Université de Montréal: briser l'omerta

Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, et... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, et Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

L'Université de Montréal fait son mea culpa dans le dossier de Jean Larose, parti à la retraite sans avoir été sanctionné pour les comportements « inacceptables » qui lui avaient été reprochés. Entrevue avec Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, et Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études.

Question: Comment expliquer que la plainte déposée contre Jean Larose en 2010 par une étudiante [pour attouchements et harcèlement sexuels] n'ait entraîné aucune sanction ?

Guy Breton : Parce qu'on est allés au bout des mécanismes dont on disposait à une certaine époque. Et manifestement, ces mécanismes n'ont pas permis de faire ce que vous évoquez. Il s'agit, vraisemblablement, d'une belle illustration des imperfections de ce que nous avions en place. D'où la nécessité de corriger les imperfections du processus de discipline qui est long, opaque et complexe.

Louise Béliveau : Le recteur et moi sommes arrivés en poste en 2010. À la suite de ce dossier, on a travaillé à modifier le processus disciplinaire.

Q: Qu'est-ce qui a changé depuis ?

G.B. : La volonté de la direction de changer des choses. Mais les mécanismes sont les mêmes, à une nuance près : le comité de discipline inclut un cadre, ce qui n'était pas le cas avant.

Q: Deux étudiantes ont voulu porter plainte contre Jean Larose en 2002. Elles se seraient adressées à l'ombudsman, qui les aurait orientées vers le Bureau d'intervention en matière de harcèlement de l'Université de Montréal (BIMH), où on leur aurait dit qu'il fallait plutôt aller devant les tribunaux faire la preuve de leur non-consentement. En avez-vous eu connaissance ?

L.B. : Nous n'étions pas là à l'époque. Ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, ce n'est pas cette réponse qu'elles auraient si elles se présentaient.

G.B : Quinze ans plus tard, le BIMH a développé son expertise. La société a changé aussi. L'expertise a changé. À l'époque, l'approche d'empathie dont nous parlons était peut-être moins là.

Q: Comment expliquer que, malgré des plaintes en 2002, malgré des tracts dénonçant la « pédagogie dévastatrice » de Jean Larose en 2005, la direction de l'université n'ait pas cherché à savoir ce qui se passait ?

G.B. : Si on rejoue le film avec ces tracts, dans un environnement comme celui que nous souhaitons avoir en 2018, où il y a des balises, où tout le monde - les pairs, les étudiants, les associations, les cadres - a conscience que ce genre de comportements est inacceptable et répréhensible, je pense que le film, s'il était rejoué dans ce contexte-là, ne donnerait pas les mêmes résultats. Mais il n'y avait pas de balises. Il n'y avait pas de conscience collective. Chacun fermait les yeux. Ça a donné le résultat qu'on voit.

Q: La loi 151 visant à combattre les violences à caractère sexuel dans les universités et les collèges vous oblige à adopter d'ici le 1er janvier 2019 une politique qui encadre les relations professeurs-étudiants. Qu'est-ce que ça va changer ?

G.B. : Qu'il y ait des balises, on voit ça très positivement. Parce que pour parler d'abus, il faut qu'il y ait une norme. Et pour qu'il y ait une norme, il faut la baliser.

Q: En l'absence de balises, comment étaient gérées ces situations ?

L.B. : Auparavant, ces situations étaient gérées comme on gère les conflits d'intérêts. Les professeurs qui avaient une relation avec une étudiante devaient le déclarer dans les conflits d'intérêts.

Q: Croit-on qu'il faudrait interdire ces relations ?

L.B. : Un groupe de travail se penche actuellement sur la question à l'Université de Montréal. Je peux vous dire que lorsqu'il y a une relation de pouvoir, ça devrait être interdit.

Q: Vous estimez que l'amnistie qui permet d'effacer tout avis, sanction disciplinaire ou administrative après deux ans est une faille importante du processus...

G.B. : L'établissement est amnésique. On ne sait pas ce qui s'est passé en 2002. Or, on sait que dans ce type de dossiers, c'est surtout des récidivistes. C'est rarement une seule occasion. Cette notion de la connaissance de récidives est un élément clé auquel nous n'avons pas accès.

Q: Qu'entend faire l'Université de Montréal pour que ces dossiers soient mieux gérés ?

G.B. : On ne veut plus d'amnistie. On va lever le délai de prescription pour ces plaintes [qui est de six mois en ce moment]. Et sensibiliser tout le monde. Là, on est dans une habitude de silence. Tout le monde est silencieux. Il faut changer ça.

Si le directeur du département, si les pairs, si les associations étudiantes étaient conscients que la direction de l'université ne tolérait pas ça, nous en aurions été informés et l'issue des choses aurait peut-être été différente. C'est une espèce d'omerta, où personne ne parle, parce que les moyens d'intervenir dans de tels cas ne sont pas clairs. Il faut que l'on travaille tous ensemble à changer les choses pour que cela ne se reproduise pas. Si on ne change rien, cela va se reproduire. Et nous ne voulons pas ça.

* Les questions et les réponses ont été synthétisées par souci de clarté.




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