Des millions en dons aux partis municipaux

L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay

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Des contributions par chèques avec des prête-noms, des billets de cocktails de financement et beaucoup, beaucoup d'argent comptant. Voilà de quelle façon le président de Construction Frank Catania, Paolo Catania, a soutenu les partis politiques municipaux à Montréal, selon ce qu'il a déclaré à des enquêteurs de la commission Charbonneau, en février 2013.

2,7 millions pour Union Montréal

Union Montréal, le parti politique de l'ancien maire Gérald Tremblay, a largement bénéficié des dons faits par l'entrepreneur Paolo Catania. Entre 2004 et 2009, M. Catania « calcule avoir donné 2,7 millions de dollars à Bernard Trépanier » qui étaient destinés à Union Montréal ; M. Trépanier était alors responsable des finances du parti. Les contributions ont principalement été faites en argent comptant, soutient M. Catania.

Système occulte

C'est vers 2003-2004 que le système de financement occulte au sein du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, « a pris son envol [...] opéré en façade par Bernard Trépanier » mais dont le patron était le président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, a soutenu Paolo Catania à la commission Charbonneau. Il dit avoir donné à des conseillers de la ville ou des candidats, sans toutefois les identifier, des sommes variant de 2000 $ à 3000 $ en argent comptant ou en achetant des billets de cocktails.

Ristourne de 3 %

À compter de 2003-2004, lorsque l'entreprise de construction de Paolo Catania obtenait des contrats de la Ville de Montréal, une ristourne de 3 % était versée à Union Montréal, a raconté M. Catania qui a précisé que l'argent comptant transitait par Bernard Trépanier ; ce dernier avait d'ailleurs hérité du surnom de « Monsieur 3 % ». Le rapport d'enquête obtenu par La Presse ne fait aucune mention de la ristourne versée à la mafia, laquelle a été documentée lors des travaux de la commission Charbonneau ; le « pizzo » s'établissait entre 2 % et 5 % et permettait aux contributeurs d'être « intouchables », selon le terme utilisé par la Commission.

Contributions additionnelles

En plus de la ristourne de 3 %, Paolo Catania affirme avoir versé des contributions additionnelles, comme Bernard Trépanier le lui demandait. En 2004, il dit avoir donné 100 000 $, puis 200 000 $ de 2005 à 2008. C'est en 2009 que M. Catania a fait une contribution pour la dernière fois sous forme de ristourne, a-t-il affirmé. À cette époque, M. Catania était sous la loupe des médias pour son implication présumée dans le scandale immobilier Faubourg Contrecoeur. Son procès se déroule présentement pour fraude et complot dans ce dossier.

Le non-dit

Selon Paolo Catania, le financement politique à Union Montréal relevait du « non-dit ». Il explique qu'il savait que Frank Zampino était le patron de Bernard Trépanier puisqu'il avait fait des vérifications auprès de M. Zampino, compte tenu des importantes sommes d'argent qu'il remettait à M. Trépanier. « Zampino lui avait dit que Trépanier était une bonne personne et qu'il devait lui faire confiance », écrivent les enquêteurs.

Vision Montréal

Le parti Vision Montréal a touché quelques dizaines de milliers de dollars de Paolo Catania à compter des années 1995-1996, affirme l'entrepreneur. L'ancien maire Pierre Bourque était alors chef de Vision Montréal : M. Bourque n'a pas rappelé La Presse. M. Catania a raconté que c'est Gilles Thibodeau, de la firme de génie Groupe Séguin (devenue par la suite Génius), qui servait d'intermédiaire pour l'achat des billets pour des activités de financement. Il ajoute qu'une ou deux fois par année, il donnait également une somme de 10 000 $ en argent comptant, à la demande de M. Thibodeau.

Sous pression

Paolo Catania se souvient d'avoir donné une somme de 40 000 $ à l'ancien maire de l'arrondissement de Ville-Marie Benoit Labonté. La demande a été faite lors d'un repas au club privé 357C, selon ce qu'il a raconté aux enquêteurs. La situation l'avait irrité, car on lui avait dit qu'il devait verser de l'argent « s'il ne voulait pas avoir l'opposition à ses trousses lorsque des contrats de Construction F. Catania étaient votés au conseil ». Les enquêteurs indiquent dans leur rapport que M. Catania « a interprété le tout comme une menace ». La moitié de la somme exigée a été versée en argent comptant, a précisé Paolo Catania.

Coûts gonflés de 30 %

Paolo Catania accrédite la thèse des coûts gonflés de 30 % par la corruption pour les contrats attribués par la Ville de Montréal. L'entrepreneur a expliqué aux enquêteurs que les pots-de-vin qu'il aurait versés aux anciens ingénieurs de Montréal Gilles Surprenant et Luc Leclerc augmentaient le coût de 2 %. « La contribution politique lui coûtait 3 %, et il estime que l'ensemble des autres cadeaux lui coûtait un autre 2 % », relatent les enquêteurs dans le rapport obtenu par La Presse. Total : 7 %. M. Catania a précisé qu'il lui fallait enregistrer 14 % de plus de bénéfices, pour payer 7 % après impôt. « Il ajoutait alors 14 % de frais de corruption à sa marge bénéficiaire habituelle de 12 à 15 %, un total avoisinant alors les 25 à 30 % », ajoutent les enquêteurs. L'explication de M. Catania ne fait toutefois aucune mention du somme versée par des entrepreneurs à la mafia. Le témoin-vedette Lino Zambito a soutenu avoir versé 2,5 % des contrats obtenus à l'entrepreneur Nicolo Milioto, un proche de feu le parrain Nicolo Rizzuto.

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