Cours d'été 2.0: rattrapage à la plage

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Suivre un cours d'été devant son ordinateur, installé au chalet pendant que le reste de la famille fait trempette dans le lac? C'est une réalité dans un certain nombre d'écoles et de commissions scolaires qui offrent désormais des cours d'été 2.0. Au moment où les cours d'été traditionnels s'amorcent dans les écoles de Montréal, La Presse s'est penchée sur la nouveauté des cours en ligne.

De plus en plus d'écoles et de commissions scolaires prennent le virage des cours d'été en ligne. La formule séduit les élèves parce qu'elle s'ajuste mieux aux vacances familiales ou au travail à temps partiel, mais elle demande une bonne part de responsabilisation.

De la cyberclasse à heures fixes avec un enseignant qui fait la classe au travail individuel au moment qui convient à l'élève, des capsules préenregistrées aux travaux rédigés en ligne, la formule diffère d'un endroit à l'autre.

Le tarif des cours varie aussi. Il faut compter de 200 à 350 $ par cours, selon les endroits, ce qui n'inclut pas toujours les frais pour la reprise de l'examen. Pour un cours privé en ligne avec un enseignant, il faut compter jusqu'à 875 $.

Le Collège de Montréal est l'un de ceux qui font le plongeon 2.0 cet été. L'idée est de répondre aux besoins des élèves, indique Félix Morin, coordonnateur des cours d'été en ligne au sein de l'établissement.

«Nous avons plusieurs élèves pour qui les cours traditionnels ne correspondent pas aux attentes. Ils viennent de régions éloignées et n'avaient pas accès à l'ensemble des cours. D'autres voulaient aller en vacances avec leur famille», cite M. Morin, également vice-président de Succès scolaire, une entreprise qui offre des cours en ligne depuis quelques années.

Même s'il est accessible du chalet ou sur le bord de l'eau, le cours en ligne ne signifie pas pour autant la voie de la facilité, précise par ailleurs Anne-Marie Poirier, directrice des services pédagogiques au Collège de Montréal. La charge de travail est la même que pour un cours d'été traditionnel.

«C'est vraiment une classe virtuelle et non pas un cours que tu suis quand ça te tente», lance Mme Poirier.

Le Collège de Montréal a opté pour une plateforme qui permet d'offrir un cours de groupe virtuel avec un enseignant. La plateforme utilisée permet aux élèves de poser des questions et d'interagir avec lui. Des cours particuliers en ligne sont aussi disponibles.

D'autres ont plutôt choisi de mettre le matériel en ligne, à la disposition des élèves, qui peuvent travailler au moment qui leur convient dans la journée, peu importe qu'ils se trouvent en vacances en Europe ou aux États-Unis, peu importe le décalage horaire. Un enseignant répond à leurs questions aux besoins et supervise le travail effectué.

C'est le cas à la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin, pionnière dans le domaine, et à la Commission scolaire des Affluents (CSA).

«On parle d'environ trois heures de travail par jour. L'enseignant va voir quotidiennement si le jeune s'est branché et si ses travaux ont été faits», explique Isabelle Lemire, directrice adjointe aux services éducatifs de la CSA.

Cette commission scolaire a établi un partenariat avec six autres commissions scolaires des alentours, dans les Laurentides et Lanaudière, pour mettre sur pied quelques cours en ligne pour les matières qui exigent la réussite de l'épreuve unique du Ministère.

«On s'est rendu compte qu'il y a une grande différence entre l'élève qui s'est préparé avec les cours et les autres», indique Mme Lemire.

La plupart des cours d'été 2.0 s'adressent aux élèves de quatrième et cinquième secondaire, jugés plus autonomes et responsables. La supervision des parents est également essentielle. Ils sont d'ailleurs prévenus dès qu'un jeune manque une séance en ligne.

L'option des cours 2.0 s'avère particulièrement intéressante pour les commissions scolaires dont le territoire est vaste, avec un petit nombre d'élèves.

«Depuis plusieurs années, nous étions obligés d'offrir des cours d'été seulement dans nos écoles de Québec et malheureusement, les élèves en région n'étaient pas desservis», explique ainsi Stephen Pigeon, directeur du service de l'enseignement à la Commission scolaire Central Québec, qui s'étend de la Baie-James à la frontière du Maine, dans le Centre-du-Québec.

La commission scolaire a opté pour une formule de groupe, où les élèves se connectent à heures fixes. Ils entendent l'enseignant et voient ses explications écrites sur leur écran.

«J'ai l'impression que dans une petite commission scolaire comme la nôtre, la seule façon de répondre à un besoin est probablement de le faire en ligne», déclare M. Pigeon.

Les cours d'été sont la responsabilité des commissions scolaires et des écoles, mais le ministère de l'Éducation suit l'implantation des cours en ligne avec intérêt, déclare la porte-parole, Esther Chouinard. «Tout cela est relativement nouveau. On va regarder ce qui se passe. Quant à savoir si ça peut valoir la peine de l'étendre aux autres commissions scolaires, c'est quelque chose qui va devoir être analysé.»

