Les centres d'éducation populaire interpellent le ministre Bolduc

Ce centre d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, à Montréal,... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Ce centre d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, à Montréal, nécessite d'importants travaux de maçonnerie.

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Frappés par une baisse marquée de leur financement et confrontés à la possibilité d'être expulsés des locaux qu'ils occupent depuis plus de 40 ans, les six centres d'éducation populaire de Montréal lancent un cri du coeur au ministre de l'Éducation Yves Bolduc. « Nous sommes inquiets. Il est rendu minuit moins deux, il faut agir. »

C'est ainsi que le directeur du Comité d'éducation aux adultes de la Petite Bourgogne et de Saint-Henri, Roger Leclerc, décrit l'urgence de la situation. Selon lui, avec la fin des subventions totalisant 340 000 $ qui provenaient de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et les baux qui arrivent à échéance au printemps 2015 pour les centres d'éducation populaire dont il est affilié, ces organismes communautaires servant plus de 7000 familles pourraient devoir fermer boutique.

« Les centres d'éducation populaire offrent des services à plusieurs familles fragilisées dans des quartiers populaires. Les gens viennent chez nous parce qu'ils ont besoin de soutien, ils ont besoin d'apprendre, de reprendre confiance en eux. Ça se fait parfois par le tricot, l'alphabétisation, les cuisines collectives ou la francisation », explique M. Leclerc dans le cadre d'une conférence de presse organisée avec le soutien de Manon Massé, députée de Québec solidaire dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

Ces centres, qui regroupent plus de 1200 bénévoles et près de 250 employés à temps plein et temps partiel, ont bien peur de se retrouver à la rue. Les bâtiments qu'ils occupent pour le coût de 1 $ par année appartiennent à la CSDM, qui affirme ne plus avoir d'argent pour les entretenir et les rénover.

« Avec les compressions que nous vivons, il ne nous est plus possible d'investir pour les travaux à effectuer dans ces centres. On avait proposé l'an dernier au gouvernement de les reprendre, pour préserver la vocation de ces centres, mais semble-t-il que Québec ne veut pas être responsable des immeubles », explique la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon.

Travaux de maçonnerie, rénovation des systèmes de chauffage, changement de plusieurs fenêtres: les urgences ne manquent pas sur les édifices qui abritent les centres d'éducation populaire. Mais qui doit payer pour assurer le maintien de leurs services?

« La CSDM a longtemps soutenu le développement des centres en fournissant les locaux et des services comme l'électricité, l'entretien ou des lignes téléphoniques pour des ''peanuts''. Sauf qu'avec les présentes mesures d'austérité, et le ministre Bolduc qui répète qu'elle doit revenir à sa mission fondamentale, leur survie n'est pas assurée. Le ministre doit comprendre que l'éducation populaire, c'est fondamental », réagit la députée solidaire Manon Massé.

Au cabinet du ministre de l'Éducation, son attachée de presse Yasmine Abdelfadel affirme que les centres « ne seront pas abandonnés » et qu'ils ont même été informés des divers scénarios étudiés par le gouvernement pour les soutenir et respecter « la capacité de payer des Québécois ».

« J'ai retrouvé le goût d'avancer dans la vie »

Pour les citoyens qui bénéficient de leurs services, les centres d'éducation populaire sont essentiels et représentent « des milieux de vie où l'on peut s'épanouir », explique à La Presse Ginette Beaulieu, 62 ans, aujourd'hui présidente de la coopérative de logement qu'elle a fondée et de trois autres conseils d'administration.

« Quand je m'y suis présentée dans les années 90, j'étais illettrée. Je savais lire, mais pas écrire. Venir au centre m'a donné le goût de reprendre mes études, et grâce aux gens que j'ai rencontrés, j'ai pu finir mon secondaire », affirme cette citoyenne du quartier Centre-Sud, à Montréal.

Issue d'une famille aux revenus modestes composée de dix enfants, elle a quitté les bancs d'école à l'âge de 14 ans afin d'aider sa mère malade.

« J'ai toujours continué à lire, surtout des romans-savons, mais je ne savais pas écrire correctement. Aujourd'hui, ma syntaxe n'est pas parfaite, mais au moins les gens peuvent me comprendre quand j'écris. Je suis fier de mon cheminement, mais je n'aurais pas pu y arriver seule », résume-t-elle.

« Les centres d'éducation populaire donnent le ''boost'' quand c'est nécessaire. Il faut les soutenir », croit fermement Mme Beaulieu.




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