Arrestations brutales: accusations retirées, plaintes en déontologie maintenues

Vincent Sauvé, Marc Sévigny et Olivier Manseau.... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Vincent Sauvé, Marc Sévigny et Olivier Manseau.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Une intervention policière pour une bière sur la rue qui avait dégénéré en arrestations brutales et dont les images s'étaient retrouvées sur YouTube, en septembre 2011, a connu un dénouement beaucoup moins tonitruant à la cour municipale de Montréal, lundi.

Alors que le procès de trois jeunes hommes accusés d'entrave et de voies de fait devait commencer, la poursuite a retiré toutes les accusations criminelles pour les remplacer par des constats d'infraction à un règlement municipal. Vincent Sauvé, 24 ans, Olivier Manseau, 24 ans, et Marc Sévigny, 25 ans, ont accepté de payer chacun une amende de 100$ pour avoir refusé d'obtempérer à un ordre policier plutôt que de poursuivre le processus devant les tribunaux. Même s'ils sont persuadés qu'ils n'ont pas mal agi ce fameux soir, ils voulaient en finir avec cet aspect de leur mésaventure. Mais ils ne retireront pas pour autant les plaintes en déontologie policière qu'ils ont portées contre cinq policiers.

Les trois hommes auraient souhaité régler le différend sans accusations ni amendes ni plaintes en déontologie en dialoguant avec les policiers. Leurs avocats, Me Caroline Braun, Me Sabrina Lapolla et Me Jolan Paquin Boulé, avaient d'ailleurs proposé que les jeunes gens et les policiers laissent tomber les accusations de chaque côté et s'assoient à la même table pour s'expliquer et pour comprendre pourquoi chacun avait agi comme il l'a fait.

Devant le juge Stéphane Brière, Me Braun a expliqué que ses collègues et elle avaient tenté de faire «du droit nouveau». Leur solution n'a pas été acceptée, mais, après des pourparlers, la procureure de la cour municipale, Carole-Anne Perreault, a décidé de laisser tomber les accusations criminelles.

«Cela aurait été du droit nouveau, mais ce n'était pas le bon forum», a fait valoir Me Perreault à La Presse. Selon elle, le bon forum pour une telle médiation, c'est la déontologie policière.

Lundi, à la cour municipale, les trois jeunes accusés ont attendu plusieurs heures sur un banc que l'on décide de leur sort, tandis que les policiers appelés comme témoins faisaient le pied de grue un peu plus loin. Chaque clan s'observait discrètement.

«La situation a dégénéré par manque de communication. Avec ce qu'on proposait, on aurait pu s'expliquer des deux côtés. Dans le fond, tout le monde regrette cette soirée-là», ont dit les trois jeunes hommes à La Presse.

Bière dans la rue

L'incident s'est produit le 7 septembre 2011 vers 23 h, devant le 3658, boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Des gens dans la vingtaine sortaient d'un loft où venait d'avoir lieu une projection privée de courts métrages. Un jeune homme qui avait une bière à la main a été interpellé par un policier. Le jeune a donné ses papiers, et le policier lui a ordonné de vider sa bière par terre. Le policier est ensuite allé vers Vincent Sauvé, qui avait aussi une cannette de bière à la main.

Arrestation musclée

«Le policier m'a demandé mes papiers, je lui ai donné ma carte d'assurance maladie, a raconté M. Sauvé. Il a commencé à me faire un constat d'infraction. Il m'a demandé mon adresse. Je ne comprenais pas pourquoi il voulait me donner un constat. Il n'en avait pas donné à mon ami. Je lui ai demandé s'il m'avait vu boire. Il m'a redemandé mon adresse. J'ai redemandé s'il m'avait vu boire. Là, il m'a empoigné les mains et m'a mis en état d'arrestation pour entrave à un agent de la paix. J'ai figé. Je me suis raidi. Il m'a amené près de la voiture de police. Ils m'ont frappé la tête sur le capot, donné des coups de genou dans les jambes. Ils me remontaient les bras dans le dos.»

Tout cela s'est passé devant plusieurs témoins. Parmi eux, certains ont filmé la scène avec leur portable. M. Sauvé hurlait. Des cris et des protestations fusaient. «Notre ami s'est fait péterla tête quatre fois sur le capot», racontent Olivier Manseau et Marc Sévigny. Fâchés, ces derniers criaient après les policiers, qui ont répliqué par des jets de gaz poivre. M. Sévigny a été frappé aux jambes avec un bâton télescopique. L'amie de M. Manseau a été brutalement poussée par un policier et a atterri sur un parcomètre. Pendant ce temps, de nombreuses voitures de police convergeaient, sirènes hurlantes, pour prêter main-forte à leurs collègues.

Les trois hommes ont été arrêtés et accusés d'entrave. Certains ont aussi été accusés de voies de fait. M. Manseau a également été accusé d'agression armée contre des agents de la paix parce que, à un certain moment, il a botté une cannette de bière.

Les trois jeunes hommes n'avaient aucun antécédent judiciaire. S'ils avaient été reconnus coupables au terme de leur procès, ils auraient eu un casier judiciaire. Ils n'ont pas voulu prendre de risque et ont accepté de payer l'amende de 100$. M. Sauvé est machiniste, M. Sévigny étudie en aéronautique et M. Manseau envisage de devenir travailleur social.

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