La réduction de la future aire protégée Kanasuta est contestée

Les aires protégées devaient représenter 12 % de la... (PHOTO THINKSTOCK)

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Les aires protégées devaient représenter 12 % de la superficie terrestre de la province à la fin de 2015; la proportion réelle n'était que de 9,16 %.

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Au moment où de nouvelles données révèlent que le Québec est en net retard par rapport à son objectif de protection du territoire, l'Action boréale Abitibi-Témiscamingue (ABAT) dénonce que deux ministères aient amputé, il y a quelques mois, une partie du territoire potentiel de la future aire protégée de Kanasuta.

Ce secteur situé à l'ouest de Rouyn-Noranda, et pour la défense duquel l'auteur-compositeur Richard Desjardins a pris position publiquement à maintes reprises, fait l'objet depuis 2003 d'une « réserve à l'État ». Ce procédé permet au gouvernement de récupérer les titres miniers abandonnés dans un secteur donné dans le but d'y créer une aire protégée.

Or, un arrêté ministériel signé en novembre 2015 par le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand et le ministre délégué aux Mines Luc Blanchette a modifié le contour du territoire visé par cette « réserve à l'État » pour en soustraire une portion où les titres miniers sont détenus par une société québécoise, Vantex Ressources.

Pour le président de l'ABAT, Henri Jacob, Québec vient d'ouvrir toute grande la porte à d'autres réductions de la réserve de biodiversité envisagée pour le Kanasuta. « La compagnie d'à côté qui va demander elle aussi d'être retirée, ça va être quoi la justification pour leur dire non? », demande-t-il. Il s'insurge qu'on n'ait pas au moins désigné d'autres territoires pour remplacer la partie retranchée l'automne dernier.

Le ministère des Ressources naturelles (MERN) dit avoir accepté la demande de Vantex de retirer tout un pan de territoire de la « réserve à l'État » car cette « situation pouvait avoir un impact sur le développement de ses projets miniers ».

Vantex fait valoir qu'elle n'a pas de simples « claims » miniers, mais des concessions minières, un régime plus ancien qui confère des droits élargis. « Le gouvernement, s'il avait voulu faire une aire protégée, étant donné qu'on est propriétaires des droits de surface, il aurait fallu qu'il nous exproprie », a dit à Radio-Canada l'administrateur de Vantex, Gilles Laverdière.

Données incomplètes

Le MERN a consulté au préalable le ministère de l'Environnement, qui a répondu que ces terrains n'étaient de toute façon « plus retenus pour des fins d'aire protégée ». « Les limites tracées de la réserve à l'État de 2003 ont été faites à partir de données incomplètes, des outils géomatiques moins développés et sachant qu'elles pourraient être ajustées en fonction de l'acquisition de connaissances de ce territoire », a indiqué le ministère de l'Environnement dans un courriel à La Presse.

De fait, lors de consultations sur les projets d'aires protégées en Abitibi-Témiscamingue, cet hiver, celle envisagée pour le Kanasuta était réduite à quatre « pôles » d'une superficie bien inférieure à la réserve à l'État de 2003. « On a ciblé ces zones parce qu'elles sont les plus réalistes à protéger, considérant que le territoire est presque entièrement couvert par des titres miniers », dit Marc-André Bouchard, chargé de projet au ministère de l'Environnement pour les réserves aquatiques et de biodiversité de l'Abitibi-Témiscamingue. La réserve à l'État n'empêche en effet pas l'exercice des titres miniers existants, qui peuvent être renouvelés tant et aussi longtemps qu'un minimum de travaux d'exploration a cours.

Le Québec en retard      

La situation de la réserve de biodiversité projetée de Kanasuta illustre bien la lourdeur du processus de création des aires protégées. Et permet en partie de comprendre pourquoi le Québec accuse un retard évident sur son objectif de protection du territoire : alors que les aires protégées étaient censées représenter 12 % de la superficie terrestre de la province à la fin de 2015, la proportion réelle n'était que de 9,16 %, révélait hier une compilation effectuée par la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec).

Le portrait varie grandement d'une région à l'autre : les aires protégées représentent 15,2 % du territoire à Montréal et 11,9 % dans le Nord-du-Québec, mais seulement 0,6 % à Laval. En Abitibi-Témiscamingue, la proportion est de 7,1 %.

La SNAP estime qu'au rythme actuel, il faudra encore huit ans pour que soient protégés les 37 000 km2 supplémentaires requis pour atteindre le seuil de 12 %. Une situation « inacceptable » dit l'organisme, qui souligne que près de 34 000 km2 de milieux naturels sont en attente de protection au Québec après avoir été identifiés au niveau régional.

« Énormément d'énergie, de temps et de ressources ont été investis par les élus régionaux, les groupes locaux et les citoyens à travers tout le Québec, afin de décider de façon éclairée et concertée de l'utilisation et de la protection de leur territoire », souligne Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec.

La situation est encore plus problématique en milieu marin, où seulement 1,3 % du territoire est protégé, alors que l'objectif pour 2015 était de 10 %.

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