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Une pionnière dans les cours d'été en ligne

Pionnière dans le domaine des cours d'été en ligne, la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin (CSBE) s'est lancée il y a une douzaine d'années. Aujourd'hui, elle sert de référence au Québec.

Alors que la plupart des écoles et des autres commissions scolaires n'en sont qu'à leurs balbutiements, la CSBE offre 17 cours, et même un laboratoire de science.

Désormais, 60 % des cours d'été sont donnés en ligne pour les élèves de quatrième et cinquième secondaire, explique la coordonnatrice au secondaire aux services éducatifs,  Marie Labbé.

«On n'arrêtait pas de gérer des particularités, par exemple des parents qui partaient en vacances et qui réalisaient le 4 juillet que leur enfant avait besoin d'un cours d'été», se souvient Mme Labbé pour expliquer le virage en ligne.

Le territoire de la commission scolaire est vaste. L'été, les élèves ne disposent pas toujours du transport nécessaire pour se déplacer jusqu'à l'école. Beaucoup d'entre eux occupent également un emploi d'été, ce qui est difficilement conciliable avec un cours de trois heures tous les matins à heure fixe.

«Plutôt que d'emmener l'élève à l'école, on s'est dit qu'on allait amener l'école à l'élève», déclare Mme Labbé.

Devant le succès de la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin, plusieurs commissions scolaires ont pris contact avec elle pour développer des partenariats. Des élèves de la Gaspésie et de l'Abitibi sont maintenant inscrits à ses cours en ligne.

Certaines matières offrent plus de latitude à l'élève pour progresser à son rythme. D'autres, comme le français et l'anglais, exigent qu'il ne soit pas trop laissé à lui-même pour éviter de prendre du retard. Il doit suivre le programme chaque jour. Le matériel est mis à la disposition de l'élève et il est possible de prendre rendez-vous avec un enseignant pour des questions.

D'année en année, le taux de réussite des élèves aux cours en ligne est sensiblement le même que ceux des cours traditionnels. Il est même arrivé qu'il soit supérieur, précise Mme Labbé. «L'an passé, le taux de réussite a été de 86 % en ligne et de 91 % avec les cours traditionnels.»

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La voie de l'avenir?

«La formation à distance, c'est l'avenir», croit Thierry Karsenti, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation de l'Université de Montréal. Il s'agit même d'une compétence obligatoire dans certaines écoles américaines. M. Karsenti y voit beaucoup de potentiel, non seulement pour les cours d'été, mais pour l'ensemble de la formation. Par contre, le programme doit être élaboré de façon réfléchie pour avoir du succès.

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Témoignages 

André Charette, père de Sarah, élève de première secondaire au Collège Notre-Dame. 

Elle suivra un cours de français en ligne avec le Collège de Montréal puisque sa famille est en année sabbatique en France: «Même si on n'était pas en France, de notre point de vue de parents, c'est très intéressant. Lorsqu'on n'habite pas près de l'école et qu'on doit voyager les enfants ça demande une certaine discipline de notre côté. On est toujours obligé d'aller les reconduire et les chercher quand ils ne sont pas en âge de prendre les transports en commun. Donc en terme de flexibilité, c'est très avantageux. [...] À savoir si c'est la voie de l'avenir, ça dépend de la discipline des enfants et de l'interaction qui pourra être possible avec l'enseignant parce que s'il s'agit juste de suivre un cours et qu'il n'y a pas possibilité de poser des questions, c'est sûr que ce ne sera pas tout à fait comme aller à l'école suivre des cours.»

Jacques Bouffard, enseignant de mathématiques depuis cinq ans pour les cours en ligne offerts à la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin, conseiller pédagogique pour la création des cours en ligne offerts aux élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire.

«On s'est rendu compte que certains élèves de troisième secondaire sont assez matures, mais d'autres ne le sont pas assez pour les cours en ligne. Ça demande un peu d'autonomie. Un jeune peut jouer à un jeu vidéo en même temps qu'il fait son cours s'il n'est pas surveillé. Les cours avec une présence en classe sont donc offerts aux secondaires 1, 2 et 3. À partir du troisième secondaire, il y a des cours en ligne, mais on demande un peu d'autonomie. C'est un cours de rattrapage et non pas une formation complète. C'est une façon de résumer la matière pour être capable de racheter son échec de fin d'année.»

Simon Seyoum, aujourd'hui à l'université, a suivi un cours de tutorat en ligne avec Succès scolaire au cégep pour reprendre un examen de français.

«J'y ai vu beaucoup d'avantages. Il n'y a pas d'étranger dans ta maison. Je me levais le matin, je prenais ma douche et j'étais prêt en deux minutes. Je n'avais pas besoin de me déplacer. Les jeunes sont souvent sur l'ordinateur. Tu peux être à 17 h 50 sur Facebook et à 17 h 55 tu es présent pour ton cours. Pour moi, c'est presque plus motivant.»

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