Un collectif féministe se mobilise contre un organisme antiavortement à Montréal

Un collectif féministe se mobilise dans le quartier Hochelaga pour faire sentir... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Roxanne Ocampo
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

Un collectif féministe se mobilise dans le quartier Hochelaga pour faire sentir à des militants antiavortement qu'ils ne sont pas les bienvenus à Montréal.

Samedi, la Riposte féministe a tenu un rassemblement en protestation contre la présence de Campagne Québec-Vie dans des locaux de l'église Saint-Émile.

La porte-parole du collectif, Sonia Palato, explique que face à de tels organismes, la lutte pour l'autonomie corporelle des femmes est toujours d'actualité.

La Riposte féministe accuse Québec-Vie de mener une campagne misogyne pour humilier les Montréalaises qui se rendent dans des cliniques d'avortement.

Le président de Québec-Vie, Georges Buscemi, admet la tenue de prières et d'opérations de « secours des enfants à naître » autour d'établissements qui fournissent des services d'interruption volontaire de grossesse. Il nie toutefois le caractère intimidant de ces activités, qui auraient déjà réussi, selon lui, à dissuader des patientes à trois ou quatre reprises.

« Ni l'une ni l'autre ne sont conçues pour être culpabilisantes, objecte-t-il. Mais je dois dire que si les gens ressentent de la culpabilité, c'est en fait bien, parce que c'est un meurtre qu'elles s'apprêtent à commettre. C'est un signe de santé mentale. »

Sur son site web, Québec-Vie se décrit comme un mouvement de défense de « l'inviolabilité de la vie humaine » et assimile l'avortement à un « crime contre l'humanité », une procédure « cruelle » qui s'en prend aux « membres les plus vulnérables de notre société » - une référence aux embryons et aux foetus.

La Riposte féministe signale que Québec-Vie est également en guerre contre les mariages homosexuels et l'aide médicale à mourir, ce que George Buscemi ne nie pas.

« Le mariage, selon la raison, ça ne peut être qu'entre un homme et une femme, insiste-t-il. Appeler tout autre arrangement un mariage, c'est comme appeler un cercle un carré. »

Quant à l'aide médicale à mourir, un euphémisme, affirme-t-il, elle consiste selon lui en la mise à mort d'innocents. À la liste des « barbaries » qu'il impute à la Révolution tranquille, Georges Buscemi ajoute également la sodomie.

Québec-Vie embauche quatre personnes à temps plein dans ses bureaux d'Hochelaga-Maisonneuve, loués par une paroisse locale. Leur rémunération est assurée par les quelque mille dons annuels de particuliers, précise M. Buscemi.

Sonia Palato n'écarte pas la possibilité que la manifestation pro-choix de samedi marque le début d'une campagne de plus grande envergure contre Québec-Vie.

L'avortement constitue toujours un tabou, souligne la militante, et ce genre d'organisme fragilise les avancées en la matière.

« Quand il y a des gens comme ça, à l'entrée des cliniques, ça peut donner force à cette honte-là, expose-t-elle. Ensuite, si la personne décide d'aller de l'avant avec l'avortement, ça a des coûts psychologiques et émotifs extrêmement lourds quand on sait qu'il y a des gens qui considèrent que c'est un meurtre qu'on a commis. »

« Aux États-Unis, on voit que ces groupes-là, qui ont plus d'accès à des politiciens et politiciennes en accord avec eux, font des ravages », ajoute-t-elle.

Sonia Palato estime que le droit d'interrompre sa grossesse ne constitue toujours pas un acquis au Canada.

« Il y a plusieurs régions où il y a peu de cliniques. Quand on doit faire plusieurs heures de route pour se faire avorter, ce n'est pas vrai que c'est accessible », se désole-t-elle.

Selon Mme Palato, certains députés fédéraux, la plupart sur le banc conservateur, demeurent sensibles au message porté par Québec-Vie, qui est par ailleurs membre d'un regroupement pancanadien représenté par un lobbyiste sur la colline du Parlement.

Sur la scène provinciale, Campagne Québec-Vie dit parfois appuyer des candidats aux élections.

L'organisme, fondé en 1989, se donne également pour mission d'« éduquer » la population étudiante par le biais de publications qu'il distribue sur les campus universitaires, mais également « autant que possible » dans les alentours des cégeps et des écoles secondaires.




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