27e manif nocturne: plus de 300 arrestations

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

Gabrielle Duchaine
La Presse

Comme la précédente, la 27e manifestation nocturne en autant de soirs à Montréal a très mal tourné la nuit dernière. Dans le chaos, ce ne sont pas moins de 305 personnes qui ont été arrêtées et une dizaine blessées, dont une gravement.

Il s'agit d'un homme d'une quarantaine d'années qui a été blessé à la tête alors qu'il était appréhendé au square Berri. Les policiers venaient de se faire attaquer lorsqu'ils ont chargé, selon un porte-parole. La victime a été installée sur une planche dorsale par mesure de précaution avant d'être transportée à l'hôpital. On ne craint pas pour sa vie. Un policier a pour sa part été blessé à la cheville.

Le SPVM rapporte des vitrines fracassées, des véhicules endommagés, des agressions envers des policiers, une borne-fontaine vandalisée et des citoyens malmenés. Un bilan précis sera diffusé lundi dans la journée.

Pour la deuxième journée consécutive, c'est sous le coup de la loi spéciale adoptée vendredi et du nouveau règlement municipal P-6, qui restreignent tous deux le droit de manifester, que des milliers de protestataires ont marché dans les rues de la métropole.

Il n'a pas fallu une demi-heure pour que les choses dégénèrent. Vers 21h30, une première charge des policiers a fractionné la manifestation près du métro Saint-Laurent. Les protestataires, dispersés à grands coups d'engins pyrotechniques, se sont regroupés quelques minutes plus tard dans la rue Sherbrooke, où certains ont fracassé les vitrines d'un Couche-Tard, qualifié d'«antisyndical», et tenté de faire la même chose à un point de service de Videotron. «Fuck you Quebecor», scandaient les vandales.

Puis, manifestants et policiers se sont adonnés à un interminable jeu du chat et de la souris dans les rues du Quartier latin. À peine dispersés, les groupes, plus petits, se reformaient et se remettaient en marche. Aux terrasses des bars, les gens les regardaient avec crainte ou curiosité. Des passants les ont invectivés, d'autres les ont acclamés bruyamment. Des groupuscules ont tenu tête aux forces de l'ordre jusqu'à 2h30 passées, lundi matin. Dans la foule, la frustration envers les policiers et le travail des médias était palpable.

Pris entre les manifestants et les policiers qui s'envoyaient bouteilles de vitre et bombes assourdissantes, peu avant minuit, le propriétaire du Pub Quartier latin, rue Ontario, a demandé à tous ses clients d'entrer à l'intérieur. Inquiet, il a rangé chaises, tables et cendriers. À quelques mètres de là, la rue Ontario est lentement devenue un lac à cause d'une borne-fontaine vandalisée.

Violents affrontements

Les deux camps se sont affrontés à de nombreuses reprises au cours de la soirée et de la nuit, notamment à l'angle des rues Saint-Denis et Ontario, où des barricades ont été érigées à l'aide de matériel de construction. Des protestataires ont tenu le fort longtemps. Ils ont lancé des projectiles, dont des cônes de signalisation et des bouteilles de verre. Les policiers ont pour leur part procédé à des arrestations de masse musclées qui ont donné lieu à 275 interpellations. Trente autres personnes ont été arrêtées individuellement. Comme samedi, l'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec, facilement repérable avec son uniforme kaki et qui fait peur à de nombreux protestataires, est venue prêter main-forte aux agents montréalais.

La première arrestation de masse a eu lieu vers 22h à l'angle de l'avenue du Parc et de la rue Milton. La deuxième est survenue peu après minuit rue Sherbrooke, près de la rue Saint-Denis, et la troisième s'est terminée après 3h du matin au même endroit. Dans le premier groupe, plusieurs disaient avoir été arrêtés alors qu'ils tentaient simplement de quitter les lieux. Une jeune femme et son amoureux, assis sur le trottoir avec d'autres personnes en état d'arrestation, semblaient très inquiets. «On partait, mais on a été pris en souricière», a dit la fille, ébranlée.

Dans la confusion, des journalistes ont été bousculés et pris en souricière par des agents visiblement tendus. Il a fallu l'intervention d'un supérieur pour qu'ils soient libérés, les agents ne voulant rien entendre malgré des cartes de presse bien en vue. Le média étudiant Concordia University TV, qui diffuse les manifestations en direct sur le web, a pour sa part rapporté que son équipe avait été matraquée.

Même si plusieurs estiment que les manifestations ne donnent pas de résultat concret dans la lutte étudiante, les protestataires les jugent essentielles. Des manifestants interrogés avant le départ ont expliqué que les marches nocturnes sont un bon moyen de déjouer la loi spéciale. «C'est un événement spontané que personne n'organise, dit l'un d'eux. En plus, ça maintient la pression. On est là depuis 27 soirs. Pas 3, pas 4: 27. Et si les gens n'avaient pas tenu le coup même les soirs où ils n'étaient que 500, on ne serait pas ici ce soir.»

Rappelons que samedi aussi, les choses ont mal tourné en ville. Des pare-brise de véhicules de patrouille ont été fracassés, des feux ont été allumés en pleine rue et des manifestants ont lancé des projectiles et des irritants chimiques en direction des policiers. En tout, 69 personnes ont été arrêtées, notamment pour des agressions armées, des voies de fait sur des policiers et des incendies criminels. La terrasse d'un bar a été prise d'assaut par les policiers. Des pompiers ont été ciblés par des protestataires.

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