3. Des fausses accusations, l'arme ultime

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Parents en guerre
Parents en guerre

Une séparation sur quatre tourne mal et ce sont les enfants qui écopent. »

Son père frappait sa mère, a raconté le petit Montréalais de 10 ans. Il a aussi dit qu'il « le frappait, lui, avec une ceinture, et que sa colonne était croche pour cette raison, et qu'il lui a aussi cassé les pieds ».

Le témoignage était saisissant, mais le tribunal de la jeunesse ne l'a pas cru une seconde. Le juge a visionné l'interrogatoire de police. « Dans un moment tout à fait inattendu, précise-t-il dans sa décision, l'enfant semble inviter l'auditeur à comprendre que c'est sa mère qui lui a indiqué ces faits. »

C'est l'arme atomique de la guérilla familiale : chaque année, au Québec, des centaines de parents dénoncent leur ex-conjoint à la DPJ en l'accusant des pires horreurs. « Le classique, c'est le signalement en urgence à la veille d'un week-end chez l'autre, résume Geneviève Mercier, chef de service au centre jeunesse de la Montérégie. C'est bouleversant de voir des enfants de 8 ans soumis à des examens médicaux et à des entrevues vidéo. Ils croient qu'il se passe quelque chose de grave. »

En Mauricie, une mère filmait les parties génitales de ses filles de 3 et 4 ans chaque fois qu'elles revenaient à la maison, raconte Christine Tremblay, chef du programme maltraitance. « C'était si intrusif que j'ai dû la mettre en garde: ''Si ça continue, c'est vous que je devrai signaler.'' »

Pour les intervenants, ces dossiers sont un cauchemar. « Si l'enfant ne parle pas encore ou est très influencé par son parent, c'est difficile de départager le vrai du faux », dit-elle.

Parfois, différents professionnels arrivent à des conclusions contradictoires. « Ces parents changent de médecin jusqu'à ce qu'ils obtiennent un rapport qui appuie leur dire. Tout le système est aspiré dans leur lutte », dit Claire Malo, chercheuse au centre jeunesse de Montréal-Institut universitaire.

Un couteau

Pour la DPJ, les fausses alarmes du genre trahissent l'ampleur du mépris ou de la méfiance d'un parent à l'égard de l'autre, ce qui finit par devenir une raison pour déclarer l'enfant en danger.

À Chicoutimi, une mère a perdu la garde de ses deux fils après avoir envoyé le père 22 fois en cour criminelle. En Estrie, une autre mère extrêmement anxieuse était certaine qu'un couteau oublié avec des fruits dans un sac de collation constituait une menace voilée à son égard. Le tribunal a failli lui retirer la fillette, en constatant que les droits du père avaient été « littéralement bafoués » par une série de signalements indus.

La majorité des parents dénonciateurs sont vraiment inquiets. « Ils ne comprennent pas nos reproches. Ils disent: un jour, mon enfant saura ce que j'ai fait pour lui », dit Valérie Morel, du centre jeunesse de la Montérégie.

Même les parents qui se disputent la garde ont tout fabriqué, par vengeance, dans seulement 12 % des cas. Les autres avaient raison ou s'étaient sincèrement trompés, révèle une étude pancanadienne réalisée en 1998.

Au Québec, les pères se montrent un peu plus nombreux que les mères à alerter inutilement la DPJ. Ils accusent leur ex d'être négligente, instable, toxicomane ou dévergondée. Les mères portent par contre des accusations plus graves, d'agression sexuelle ou de violence physique.

À Laval, une fillette de 8 ans a quant à elle accusé son beau-père de l'agresser sexuellement. Comme par hasard, son père venait de perdre une manche en cour. Tandis que la DPJ enquêtait, la mère de l'enfant a perdu la moitié de ses cheveux. Son conjoint a prouvé son innocence en passant le test du polygraphe, mais l'enfant vivra avec un sentiment de culpabilité éternel.

Après avoir raconté que l'histoire lui avait été dictée par la conjointe de son père, elle a piqué une crise et s'est précipitée dans la rue pour lancer des cailloux.

Pour la mettre à l'abri du conflit, la DPJ l'a placée en famille d'accueil. « Notre vie a été brisée », dit la mère, anéantie.

Que les parents se disputent ou non la garde des enfants, il faut prendre leurs signalements au sérieux, sans préjugés, soutient toutefois Marie-Hélène Gagné, professeure de psychologie à l'Université Laval.

Elle se souvient trop bien d'une mère injustement accusée de vouloir discréditer son ex. « C'était un cercle vicieux: plus elle signalait, plus on lui faisait des reproches. Si on saute aux conclusions trop vite, on nuit aux enfants. Ils ont le droit d'être crus et d'être protégés. »




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