Quinze étudiants arrêtés à l'Université de Montréal

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

La direction de l'Université de Montréal a beau avoir annoncé la levée de la plupart des cours dispensés à ses huit écoles encore touchées par la grève étudiante, l'après-midi a donné lieu à l'affrontement le plus musclé entre policiers et étudiants à survenir depuis lundi matin.

En début d'après-midi, des policiers sont entrés à la demande de la direction de l'école dans le pavillon Jean-Brillant afin de poursuivre la vague d'arrestations entamée en avant-midi. 11 personnes avaient été arrêtées pour voies de fait contre des agents de sécurité et des policiers, dont cinq relâchées sans accusation.

Arrivés sur place vers 13h, les policiers du poste de quartier se sont retrouvés, selon le commandant Ian Lafrenière du SPVM, en présence d'une centaine d'étudiants. Quand ils ont procédé aux arrestations de quatre hommes et une femme qui faisait d'ailleurs partie des cinq relâchés ce matin, les esprits se seraient échauffés.

«On a eu maille à partir avec le groupe et on a fait venir le groupe d'intervention», explique-t-il.

C'est un peloton énorme d'hommes casqués, portant boucliers et matraques, qui a fait son entrée dans l'immeuble.

Ils n'ont pas ménagé leurs efforts pour repousser la centaine d'étudiants dans une cage d'escalier où ils les ont pris en souricière pour les confiner pendant une dizaine de minutes.

Ce qui a soulevé l'ire des manifestants.

«Sommes-nous en état d'arrestation? Vous devez avoir un motif pour nous détenir», criaient certains.

Quand ils ont annoncé au groupe qu'ils les conduiraient jusqu'à la sortie, une autre leur a lancé «c'est notre université, on le sait où elles sont les calices de portes»!

Repoussés sur le trottoir, les manifestants ont longtemps fait face à un barrage policier les empêchant de retourner dans leur école. La tension et la haine a atteint un nouveau paroxysme.

«Nous avons envoyé un gros contingent du groupe d'intervention parce que plus il y a de monde, moins la force utilisée est grande», a indiqué Ian Lafrenière pour justifier l'intervention impressionnante.

Comme si la tension n'était pas suffisamment grande, un étudiant en droit de l'Université de Montréal est venu engueuler les manifestants en leur distribuant des affiches du Parti libéral du Québec et du candidat du comté où se trouve l'Université, Raymond Bachand.

Au départ, on croyait à la mise en scène, mais l'engueulade a dégénéré.

«Vous entrez dans nos classes masqués, vous manquez derespect», a lancé l'étudiant. Des manifestants lui ont vidé une bouteille d'eau sur la tête et finalement, les policiers l'ont arraché à la foule en lui demandant de ne pas jeter d'huile sur le feu.

Le calme est revenu petit à petit.

Peu après midi, la direction avait annoncé la levée de 11 cours en après-midi dans une tentative de calmer les esprits échauffés.

Les cours visés étaient dispensés notamment par les écoles de cinéma, d'anthropologie et d'histoire de l'art, qui sont au nombre des huit départements dont les étudiants ont reconduit la grève en assemblée générale.

En avant-midi, le SPVM était de nouveau intervenu pourneutraliser des étudiants dans le pavillon Jean-Brillant.

Les étudiants et les professeurs sont en furie contre la police, mais surtout contre la direction qui lui fait appel pour forcer la reprise des cours.

«C'est pathétique. On a dans l'université un département de relations industrielles, de psychologie et de travail social. Je ne peux pas croire qu'on ne peut pas trouver des gens qui proposeraient une autre solution pour régler la crise que d'appeler le groupe d'intervention», tempête le professeur au département d'études cinématographique Germain Lacasse.

«La police à l'université, j'ai déjà vu ça aux nouvelles, dans des dictatures», poursuit-il.

