44 m, devait compter 12 étages. Les règlements actuels n'autorisent que 9 étages sur 30 mètres.

Référendum ou nouveau projet

Selon M. Roy et les opposants, l'enjeu est de «contenir la contagion d'édifices en hauteur» que susciterait l'aménagement du secteur voisin de Griffintown. «Il y a un consensus des citoyens qu'il faut garder ça à échelle humaine, dit le porte-parole. Cette surenchère de constructions en hauteur qui s'est déchaînée récemment nous inquiète.»

À l'arrondissement de Ville-Marie, on indique que les élus seront avisés dans les prochains jours des résultats officiels de la signature du registre. «Dans la prochaine étape, les élus de l'arrondissement décideront comment ils donneront suite au projet, précise Anne-Sophie Harrois, porte-parole. Il y a deux possibilités: le retrait du projet ou la tenue d'un référendum.»

Christian Roy espère que le projet du Silhouette retournera sur la planche à dessin. «Ça coûte cher, un référendum. Et ils ont vu quelle a été la mobilisation des citoyens.»

Poursuite

Selon une information véhiculée par les opposants au projet, le promoteur aurait intenté une poursuite contre l'arrondissement, qui a prolongé la période de signature du registre. Faux, assure Mme Harrois, qui précise n'avoir reçu «aucune mise en demeure de la part du promoteur».

Ce dernier, par l'entremise de son avocat Rémi Bourget, affirme «avoir pris acte» de la décision des citoyens. «À ce stade-ci, nous et notre cliente sommes à évaluer les options qui s'offrent à elle, ajoute Me Bourget. Dans l'intervalle, notre cliente ne souhaite pas commenter davantage le présent dossier.»

Les Développements V.I.P. sont une filiale de la société 7 842 902 Canada, qui a acheté l'édifice cinq jours après qu'Élias Noujaim l'eut acquis de la SHDM en mai 2011. Elle était représentée, lors de la transaction, par Philip Greenberg et Giuseppe Borsellino. Les sommes étaient sensiblement les mêmes: acheté au prix de 3,1 millions, le 711, rue de la Commune a été revendu 3,158 millions.

M. Noujaim, promoteur immobilier de L'Île-Bizard, était le secrétaire général de Gestion Tucan, principale entreprise canadienne de Belhassen Trabelsi. En septembre 2011, la Tunisie a condamné ce dernier à 15 ans de prison pour des infractions bancaires et douanières.

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