La direction du collège de Maisonneuve sollicite le «soutien» du maire Coderre

Le collège de Maisonneuve est sous le feu... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le collège de Maisonneuve est sous le feu des projecteurs depuis quelques jours. Dimanche soir, un incident impliquant le prédicateur Adil Charkaoui a nécessité l'intervention du SPVM.

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L'altercation entre Adil Charkaoui et un agent de sécurité du collège de Maisonneuve fait des vagues. À Québec, les élus se sont mutuellement accusés de ne pas en faire assez dans la lutte contre la radicalisation. Sous pression, la direction du cégep a rencontré le maire de Montréal Denis Coderre hier et va rencontrer la députée péquiste d'Hochelaga-Maisonneuve Carole Poirier aujourd'hui pour « solliciter leur expertise et leur soutien ».

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Adil Charkaoui

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L'attachée de presse du maire, Catherine Maurice, a confirmé à La Presse hier soir qu'une rencontre avait eu lieu avec Denis Coderre, comme l'a affirmé la directrice des affaires corporatives et des communications par intérim de l'établissement, Line Légaré, dans un courriel intitulé « Le message du Collège a été entendu », envoyé au personnel en soirée.

« M. Coderre a effectivement rencontré la direction du collège de Maisonneuve [hier] après-midi à [la] demande [de cette dernière]. Le maire souhaitait également avoir de l'information de première main de la direction dudit collège pour [...] être sensibilisé et mieux comprendre les enjeux que vivent présentement les parties impliquées », a dit Mme Maurice.

La direction du cégep s'inquiète que « certains souhaitent marquer l'anniversaire » de la crise qui a secoué l'établissement l'an dernier. 

« Près d'un an jour pour jour après la crise provoquée, entre autres, par la location [de locaux] à l'École des compagnons, dirigée par Adil Charkaoui, tout porte à croire que certains souhaitent marquer cet anniversaire », peut-on lire dans une note envoyée en pleine nuit à tout le personnel pour le prévenir de la publication dans La Presse, hier, d'un article sur l'incident impliquant le prédicateur.

Le communiqué interne, dont nous avons obtenu copie, est intitulé « Et comme si ce n'était pas suffisant... ».

«Une étrange coïncidence»

Le cégep est sous le feu des projecteurs depuis quelques jours. Dimanche, M. Charkaoui, qui n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue, a été impliqué dans un nouvel incident au collège de Maisonneuve. Un groupe dont il faisait partie a eu une altercation avec un agent de sécurité dans un gymnase de l'établissement.

La maison d'enseignement a confirmé hier que le prédicateur avait « poussé l'arrogance jusqu'au contact physique ». Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a dû intervenir. Le groupe avait loué le local pour jouer au soccer. Lorsque le gardien est arrivé, il a remarqué que les hommes s'adonnaient plutôt à la prière.

La semaine dernière, La Presse révélait que le SPVM était aussi intervenu le 7 décembre devant l'établissement après qu'une bataille avait eu éclaté devant la bibliothèque avant de se transporter dehors. Selon nos sources, dont deux étaient présentes durant tout l'incident, l'une des personnes impliquées a fait partie du groupe de 10 jeunes Montréalais arrêtés en mai dernier à l'aéroport de Montréal alors qu'ils tentaient d'aller grossir les rangs d'un groupe islamiste. 

Alors que la direction avait nié catégoriquement en début de semaine par voie de communiqué l'implication d'un aspirant djihadiste dans l'incident, la directrice des affaires corporatives et des communications par intérim, Line Légaré, a changé sa version, hier, sur les ondes de l'émission de Paul Arcand. Elle a d'abord admis que le jeune en question avait été témoin de la bagarre, avant d'aller plus loin et de dire qu'il faisait partie du groupe impliqué.

Depuis la publication des articles de La Presse sur la bagarre du 7 décembre et sur des tensions et de l'intimidation à la bibliothèque, la semaine dernière, la direction de Maisonneuve dit être au coeur d'une « tempête médiatique » et voit dans l'attention des médias et l'affaire Charkaoui une « bien étrange coïncidence », lit-on dans son message au personnel.

Le Collège y explique aussi la difficulté de « contrôler toutes les personnes qui entrent et sortent les fins de semaine ». Il réitère qu'Adil Charkaoui se trouvait dans son gymnase à l'insu des dirigeants.

C'est loin d'être le premier incident impliquant l'homme au collège de Maisonneuve. Jusqu'à l'an dernier, il y louait des salles de classe et des plateaux sportifs. Le cégep avait suspendu le contrat de location après qu'il eut été révélé que de jeunes Montréalais partis vers la Syrie en janvier avaient des liens avec lui.

Adil Charkaoui a finalement réagi sur Twitter hier soir en écrivant ces propos visiblement ironiques. « Suite aux centaines de lettres d'amour reçues depuis ce matin, je renonce à quitter le Québec. Merci pour votre appui et votre solidarité ! »

Des vagues à Québec

À Québec, le retour de M. Charkaoui au collège de Maisonneuve a fait débat.

Si le prédicateur continue d'avoir maille à partir avec la direction du collège, c'est la faute du Parti québécois, a affirmé le gouvernement Couillard.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, accuse le parti de Pierre Karl Péladeau de retarder l'adoption du projet de loi sur le discours haineux qu'elle a présenté l'an dernier. Elle dit avoir introduit en novembre un amendement qui aurait permis aux cégeps de mettre un terme à des contrats de location de locaux si la sécurité des élèves devait être mise en danger.

Or, dit-elle, le PQ paralyse la commission parlementaire qui étudie le projet de loi. « Le gouvernement a posé des gestes, a dit Mme Vallée hier. Qu'est-ce que le gouvernement fait ? Il a posé des gestes, et maintenant, je vous invite à poser la question au Parti québécois qui bloque l'étude du projet de loi. » Selon la ministre, le PQ « défend le discours haineux ».

Une cellule intégriste est-elle en train de prendre racine dans la maison d'enseignement ? La nouvelle ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a refusé de le dire.

« Jamais, jamais je ne vais me prononcer sur ça. »

Elle compte visiter le cégep la semaine prochaine.

Dans l'intervalle, l'opposition presse le gouvernement d'agir pour mettre M. Charkaoui hors jeu.

La députée du Parti québécois Agnès Maltais accuse le gouvernement libéral de rester les bras croisés face à la situation au collège de Maisonneuve. À l'Assemblée nationale, elle a souligné que la direction du collège avait réclamé des règles claires pour encadrer la location de locaux. Un comité a été mis sur pied, mais une seule rencontre a eu lieu jusqu'ici.

« Il y a plusieurs événements graves qui ont été rapportés au collège de Maisonneuve, a dit Mme Maltais. Et comme par hasard, Adil Charkaoui est toujours dans les parages. Au lieu d'essayer de limiter la liberté d'expression, pourriez-vous limiter le travail des agents de radicalisation ? C'est ça, le problème. »

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, juge « très inquiétants » les événements qui ont eu lieu au cégep. Selon lui, c'est maintenant à la police de se mêler du dossier. « Nous, on pense que la Sûreté du Québec doit aller intervenir puis peut-être aider à fixer les balises, a-t-il dit. Quand c'est rendu qu'un gymnase est utilisé par M. Charkaoui pour venir prêcher au lieu de pratiquer un sport, c'est inquiétant. »

- Avec Louis-Samuel Perron, La Presse

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