Les enseignants spécialistes se sentent dévalorisés

Guillaume Normandeau, professeur d'art dramatique à l'école primaire... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Guillaume Normandeau, professeur d'art dramatique à l'école primaire de la Mosaïque, à Montréal, enseigne ainsi à 22 groupes, soit à plus de 500 élèves qu'il doit connaître et évaluer.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Que ce soit en art dramatique, en musique ou en éducation physique, les enseignants spécialistes ont l'impression de faire partie d'une sous-catégorie de professeurs. Ils se sentent dévalorisés au point où certains changent de carrière.

En appui aux enseignants spécialistes, plus de 640 personnes ont signé une lettre adressée à la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Les enseignants spécialistes sont les parents pauvres du réseau, dénonce l'instigateur de cette lettre, Guillaume Normandeau, professeur d'art dramatique à l'école primaire de la Mosaïque, à Montréal.

Classes ambulantes

Faute de place, les enseignants spécialistes disposent rarement d'une classe. Certains s'installent à la bibliothèque ou à la cafétéria pour donner leur cours. D'autres transportent leur matériel sur des chariots, véritables classes ambulantes. «Dans mon cas, le programme prévoit un cours de théâtre d'ombres. Mais ce n'est pas évident d'installer des draps et de l'éclairage dans une classe où il y a une vingtaine de pupitres, le tout en moins de 60 minutes», illustre M. Normandeau.

Les plus chanceux, ceux qui ont un local, risquent de le perdre à tout moment si l'école a trop d'élèves et doit ouvrir une nouvelle classe. Les locaux attribués aux spécialistes sont en effet considérés comme des locaux vides par les commissions scolaires, explique M. Normandeau. De leur côté, les professeurs d'éducation physique doivent souvent prendre deux ou trois groupes d'élèves en même temps dans le gymnase.

Autre facteur de démotivation, les enseignants spécialistes doivent multiplier le nombre d'élèves et d'écoles pour obtenir une tâche pleine. M. Normandeau enseigne ainsi à 22 groupes, soit à plus de 500 élèves qu'il doit connaître et évaluer. «Mais je suis chanceux, ils sont tous à la même école», dit-il. Une autre, enseignante en arts plastiques, écrit sur le site Facebook créé en appui aux enseignants spécialistes qu'elle partage son temps entre cinq écoles. Malgré tout, elle n'a que 87% d'une tâche.

Situation précaire

La permanence est longue à acquérir. La situation précaire des enseignants spécialistes et l'incertitude qui l'accompagne durent plusieurs années. Devant toutes ces difficultés, plusieurs se découragent et quittent la profession. C'est le cas de cette prof d'arts plastiques, qui a quitté le milieu scolaire au bout de cinq ans. «J'ai changé pour le milieu communautaire. Beaucoup moins payant, mais, au moins, là, je peux faire créer les gens dans des conditions beaucoup plus intéressantes», écrit-elle sur Facebook.

Pourtant, les enseignants spécialistes sont formés au même titre que les autres, souligne M. Normandeau, qui a étudié pendant quatre ans pour obtenir un baccalauréat en enseignement de l'art dramatique.

«Il est vrai que les spécialistes ont parfois des conditions plus difficiles», reconnaît Sylvain Mallette, vice-président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE).

Les «petites matières»

Le nouveau programme d'enseignement met pourtant l'accent sur les matières comme l'éducation physique ou les arts. Les écoles primaires ont même l'obligation d'offrir deux des quatre options du volet arts (musique, danse, arts plastiques ou art dramatique). Mais comparativement au français ou aux mathématiques, ces matières ne sont pas valorisées. «Les commissions scolaires les appellent souvent les "petites matières"», indique M. Mallette.

La question du financement compte aussi pour beaucoup. L'entretien et le remplacement des instruments de musique ainsi que l'achat de matériel d'arts plastiques ou d'art dramatique coûtent cher. Les écoles ont des budgets limités.

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