Les vieux arbres absorbent plus de carbone qu'on ne le croyait

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L'étude concerne les espèces qui peuvent vivre plusieurs centaines d'années, et donc ne s'appliquent pas à la forêt boréale, qui couvre la plus grande partie du Canada et du Québec.

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Pas de répit pour les vieux arbres. Ils continuent d'accumuler toujours plus de carbone à mesure qu'ils vieillissent, selon une vaste recherche dont les résultats sont publiés aujourd'hui dans la revue Nature.

«Les arbres grands et vieux ne sont pas de simples réservoirs de carbone sénescents, mais ils fixent de grandes quantités de carbone par comparaison aux arbres plus petits, écrivent les auteurs. Dans certains cas extrêmes, un seul grand arbre peut ajouter la même quantité de carbone en une année que tout le carbone contenu dans un arbre de taille moyenne.»

L'étude concerne les espèces qui peuvent vivre plusieurs centaines d'années, et donc ne s'applique pas à la forêt boréale, qui couvre la plus grande partie du Canada et du Québec. Cependant, on retrouve sur le territoire québécois certaines espèces «championnes de la croissance» mentionnées dans l'étude, dont le sapin baumier et l'érable à sucre.

Jusqu'ici, il n'y avait pas de consensus scientifique à ce sujet. On observait entre autres que la production de feuilles des grands arbres ralentissait et on présumait qu'il pouvait en être de même pour l'accumulation de carbone.

Il était également établi que le taux de capture de carbone d'un peuplement forestier dans son ensemble ralentissait avec l'âge. Cependant, les observations d'une équipe internationale de chercheurs dirigée par Nathan Stephenson, de l'US Geological Survey, montrent que ce ralentissement n'est pas dû à la vieillesse des arbres.

Pour en arriver à cette conclusion, ils ont compilé les données sur 673 046 arbres représentant 403 espèces tropicales et tempérées, sur tous les continents.

Par exemple, les mesures prises sur les 89 espèces d'arbres étudiés en Amérique du Nord montrent que 97% d'entre elles absorbent de plus en plus de carbone en vieillissant.

En Afrique, c'était le cas pour 100% des 37 espèces examinées. Les taux sur les autres continents varient entre 90,5% et 97,4%, pour une moyenne générale de 96,8%.

Réactions à l'étude

Claude Villeneuve, directeur, chaire d'écoconseil, Université du Québec à Chicoutimi:

«C'est une étude élégante qui répond à une question au sujet de l'arbre. Avec un très grand nombre de données, ils ont fait une démonstration d'un point qui était négligé ou mal compris. On doit intégrer cela dans les modèles. Mais cela ne change pas ce qu'on connaît au sujet de la forêt dans son ensemble.»

Jean-François Boucher, chercheur et responsable scientifique du projet Carbone Boréal:

«On voit que pour 97% des cas, les gros arbres maintiennent leur productivité et même l'augmentent. Et ils rapportent des ajouts de masse extraordinaires: plus de 100 kilos par année en moyenne, et jusqu'à 600 kilos par année. C'est énorme. Par comparaison, une épinette noire à 80 ans va faire 90 kilos en moyenne. Ça nous dit qu'il ne faut pas sous-estimer l'apport des vieux arbres en santé: ils accumulent du carbone de façon significative.»

Werner Kurz, chercheur principal, Budget du carbone en forêt, Ressources naturelles Canada:

«C'est une étude solide et complète. Il peut être étrange, en regardant les très grands arbres, de penser qu'ils poussent plus vite que les jeunes. Mais cela ne change pas ce que nous savons à l'échelle des peuplements forestiers et des forêts, et cela ne devrait pas avoir d'impact sur nos politiques forestières. Même si des arbres vieux et en santé poussent vite, d'autres meurent et, dans l'ensemble, la croissance d'un peuplement forestier atteint un plateau. Peut-être que cela va dans le sens des pratiques forestières traditionnelles en Europe, où on va chercher des tiges mortes ou des arbres sur le point de mourir. Mais je ne vois pas ce type de foresterie s'installer au Canada, du point de vue économique, sauf dans certaines forêts dans l'Est.»

Hank Margolis, professeur à la faculté de foresterie de l'Université Laval:

«Cette étude ne s'applique pas à la forêt boréale. Il y a des cycles de feu trop fréquents et des épidémies d'insectes. Nos arbres n'ont pas la chance d'atteindre ces grandeurs. Mais ça donne un coup de pouce à la conservation des grands arbres dans la forêt tropicale.»

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