La force policière sous la loupe au congrès de l'ACFAS

La police n'est pas plus susceptible d'utiliser la force dans un quartier... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

La police n'est pas plus susceptible d'utiliser la force dans un quartier pauvre que dans un quartier riche, mais elle y a plus souvent recours avec des gens de race noire, des personnes intoxiquées ou des individus souffrant de troubles mentaux, selon une nouvelle étude dévoilée hier matin au congrès de l'ACFAS.

«Nos chiffres montrent que le quartier n'influence pas l'utilisation d'une force disproportionnée par rapport à la résistance», explique Rémi Boivin, criminologue à l'Université de Montréal. «Il n'y a pas non plus de différence au niveau du sexe, de l'âge ou du poids de la personne interpellée. Et contrairement à l'idée reçue que les policières utilisent plus la force que leurs confrères masculins, il n'y a pas non plus de différence.»

Un peu plus d'une intervention policière sur 100 nécessite l'usage de la force, selon M. Boivin.

Les données sur les quartiers ont été analysées par Patricia Obartel, étudiante à la maîtrise de M. Boivin.

Les chercheurs ont recueilli les données concernant 2000 interventions avec force sur cinq ans dans une grande ville québécoise que M. Boivin ne nomme pas en raison d'une entente. Les chercheurs ont évalué si le niveau de force correspondait à ce qui est prescrit en fonction du niveau de résistance de la personne interpellée. Dans 11% des cas, le niveau de force était inférieur à la norme, et dans 12% des cas, supérieur. Un niveau de force inférieur à la norme peut signifier que le policier devrait normalement sortir son arme à feu, mais qu'il ne le fait pas parce qu'il juge que la situation peut être maîtrisée sans celle-ci.

«Nos chiffres montrent que le quartier n'influence pas l'utilisation d'une force disproportionnée par rapport à la résistance.»

Rémi Boivin
criminologue à l'Université de Montréal

Dans le cas des Noirs - l'échantillon ne comportait que «Noir» et «non-Noir» comme variables sur l'origine ethnique - , les policiers étaient moins susceptibles d'utiliser un niveau de force inférieur à la norme. «On pense que c'est une question d'interprétation de l'attitude de l'autre, dit M. Boivin. C'est déjà sorti dans d'autres travaux que j'ai supervisés. Les jeunes Noirs ne réagissaient pas aux policiers de la même façon que les jeunes Blancs, ils étaient plus agressifs ou plus baveux. Ça ne pousse pas les policiers à intervenir de façon moindre. Ce n'est pas nécessairement l'intention des jeunes d'être agressifs ou baveux, mais les policiers l'interprètent comme ça. De la même manière, avec les ados, les policiers peuvent soit arrêter une personne, soit avoir recours à des mesures extrajudiciaires - par exemple, lui donner un avertissement ou le diriger vers un organisme communautaire. Les adolescents noirs sont moins susceptibles d'avoir des mesures extrajudiciaires.»

Personnes armées et foules

Les policiers étaient aussi moins susceptibles d'utiliser un niveau de force inférieur à la norme quand la personne interpellée avait une arme, quand il y avait beaucoup de policiers par rapport au nombre de personnes interpellées ou si l'intervention avait lieu dans une foule. «Quand un seul policier fait face à cinq personnes, il va attendre les renforts et ne pas passer à un niveau de force supérieur même si la résistance augmente, explique M. Boivin. Ils vont s'en tenir à la parole ou au poivre de Cayenne.»

L'usage de la force est par ailleurs inférieur à la norme dans le cas de gens qui menacent de se suicider.

Les policiers d'expérience étaient plus susceptibles de dévier de la norme, à la fois avec un niveau de force supérieur ou inférieur à la résistance. «En 2012, l'École nationale de police a changé son enseignement au niveau de l'usage de la force, indique M. Boivin. Avant, il y avait une correspondance directe entre le degré de résistance et le niveau de force. Maintenant, les policiers doivent tenir compte du contexte. On voit que les policiers d'expérience le faisaient déjà.»

La collecte de données a été interrompue en 2012 pour que l'analyse ne soit pas touchée par ce changement dans les méthodes d'enseignement.

Les résultats auraient-ils été différents si les données avaient tenu compte des manifestations du printemps érable? «C'est un cas trop particulier, répond M. Boivin. Il y a eu énormément d'utilisation de la force durant cette période, puis ça s'est replacé l'année d'après.»




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