«La clé est à l'autre bout de la 20», selon le recteur Guy Breton

Une manifestation a eu lieu jeudi à Montréal.... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Une manifestation a eu lieu jeudi à Montréal.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Pascale Breton
La Presse

La cohésion entre les associations étudiantes se lézarde, les débordements se multiplient, la grève coûte cher au Trésor public et le débat s'enlise. Dans ce contexte hautement volatil, le recteur de l'UdeM demande au gouvernement et aux étudiants de s'entendre.

Vivement critiqué par les professeurs pour sa gestion de la crise, le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, sort de sa réserve et somme le gouvernement et les étudiants de trouver une solution.

Deux visions s'opposent et ce n'est pas le recteur qui a le pouvoir de trancher, a-t-il confié en entrevue à La Presse. «La clé est à l'autre bout de la 20, elle n'est pas ici.»

À l'heure actuelle, 70% des étudiants de l'Université de Montréal ne sont pas en grève ou sont retournés en classe. Ils doivent pouvoir terminer leur trimestre, a fait valoir M. Breton. D'autres étudiants sont opposés à la grève, mais ne le manifestent peut-être pas suffisamment en grand nombre dans les assemblées de vote, reconnaît-il.

Il reste que cet envers de la médaille est peu présent sur la place publique, affirme M. Breton. «Il va falloir que la population le sache. On est en train de mettre à feu et à sac la province pour 1$ par jour d'augmentation.»

Accusé au cours des derniers jours de mal gérer la crise, le recteur reconnaît que son administration a commis des erreurs. «On s'est amendés», a-t-il dit en précisant qu'il n'est plus question d'injonction, et que l'Université ne force plus les professeurs dont les facultés sont en grève à donner les cours coûte que coûte.

Une enquête a également été ouverte à la suite de plaintes concernant des agents de sécurité qui auraient intimidé des étudiants et des professeurs. L'un des agents de l'agence Best, qui a eu une altercation avec un étudiant étranger, a été retiré du campus.

«Il y a actuellement une rareté d'agences. Habituellement, on ne fait pas affaire avec eux», a d'ailleurs dit M. Breton.

De la casse, il y en a toutefois eu des deux côtés, rappelle le recteur. Des professeurs ont été bousculés par des manifestants. Au cours d'une échauffourée, l'un d'eux s'est même retrouvé aux urgences pour une blessure à un genou.

Une cinquantaine de personnes se trouvaient également à l'intérieur du rectorat lorsque des manifestants ont voulu défoncer la porte à l'aide d'un bélier et ont vandalisé le hall d'honneur de l'Université. «Je suis obligé de faire venir des psychologues pour aider mon personnel qui est traumatisé», ajoute M. Breton.

Il confirme du même souffle avoir personnellement reçu des menaces.

Les professeurs ont voté une motion de blâme à son endroit, en critiquant ses actions. Il répond ne pas être surpris. «Mais je n'ai pas la clé à l'issue de tout.»

Le gouvernement et les étudiants doivent s'asseoir et trouver une solution satisfaisante pour les deux parties. «J'essaie d'influencer les parties, mais je ne peux pas le faire à leur place. Je suis prêt à jouer un rôle de médiation s'il le faut.»

Il est urgent de régler le conflit, croit-il. «Je ne peux pas prendre les décisions que le gouvernement doit prendre et je ne peux pas forcer quelqu'un à venir étudier.»

Mais il souligne que sa responsabilité est de permettre aux étudiants qui ne sont pas en grève d'étudier.

Quant à la question de la hausse des droits de scolarité, il rappelle que son université est la plus grande du Québec et qu'elle figure parmi les meilleures du monde. Son budget est toutefois 25% inférieur à celui des autres grandes universités canadiennes.

Il ne croit pas qu'une hausse aura un impact sur l'accessibilité, mais s'engage à faire le monitorage au cours des prochaines années pour s'en assurer.

Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal.... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse) - image 2.0

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Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

Climat de peur sur les campus

Hier, des syndicats de professeurs ont par ailleurs vivement dénoncé le climat de peur qui règne actuellement sur les campus, et ont accusé le gouvernement et les administrations d'en être responsables.

«Cette crise prend une tournure absurde», a dénoncé le président de la Fédération québécoise des professeurs d'université, Max Roy.

Des syndicats de professeurs de l'Université de Montréal, de l'Université du Québec à Montréal et de l'Université du Québec en Outaouais étaient à ses côtés pour dénoncer la situation. Les affrontements entre policiers et étudiants et professeurs ont d'ailleurs dégénéré à plusieurs endroits hier.

«On peut se demander si la responsabilité est du côté des étudiants, si les manifestants doivent prendre tout le crédit de tout ce qui va mal au Québec en ce moment ou s'il n'y a pas une certaine forme d'irresponsabilité de la part de nos administrateurs et de nos dirigeants politiques», a lancé Jean Portugais, président du Syndicat général des professeurs de l'Université de Montréal, qui a critiqué à plusieurs reprises la gestion de la crise faite par l'administration et le recteur.

Les professeurs ont aussi pressé le gouvernement de renoncer à appliquer la hausse dès le trimestre d'automne, comme c'est prévu, voire d'imposer un moratoire, le temps de réfléchir à la question des universités.

- Avec Philippe Teisceira-Lessard

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