Tournée du Montréal insalubre

La salle de bain d'un logement de la... (Photo David Boily, La Presse)

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La salle de bain d'un logement de la rue Ranger à  Cartierville.

Photo David Boily, La Presse

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Le Montréal insalubre
Le Montréal insalubre

Huit ans après avoir mis au jour les pires taudis de la ville, nos journalistes sont retournés visiter ces appartements décrépits. Le portrait est tout aussi désolant. »

Katia Gagnon
La Presse

Quand nous avons frappé à sa porte, Charline nous a dit qu'elle n'avait pas de problèmes dans son logement. Elle nous a tout de même fait entrer. Charline se trompait. Dans son logement, il y a beaucoup, beaucoup de problèmes. À commencer par le plancher de la chambre, si pourri qu'il vibre comme si un train passait tout juste à côté quand on fait le moindre mouvement dans la pièce.

Depuis juillet dernier, Charline loue une chambre dans cet immeuble de la rue Ranger, dans Cartierville. Elle paie 350$ par mois pour occuper une seule chambre dans cet ancien quatre et demi converti par le propriétaire. Deux autres personnes y habitent et partagent une cuisine et une salle de bains dans un état pitoyable. Les dégâts d'eau - passés et présents - sont manifestes dans la salle de bains, les fenêtres sont couvertes de moisissures.

Total du loyer récolté par le propriétaire pour ce seul appartement: 1000$ par mois.

L'an dernier, Patrice Sansregret a visité l'un des appartements de l'immeuble. «Il y avait un tuyau qui sortait du mur qui coulait dans le bain en continu. Il y avait de l'eau jusque dans les ampoules électriques. Il y avait de l'eau partout! Les cadres de porte étaient arrachés, tout était pourri. C'était surréaliste. Jamais je n'aurais pensé voir dans ma vie quelque chose d'aussi insalubre.» Le propriétaire de l'immeuble, Guoji Shan, a refusé notre demande d'entrevue.

L'immeuble de la rue Ranger fait partie des cinq logements insalubres que nos deux journalistes ont visités, dont vous pouvez voir les images stupéfiantes dans La Presse+. Ces logements se retrouvent partout à Montréal, preuve que le phénomène ne se limite pas à un seul quartier ou à une seule problématique. Ces taudis sont le symbole le plus éloquent de la rapide décrépitude du parc locatif montréalais.

Des coquerelles dans le visage

Au complexe MetCap, dans Saint-Laurent, les 1000 logements gérés par la société ontarienne sont dans la ligne de mire du Directeur de santé publique depuis des mois. Dans son logement, Aissa Ouidmoussa, arrivée d'Algérie il y a peu, se bat contre l'invasion de punaises et de coquerelles. Elle est si épuisée qu'elle en pleure. «C'est impossible de dormir ici!», dit-elle.

«Quand, d'un côté, il y a des coquerelles qui courent dans votre visage et que, de l'autre, les punaises vous piquent le dos, les nuits ne sont pas très bonnes», dit la pédiatre Michèle Vartian, du centre de pédiatrie sociale Au coeur de l'enfance. La pédiatre a traité plusieurs familles dont les enfants souffrent de problèmes respiratoires parfois très graves à cause du mauvais état de leur logement au complexe MetCap.

L'insalubrité en chiffres

30%
Des enfants de moins de 12 ans auraient souffert d'une ou plusieurs maladies respiratoires dans les 12 mois précédant l'enquête.
36%
Des domiciles montréalais où vivent des enfants de moins de 12 ans présentent de l'humidité excessive ou des moisissures.
4,5%
Des domiciles montréalais où vivent des enfants de moins de 12 ans ont des coquerelles.
6,1%
Des domiciles montréalais où vivent des enfants de moins de 12 ans ont des rongeurs.

Source, enquête de la Direction de la santé publique, 2006

Le Directeur de santé publique a visité plusieurs logements du complexe en septembre. Odeur de moisi, portes qui ferment mal, chauffage inexistant, refoulement d'égout, frigo - fourni par le propriétaire - qui ne fonctionne pas depuis des années: le portrait n'est pas rose dans le rapport d'inspection d'un de ces logements, que La Presse a obtenu. Le DSP a fait parvenir une lettre à tous les pédiatres du quartier pour les alerter au sujet de MetCap.

Malgré les nombreux cas signalés par les médecins et les preuves évidentes récoltées par le DSP, les choses avancent à pas de tortue. «Il y a des délais à tous les niveaux. Et pendant ce temps, les enfants grandissent là-dedans!», dénonce la docteure Vartian. Les tranchées, ça ressemble à plusieurs logements à Montréal. Des rats, des poux, des punaises, des refoulements d'égouts...»

Des locataires impuissants

Dans tous les appartements visités par nos journalistes, les locataires se sentent dépassés par les problèmes. Au Domaine Anjou, propriété de la Corporation Headway, Amélie Auclair, qui a entièrement rénové son logement à ses frais, a posé une affiche sur sa porte: «zone sinistrée permanente», peut-on y lire. «Ça indique qu'ici, on aurait besoin de bottes de pluie et d'un parapluie pour passer parce que ça nous coule carrément sur la tête. Des fois, il pleut dans le corridor.»

Rue Hutchison, dans Parc-Extension, Alexandre Blanchet a loué un logement... pour s'apercevoir deux semaines plus tard que l'appartement avait été évacué par le Directeur de santé publique. L'immeuble qu'il habite est pourri jusqu'à la moelle. «Avant la location, on nous a promis une nouvelle salle de bains. Finalement, le propriétaire est venu et le gypse a juste été rabouté par-dessus l'ancien mur, alors tout ce temps-là, la moisissure reste en arrière. C'est vraiment pas beau, de la moisissure verte, de la noire, de la blanche... Derrière toutes les fondations en bois, tout est infecté», dit-il.




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