Audiences du coroner sur L'Isle-Verte: des témoins racontent l'horreur

L'enquête publique sur l'incendie mortel de la Résidence... (Photo Johanne Fournier, collaboration spéciale Le Soleil)

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L'enquête publique sur l'incendie mortel de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte est présidée par Me Cyril Delage.

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Drame à L'Isle-Verte

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Drame à L'Isle-Verte

Incendie à L'Isle-Verte »

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Rivière-du-Loup

Les cris horribles des résidants pris au piège ont déchiré la nuit glaciale de L'Isle-Verte, le 23 janvier dernier, couvrant le bruit du brasier et des débris enflammés qui tombaient au sol.

La vidéo d'une femme, arrivée par hasard sur les lieux de l'incendie, à la Résidence du Havre, saisit bien l'horreur du moment.

Nathalie Paquin Tanguay se rendait en Gaspésie avec des membres de sa famille lorsqu'elle a aperçu l'incendie.

Ils se sont arrêtés, et, angoissée, elle a filmé la scène pendant que ses frères tentaient d'aider les personnes âgées de la résidence, dont certaines étaient sur leurs balcons, appelant à l'aide, a-t-elle relaté.

«La madame est sur le bord!», peut-on l'entendre crier dans la vidéo.

«Vite, vite, vite!», dit-elle à ses frères pendant que des cris retentissent.

Une ordonnance de non-publication est en vigueur pour le son de ces vidéos, imposée par respect pour les familles des résidants qui ont péri.

Aux audiences sur le drame de L'Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, le coroner a entendu des témoignages saisissants, mercredi, ceux des personnes arrivées sur les lieux avant les services d'urgence, dont un homme qui a déclaré que lorsqu'il a vu le premier pompier, «il était déjà trop tard».

Cet homme, Pascal Paquin, le frère de Nathalie, a aussi fait part de ce qu'il a vu mercredi aux audiences du coroner sur l'incendie qui a coûté la vie à 32 personnes âgées.

M. Paquin avait l'impression d'avoir été sur place à la Résidence du Havre «depuis une éternité» lorsque les pompiers sont arrivés.

Avant cela, il a dit avoir eu le temps de tenter de débarrer la porte d'entrée, de crier pour voir si des gens avaient besoin d'aide, d'aller chercher de l'équipement dans sa voiture, d'essayer d'atteindre des résidants sur leur balcon pour les sauver, d'aller chercher une échelle et de remonter pour une autre tentative.

Il n'a pas réussi à sauver un homme qui appelait à l'aide de son balcon, l'échelle étant trop courte.

Après seulement, il dit avoir vu des pompiers.

«Ben câlisse, arrivez!», l'entend-on crier sur la vidéo de sa soeur, sans que l'on puisse entendre ce que les personnes qu'il a croisées disaient ou faisaient.

Aux audiences du coroner, M. Paquin a expliqué ce qu'il a fait ce soir-là.

«Il n'y a pas un pompier qui a fait le tour du bâtiment pour voir s'il y avait des gens en détresse», a-t-il dit, refoulant sa colère.

«C'était le «free for all'», a-t-il laissé tomber.

Tendu, devant arrêter son témoignage à plusieurs reprises parce qu'il pleurait, il a déclaré que lorsqu'il a vu un premier pompier en uniforme, celui-ci ne portait pas de masque à oxygène.

«Moi, j'ai failli suffoquer en haut», a-t-il dit.

Sa soeur affirme qu'ils sont arrivés sur place vers minuit 15 minutes, minuit 30 minutes.

La progression du brasier a été phénoménale, a-t-elle dit.

Elle a vu deux personnes, dont son frère, tenter d'ouvrir la porte principale de la Résidence du Havre, en vain.

Des survivants ont aussi livré leur version des faits mercredi.

Arnaud Côté, âgé de 84 ans, a aidé trois femmes à sortir de la résidence. Elles se déplaçaient avec difficulté à l'aide de marchettes.

Quant à Conrad Morin, 89 ans, l'un des rares survivants de l'ancienne partie de la Résidence du Havre, qui a été complètement rasée, il est un pompier à la retraite. Il habitait au second et dernier étage de la résidence mais sa femme, Éva, avait une chambre au rez-de-chaussée car elle n'était pas autonome.

Il a voulu d'abord aller la sauver, explique-t-il, mais en s'engouffrant dans le corridor, il a dû rebrousser chemin, la fumée étant trop dense.

«J'entendais les femmes crier: «Venez nous chercher! Venez nous chercher!'», a-t-il relaté au coroner Cyrille Delâge.

Il s'est résigné à sortir par sa porte-patio, deux étages au-dessus du sol.

L'ancien pompier a d'abord déchiré le plastique coupe-froid qui recouvrait la porte.

«J'ai sorti mes draps puis je les ai attachés à la rampe. Mais ça a cassé, je suis tombé sur la glace», a-t-il dit.

«Il y a quatre paliers d'escalier à descendre, alors je n'ai pas pris de chance par la porte-patio.»

«Sept fractures», a-t-il répondu à la procureure du coroner, Marie Cossette, qui lui demandait s'il avait été blessé.

Sa femme n'a pu être sauvée.

Les audiences du coroner devaient se terminer lors de cette sixième journée du processus, mais Me Cossette a annoncé qu'elle se poursuivront le 17 décembre et, si nécessaire, le 18, plusieurs témoins importants n'ayant pas encore présenté leur version des faits.

On a aussi entendu un employé qui a expliqué que le plan de sécurité de la résidence prévoyait que les personnes à mobilité réduite devaient être évacuées à l'aide de deux préposés. Or, la nuit de la tragédie, il n'y avait qu'un employé sur place, bien que la résidence compte 52 unités d'habitation.

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