«Donner un cours quand des étudiants chahutent à l'extérieur de la salle n'est pas facile, mais c'est plus facile que quand on entend des étudiants crier parce qu'ils se font pousser par la police. C'est intolérable», renchérit Sonia Gauthier, professeure à l'école de service social, qui n'est pas touchée par la grève.

«Tout ce que fait la police, c'est envenimer les choses», déplore Gabriel Dubé, étudiant en troisième année en anthropologie.

Ce militant pour la grève participait au piquetage ce matin, et affirme que si son département avait voté pour le retour en classe, il se plierait à la décision. Mais il faut respecter selon lui le vote de l'assemblée générale.

«Nous avions le quorum de 20 % des membres et avons tenu un vote secret, qui a reconduit la grève à 57 %», justifie-t-il.

Il affirme avoir vu une enseignante en anthropologie quitter sa salle de cours en pleurs. Il croit que la direction force ses professeurs à travailler dans les pires conditions.

Il ne sait plus trop ce qui adviendra de l'objectif principal du mouvement de contestation étudiante, l'abolition de la hausse des droits de scolarité. Mais il a toutes les raisons de poursuivre la lutte, croit-il.

«La loi impose de terminer en quatre semaines une session de trois mois. C'est une session à rabais, sans valeur. Pour moi, rentrer dans ces conditions, c'est inacceptable. Je ne suis pas ici pour accumuler des points, mais des connaissances», plaide-t-il.

Difficile pour les étudiants de voir comment la crise pourra se résorber dans cette université.

«À l'UQAM, c'est calme, parce que la direction n'a pas appelé la police. Tant que la police interviendra ici, la situation va se reproduire chaque jour», croit une étudiante.

Mathieu Filion, porte-parole de l'Université de Montréal, insiste sur le fait que seuls 2000 étudiants sur les 45 000 ont voté pour le non-retour en classe.

«Appeler la police est une décision très difficile à prendre. Mais pour assurer la sécurité de nos étudiants, nous nous devons de le faire. Il est difficile de dire si l'intervention policière a ramené le calme dans l'université. Mais ce que nous souhaitons, c'est que les étudiants puissent reprendre leurs cours en sécurité», dit-il.

De son côté, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) déplore l'intervention policière dans une école.

«Il est inadmissible que les policiers chargent des étudiants, et que la sécurité force une enseignante à donner un cours. Les enseignants désirent respecter les décisions démocratiques prises par les assemblées générales. L'UQAM a décidé de lever les cours plutôt que d'appeler la police, et c'est une excellente décision», opine le vice-président de la FNEEQ, Sylvain Marois.

À l'UQAM, la situation est plus calme même si des manifestants, parfois masqués et bruyants, sont malgré tout actif dans les couloirs de l'institution. Mais comme la veille, la police n'y mène toujours aucune intervention.

«Désolant», déplore Charest

De passage à Sainte-Marie, en Beauce, Jean Charest a dérogé à sa pratique habituelle de tenir un point de presse par jour pour qualifier de «désolants» les accrochages qui ont perturbé la rentrée sur les campus montréalais. Le chef libéral a invité les contestataires au calme, rappelant que l'ensemble de la population se prononcera sur le conflit le 4 septembre.

«Tout le monde a compris qu'ils ne sont pas d'accord avec notre politique sur le financement des universités, sauf que c'est assez, a-t-il dénoncé. À une semaine du vote, ils devraient permettre aux Québécois de s'exprimer et de le faire paisiblement, sans verser dans l'intimidation.»

Dès le jour 1 de la campagne, Jean Charest a fait de l'élection un référendum sur le conflit étudiant. Il a appelé la «majorité silencieuse» à s'exprimer le jour du scrutin, affirmant que «la rue» a déjà parlé.

«La voix la plus forte que je connais dans une démocratie, c'est celle des urnes et c'est celle qui va s'exprimer le 4 septembre», a-t-il déclaré.

- Avec Martin Croteau




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