Les professeurs d'université dénoncent la loi spéciale

«Enseigner, c'est penser. Étudier, c'est également penser. Or,... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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«Enseigner, c'est penser. Étudier, c'est également penser. Or, il est impossible pour un individu de penser par obligation», a affirmé la présidente du Syndicat des professeurs de l'UQAM, Michèle Névert.

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Conflit étudiant

Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

La loi spéciale que s'apprête à présenter le gouvernement Charest pour régler le conflit avec les étudiants ne laisse rien présager de bon dans les universités. Les campus risquent de s'enflammer davantage, craignent les professeurs.

Les représentants d'une dizaine de syndicats de professeurs, qui regroupent quelque 5000 membres, se sont réunis ce matin pour dénoncer le climat qui règne depuis plusieurs semaines dans les campus.

Les décisions du gouvernement et des recteurs vont à l'encontre de la mission universitaire, disent-ils.   

La loi spéciale qui sera présentée ce soir à l'Assemblée nationale «exacerbe nos craintes de détérioration du conflit social et de détournement des enjeux principaux», a affirmé Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeurs d'université. 

Les injonctions et le recours à une loi d'exception créent un sentiment d'inquiétude et de stress ; elles donnent l'impression d'être privé de liberté, a ajouté Michèle Névert, présidente du Syndicat des professeurs de l'Université du Québec à Montréal. «Enseigner, c'est penser. Étudier, c'est également penser. Or, il est impossible pour un individu de penser par obligation», a-t-elle affirmé.

Les étudiants se livrent une «lutte fratricide» sur les campus et il est illusoire de croire qu'une loi va changer la donne. «Pour éviter un embrasement quasi inévitable, le gouvernement ne doit pas recourir à la loi spéciale. Il doit convoquer des états généraux», a ajouté Mme Névert.   

Annoncée mercredi soir comme une façon de calmer le jeu, la suspension du trimestre jusqu'au mois d'août aura l'effet contraire, craint aussi le président du Syndicat général des professeurs de l'Université de Montréal, Jean Portugais : «Nous sommes très inquiets du déroulement de cette rentrée en classe. Cette mesure présentée comme un apaisement produit exactement le contraire.»

Il ajoute que l'application d'un tel plan sera «extrêmement compliquée» et ne pourra se faire sans tenir compte des conventions collectives des professeurs.

M. Portugais ne semble pas croire que la mobilisation des étudiants s'essoufflera au cours de l'été. «Nous nous étions tous trompés sur l'essoufflement potentiel du mouvement. Il ne s'est pas essoufflé. Maintenant, le sentiment que j'ai, c'est qu'il est plus fort que jamais.» Plusieurs manifestations ont en effet suivi l'annonce de la loi spéciale, mercredi soir.

Professeur de philosophie à l'Université de Montréal, Christian Nadeau a ajouté: «S'il y a essoufflement, ce sera à nous de lui donner un peu plus d'oxygène.»   

Dans une déclaration commune, les professeurs ont blâmé le gouvernement et se sont dissociés des recteurs des universités et de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ).   

Ils réclament des états généraux sur l'avenir des universités. En attendant, ils organisent un sommet des universités pour l'automne.

Dans l'enseignement universitaire depuis 60 ans, Guy Rocher, professeur de sociologie à l'Université de Montréal, a témoigné de son inquiétude : «Je suis très inquiet parce que c'est une crise comme nous n'en avons jamais connu. Je n'avais jamais vu dans ma vie universitaire de policiers avec des matraques dans les corridors de mon université. Jamais je n'ai vu l'avenir de mon université aussi inquiétant.»

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