Des Français s'inquiètent de perdre leur statut privilégié

La tournée «Étudier au Québec» a attiré de... (Photo Émilie Côté, La Presse)

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La tournée «Étudier au Québec» a attiré de nombreux Français à la Cité universitaire de Paris.

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(PARIS) « J'aimerais vraiment aller au Québec. L'accès aux études est plus facile là-bas avec de meilleurs programmes et plus de débouchés », lance Cécile Alet.

Comme plusieurs jeunes Français, la jeune femme rêve de traverser l'Atlantique pour aller étudier au Québec. Et elle attend de savoir si les Français perdront les privilèges liés au Programme d'exemption des droits de scolarité supplémentaires pour les étudiants étrangers, en vigueur depuis 1978.

La question est sur toutes les lèvres par ce beau samedi ensoleillé, où une foule de Français est réunie dans une somptueuse salle de bal de la Cité universitaire de Paris pour la tournée « Étudier au Québec ».

Merci aux Xavier Dolan, Pierre Lapointe, Coeur de pirate et à l'importante communauté française du Plateau Mont-Royal, le Québec a la cote en France. Pour l'instant, la facture universitaire des étudiants français est la même que celle des Québécois. Le gouvernement Couillard veut toutefois annuler cette mesure. Ce sera un sujet chaud lors de la visite du président François Hollande, la semaine prochaine.

En campagne électorale, le premier ministre Philippe Couillard s'est engagé à ce que les étudiants issus de la Francophonie paient le « tarif canadien », c'est-à-dire les droits de scolarité exigés à ceux provenant d'autres provinces. Ce tarif s'élève à près de 7000 $ par année. Pour les Français, la facture triplerait. Pour les autres, elle baisserait, puisqu'ils doivent payer environ 15 000 $ à l'heure actuelle.

NÉGOCIATIONS

Mais le gouvernement Couillard lâcherait un peu de lest dans ses négociations avec la France. Il serait prêt à ce que les étudiants français, qui sont environ 10 000 au Québec, aient à payer un tarif moindre que le tarif canadien. La France tient à obtenir une forme de statut privilégié. Une avenue consisterait à fixer des droits moins élevés pour les étudiants français du deuxième et du troisième cycle, donc à la maîtrise et au doctorat. Québec souhaiterait obtenir en contrepartie, au bénéfice des étudiants québécois, un accès aux grandes écoles en France. La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, n'a voulu « ni confirmer ni infirmer » ces informations. Rien n'est encore arrêté jusqu'à maintenant. Le dossier ne sera pas bouclé à temps pour la visite de François Hollande.

Au kiosque du gouvernement du Québec, à la Cité universitaire de Paris, on se contente de répondre que les deux gouvernements « sont en négociations ».

«Tout le monde panique un peu. Les gens nous demandent : "Si je commence mon bac, qu'est-ce qui va arriver si cela change ?"»

Gabrielle C. Poirier
«Ambassadrice» de l'Université de Montréal

« Au dernier salon où je suis allée, il y avait beaucoup de questions. Les jeunes sont inquiets », souligne Gabrielle C. Poirier, « ambassadrice » de l'Université de Montréal. « Ce serait tellement dommage. »

Gabrielle C. Poirier comprend le désir d'étudier à l'étranger. Elle fait actuellement une maîtrise en médiation culturelle à l'Université Paris III, dite Sorbonne Nouvelle, dans le cadre d'un programme d'échange.

Les Français qui ont soif de poursuivre leurs études au Québec veulent souvent apprendre l'anglais, souligne son collègue ambassadeur Martin F. Daigle. Ils croient que c'est difficile d'être accepté aux HEC, comme c'est le cas en France. « Ils apprécient le fait que le tarif soit fixe d'une université à l'autre et ils apprécient de pouvoir s'inscrire ici avant de partir », ajoute-t-il.

« CHANGER D'AIR »

« Je veux changer d'air », lance Kelly Bieleu, qui vient de parler avec les gens du stand de l'UQAM.

Dans quel domaine ? « L'anglais et les communications », répond la jeune femme.

La conseillère en recrutement étudiant Marianne Proulx vante l'UQAM en France depuis cinq ans avec « une formation nord-américaine en français dans une ville bilingue ». Elle remarque que les jeunes Français « sont plus sérieux, préparés et allumés » dans leur curiosité d'études au Québec. Mais elle se dit « bombardée » de questions sur les droits de scolarité.

Si Couillard abolit le privilège aux Français, cela n'empêchera pas Cécile Alet d'aller étudier au Québec. « Je préfère payer et avoir un bon diplôme que rester ici et faire un master pour faire un master. »

Cécile Alet considère qu'un diplôme au Québec est synonyme d'emploi, alors qu'en France, « c'est pour la forme » en cette période de crise économique.

Elle parle du Québec en termes de « grands espaces » et de « multiculturalisme ». « On m'a toujours dit que les Québécois étaient chaleureux et plus ouverts. C'est un autre monde et un autre état d'esprit. »

« J'en ai marre d'être ici... Les conditions sont vraiment difficiles », conclut-elle.

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard, à Québec

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