Négociations en éducation: un dur coup porté aux camps nature

Ce n'est pas rare pour nous d'accueillir des... (PHOTO FOURNIE PAR LA BASE DE PLEIN AIR BON DÉPART)

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Ce n'est pas rare pour nous d'accueillir des élèves qui n'ont jamais mis les pieds à l'extérieur de Montréal ou d'une autre ville. Nous avons un rôle important dans le système d'éducation», estime Benoit Lorrain, directeur de la base de plein air Bon départ.

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Les lendemains des négociations dans le secteur de l'éducation seront pénibles pour les camps nature du Québec. La majorité de la soixantaine de camps qui accueillent des élèves sont restés des champs déserts cet automne. Une douzaine de camps sont aujourd'hui sous respirateur artificiel, et les gestionnaires de ceux qui subsistent jouent des coudes pour attirer les élèves provenant des écoles privées.

Cette dégringolade est liée directement à la grève du zèle décrétée par les syndicats d'enseignement en raison de la lenteur des négociations avec le gouvernement, estime l'Association des camps du Québec (ACQ). Les professeurs se sont limités à leurs tâches à l'intérieur de leur horaire. Résultat: les sorties sportives, fêtes de la rentrée, concerts, classes blanches et classes vertes ont depuis été annulés.

Le temps est gris comme en ville à la base de plein air Bon départ, à Wentworth-Nord, au coeur des Laurentides. Pas de neige, mais un paysage à couper le souffle. Belle brume sur le lac. Sauf qu'il n'y a pas un seul enfant pour découvrir les joies de la nature. Les dortoirs sont vides, les cuisines aussi.

Afin d'assurer la survie de son camp, le directeur de l'établissement, Benoit Lorrain, explique qu'il a mis temporairement à pied une bonne partie de son équipe. Il est question d'une centaine d'employés au plus fort de l'année, dont des étudiants animateurs.

«On frôle la catastrophe, affirme M. Lorrain. On a perdu 40 000$ en revenus depuis la rentrée. Et on n'a reçu aucun dépôt pour les classes blanches. On parle de 20 000$ en arrérages. C'est du sérieux, ce que je dis, ce n'est pas de la boucane. À 70$ la nuitée, on parle d'au moins 500 jeunes qui ont été privés de camp, et ce, juste chez nous, depuis le début des moyens de pression.»

La base de plein air Bon départ se compte chanceuse puisqu'elle a droit à une subvention du gouvernement grâce à sa mission auprès des jeunes handicapés, en plus d'être parrainée par le géant Canadian Tire. Malgré tout, elle est allée jusqu'à offrir des séjours à 50% de rabais au grand public, en novembre, pour subsister. Les autres tentent d'attirer le bassin des écoles privées, mais il est restreint, dit-il.

«Cri d'alarme»

À l'Association des camps du Québec (ACQ), le directeur général Éric Beauchemin n'hésite pas à parler d'un «cri d'alarme».

«La plupart des camps nature qui accueillent des élèves sont des organismes à but non lucratif», souligne-t-il. Il ajoute que la survie des camps d'été, si chers aux parents qui doivent souvent travailler durant la période estivale, est intimement liée aux activités des classes nature d'automne et d'hiver.

«C'est malheureux, mais nous sommes les premiers touchés par les négociations, par l'annulation des activités parascolaires, estime M. Beauchemin. Notre rôle est pourtant essentiel à l'éveil à la nature et à la protection de l'environnement.»

M. Lorrain étale la liste des activités offertes aux jeunes. En été, il y a la baignade, le canot, l'escalade, les soirées au bord du feu de camp. Il y a la glissade en hiver, la raquette, les montagnes à découvrir, la survie en forêt.

«Ce n'est pas rare pour nous d'accueillir des élèves qui n'ont jamais mis les pieds à l'extérieur de Montréal, ou d'une autre ville. Pour d'autres enfants, le camp sera le souvenir de leur première nuit à l'extérieur du nid familial. Nous avons un rôle important dans le système d'éducation. À mon sens, l'annulation des camps nature comme moyen de pression est plus lourde de conséquences que l'annulation de la fête d'Halloween dont les médias ont fait grand état.»

Les bienfaits d'un camp nature

Une équipe de chercheurs de l'Université de Waterloo, en Ontario, sous la direction du Dr Troy Glover, a publié les résultats d'une recherche pancanadienne démontrant les bienfaits des camps nature dans l'évolution d'un individu. Voici deux de leurs conclusions.

65 %
Pourcentage des enfants connaissant une évolution positive de leurs aptitudes à créer de nouvelles amitiés, parfois avec des personnes qu'ils jugent différentes, et à régler les conflits qui peuvent survenir. Le camp se révèle un environnement sécuritaire favorisant un fort sentiment d'appartenance.
69 %
Pourcentage des campeurs présentant une croissance positive de leur intelligence émotionnelle, cette capacité à reconnaître et à examiner leurs émotions et celles de leur entourage en fonction de l'âge.

Des règles strictes

Au Québec, les camps qui accueillent des élèves des écoles publiques et privées doivent se conformer à des règles strictes afin d'obtenir des subventions. Il doit s'agir notamment d'organismes à but non lucratif. Les camps ont l'obligation d'organiser de façon régulière des activités reliées à leur mission. Ils doivent posséder, diriger ou gérer un camp de vacances qui accueille majoritairement des jeunes, des familles ou des personnes handicapées. Il y a l'obligation d'entretenir une vie associative et démocratique, et de détenir une attestation de classification. L'Association des camps du Québec (ACQ) est un organisme à but non lucratif qui représente les organismes québécois offrant des programmes certifiés de camps de vacances, camps de jour, classes nature, camps familiaux et accueil de groupes.

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