Montréal serait le premier foyer de terrorisme au pays

Michael Zehaf-Bibeau, originaire de Montréal, est l'auteur de... (Archives, La Presse Canadienne)

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Michael Zehaf-Bibeau, originaire de Montréal, est l'auteur de l'attentat commis au parlement d'Ottawa.

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Le quart des infractions criminelles ayant des relents de terrorisme survenues au Canada l'an dernier ont été recensées à Montréal, révèlent de nouveaux chiffres de Statistique Canada. La métropole québécoise attire-t-elle les extrémistes?

Au cours des derniers mois, Montréal a souvent fait parler de lui pour les mauvaises raisons: ville d'origine de Michael Zehaf Bibeau, auteur de l'attentat d'Ottawa; lieu de départ d'au moins sept cégépiens partis faire le djihad en Syrie et en Irak; ville de résidence d'un adolescent de 15 ans devenu en décembre le premier Canadien accusé d'avoir tenté de quitter le pays pour participer à une activité terroriste en vertu de la nouvelle Loi sur la lutte contre le terrorisme... Les événements de cette nature ont été nombreux à faire la manchette.

Et voilà que de nouveaux chiffres compilés par Statistique Canada assoient la réputation de la métropole comme nid d'extrémistes.

En 2014, les différents corps policiers au pays ont recensé 67 infractions criminelles liées à des affaires de terrorisme, allant de la participation aux activités d'un groupe terroriste à l'incitation à craindre des activités terroristes.

Près du quart des affaires sont survenues à Montréal, soit en tout 14, contre 4 seulement à Toronto et 6 à Vancouver. Ottawa, capitale du Canada, qui, on le sait, a abrité au moins une cellule islamiste radicale au cours des dernières années, arrive au même rang que Montréal.

POURQUOI MONTRÉAL?

Les experts consultés s'entendent: Montréal est bel et bien une plaque tournante. Mais pourquoi? « Un réseau est apparu à un moment donné, croit Benjamin Ducol de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme. On ne sait pas nécessairement pourquoi, mais il y a un tissu qui s'est mis en place et qui n'existe pas nécessairement ailleurs. »

Professeur à l'UQAM et membre du Centre de prévention de la radicalisation de Montréal, Jocelyn Bélanger rappelle que la métropole québécoise est depuis longtemps le repaire de radicaux. Selon lui, ils ont peu à peu converti de nouveaux adeptes. « Des mosquées de la ville étaient déjà surveillées par le Pentagone il y a des années », dit-il. En 2011, des documents rendus publics par le site WikiLeaks ont par exemple révélé qu'une mosquée de Parc-Extension était dans la ligne de mire du FBI.

«Il semble y avoir un bassin, un réseau bien établi. Une ou des cellules organisées avec un agent provocateur qui influence des gens autour de lui.»

Jocelyn Bélanger,
professeur à l'UQAM et membre du Centre de prévention de la radicalisation de Montréal

« Dans le terrorisme, le réseau social, les pairs, c'est très important. » Le chercheur cite des études voulant que dans au moins 70 % des cas, les gens se radicalisent parce qu'ils connaissent déjà quelqu'un qui est membre ou adepte d'un groupe terroriste, que ce soit un ami, un parent ou un proche. Là où il y en a un, il risque donc d'y en avoir plusieurs. « Et avec l'internet, c'est encore moins compliqué. »

Pour Dave Charland, ex-agent au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), c'est aussi une question de géographie si Montréal est au coeur de la tourmente. Les groupes terroristes qui font aujourd'hui les manchettes, soit l'État islamique (EI) ou le Front al-Nosra, sont pour l'essentiel établis en Syrie, pays situé près du Maghreb. « Pour cette raison, ces groupes attirent plus de gens originaires du Maghreb », dit l'expert, qui précise toutefois que seule une infime minorité de gens se radicalisent. Au Canada, Montréal abrite une très grosse communauté maghrébine à cause du français. « Si les groupes terroristes étaient plus actifs en Afghanistan, par exemple, comme c'était le cas avec Al-Qaïda, je crois que la situation serait différente. » 

Évidemment, ajoute Benjamin Ducol, Montréal est une grande ville. C'est aussi une ville bilingue qui, selon lui, « est connectée sur l'Europe, [dont certaines villes comme Bruxelles sont des carrefours pour les extrémistes], plus que bien d'autres villes nord-américaines ».

LA POLICE PLUS ATTENTIVE

L'autre élément à ne pas négliger en analysant les chiffres, préviennent les experts, est la vigilance des autorités. Les données publiées par Statistique Canada proviennent de statistiques compilées par les corps policiers. Un corps policier qui accorde plus d'importance à la lutte contre le terrorisme déclarera inévitablement plus d'événements qu'un corps peu sensible à cette question. 

Montréal et Ottawa ont tous deux été échaudés par des attentats en 2014. Il est logique que la lutte contre le terrorisme y soit une priorité. « Ça ne veut pas nécessairement dire que la menace est plus grande, mais qu'un plus grand nombre de cas y sont judiciarisés », note M. Ducol.

Dave Charland, qui a lui-même travaillé sur des enquêtes de terrorisme, estime que Montréal et Toronto sont à l'avant-garde en matière d'extrémisme. « Ils sont plus proactifs que d'autres villes », dit-il.

Oui, Montréal est une plaque tournante, mais le fossé avec les autres villes canadiennes n'est peut-être pas aussi grand que ne le laissent croire les chiffres.

Le terrorisme gagne du terrain

Le nombre d'infractions criminelles liées au terrorisme rapportées par la police a doublé en cinq ans au Canada, passant de 38 à 67. Des chiffres qui correspondent à la tendance mondiale, note Jocelyn Bélanger du Centre de prévention de la radicalisation de Montréal. C'est notamment en raison de la force de persuasion du groupe État islamique et de sa propagande diffusée à l'échelle mondiale. « L'EI, c'est rendu une marque de commerce. »

Partis faire le djihad

De nouveaux chiffres de Statistique Canada publiés en juillet montrent combien de cas de personnes partis faire le djihad avec des groupes terroristes ont été compilés dans chaque ville en 2014. C'est Toronto qui remporte la palme, avec 7 sur 14. On en rapporte 3 à Montréal. Avec le groupe d'élèves du Collège de Maisonneuve parti au début de 2015, les chiffres de l'année prochaine seront plus élevés pour Montréal.

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