Du CPE à la petite école: des bambins discriminés

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Karen Lafleur, Jean-François Ferland et leur petite Charlotte... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Karen Lafleur, Jean-François Ferland et leur petite Charlotte (14 mois). Comme plusieurs parents, ils ont de la difficulté à trouver une place dans un CPE.

Photo: Bernard Brault, La Presse

Ariane Lacoursière
La Presse

Mieux vaut naître à l'automne pour obtenir une place dans un centre de la petite enfance (CPE) au Québec. Des enfants nés au printemps sont discriminés parce qu'ils entraînent des «déficits de gestion», a appris La Presse. Pendant que des parents se battent pour trouver une place à leur poupon, plus de 80 000 enfants font leur entrée en maternelle, ces jours-ci, au Québec. Ceux qui ont fréquenté un CPE franchiraient cette étape mieux outillés. Y a-t-il un effet CPE? Plusieurs études l'affirment.

Karen Lafleur, une maman du quartier Villeray à Montréal, a accouché de sa petite Charlotte au mois de juin 2008. Un an plus tard, alors qu'elle s'apprêtait à retourner au travail, Mme Lafleur a intensifié sa recherche d'une place en CPE. Mais à sa grande surprise, elle a appris que puisque Charlotte était née au printemps, elle aurait moins de chance d'être acceptée en garderie!

Le cas de Mme Lafleur n'est pas exceptionnel. Plusieurs parents qui ont contacté La Presse ont raconté s'être fait refuser une place en garderie, simplement parce que leur enfant est né au printemps.

L'explication n'est pas simple. Il faut savoir qu'il existe deux types de subventions pour les bambins qui fréquentent les CPE. Le gouvernement verse 57,70$ par jour pour les enfants de 0 à 17 mois. Ces petits se retrouvent dans les groupes de «poupons» où le ratio éducatrice/enfants est plus élevé. Les enfants âgés de plus de 18 mois se retrouvent dans des groupes avec moins d'éducatrices; pour eux, la subvention est de 37,30$ par jour.

Dans les faits, les groupes d'enfants de 18 mois et plus sont toujours remplis à pleine capacité dans les CPE. Les rares places se libèrent habituellement en septembre, quand des plus vieux partent pour l'école. En milieu d'année, quand aucune place n'est libre dans les groupes plus vieux, des bambins de 18 mois et plus doivent séjourner plus longtemps que prévu dans leurs groupes de poupons.

Pour remédier à cette situation, le gouvernement accepte de continuer de verser la «grosse» subvention de 57,70$ par jour pour les enfants de 18 à 23 mois qui sont toujours dans des groupes de poupons, explique le porte-parole du ministère de l'Éducation, Étienne Gauthier.

Mais dès qu'un enfant dépasse 23 mois, le CPE ne reçoit plus que 37,30$ par jour, peu importe que l'enfant se trouve ou non dans un groupe de poupons, affirme le président de l'Association québécoise des CPE, Jean Robitaille. «Pour les CPE, garder un enfant de 2 ans et plus dans un groupe de poupons, c'est une perte majeure d'argent. Les CPE doivent payer les éducatrices de ces groupes, qui sont plus nombreuses, mais ils ne reçoivent que 37,30$ par jour», explique-t-il.

Selon M. Robitaille, un CPE ayant deux ou trois enfants dans cette situation peut perdre jusqu'à 15 000$ par année. «À cause de cette règle budgétaire, certains enfants peuvent être refusés dans les CPE. La discrimination est inacceptable, mais vous savez, les directions de CPE ne roulent pas sur l'or», avance M. Robitaille.

Les enfants nés au printemps sont particulièrement défavorisés par cette politique budgétaire. C'est le cas de la petite Charlotte. Puisqu'elle n'aura pas encore 18 mois cet automne, elle devra attendre à l'automne suivant avant d'obtenir une place dans les groupes plus vieux. Elle devrait donc passer une année supplémentaire dans son groupe de poupons. Mais en juin, quand elle aura 2 ans, le CPE ne recevra plus que 37,30$ par jour pour Charlotte, même si elle sera toujours dans un groupe de poupons. Cette perte d'argent effraie plusieurs CPE, qui préfèrent ne pas accepter la petite.

Sans vouloir affirmer que tous les CPE discriminent les enfants nés au printemps, le président de l'Association patronale des CPE, Martin Boucher, reconnaît que la situation préoccupe beaucoup d'établissements. «J'ai fait des calculs. Et je remarque qu'il est parfois préférable de laisser une place vacante dans un groupe de plus vieux en début d'année pour prévoir le passage d'un enfant du printemps durant l'année, dit-il. Les pertes d'argent sont moins grandes.»

Pour Mme Lafleur, il est clair qu'il est préférable pour un enfant de naître à l'automne. «On planifie actuellement d'avoir un autre bébé, dit-elle. On calcule pour qu'il naisse au mois d'octobre. Comme ça il va être correct pour les CPE...»

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