10+1 questions avec Daniel Lebel

Daniel Lebel, président de l'Ordre des ingénieurs du... (Photo: Anne Gauthier, collaboration spéciale)

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Daniel Lebel, président de l'Ordre des ingénieurs du Québec.

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Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre un acteur de l'actualité et lui pose 10 questions en lien avec la couverture médiatique dont il a été l'objet. La 11e question vient du public. Cette semaine, notre journaliste rencontre Daniel Lebel, président de l'Ordre des ingénieurs du Québec.

1 Les ingénieurs sont les grands perdants à la suite des révélations de la commission Charbonneau. Leur image est ternie, ils ont désormais la réputation d'être malhonnêtes. Est-ce mérité selon vous?

Pas du tout. Il y a 63 000 ingénieurs au Québec et les allégations qu'on entend aujourd'hui touchent une minorité d'entre eux. Il y en a 63 000 qui travaillent dans 44 domaines différents. Ce qu'on apprend est choquant, troublant même, je ne peux pas vous dire le contraire. Mais on a demandé cette commission d'enquête et c'est important de la faire. Les membres souhaitent qu'on fasse ce ménage-là.

2 À partir de maintenant, comment remonter la pente?

Au quotidien, avec notre statut d'intervenant, nous sommes très présents à la commission Charbonneau et nous lançons des enquêtes chaque fois qu'il le faut. Cela nous a aidés à mieux cibler nos inspections professionnelles. Les événements des dernières années nous ont également poussés à nous remettre en question. Les révélations de la Commission ainsi que l'augmentation du nombre d'enquêtes - qui sont passées de 80 à plus de 400 par année depuis 2009 - nous ont conduits à intégrer un cours sur le professionnalisme destiné à nos membres. Depuis 2009, nous avons donné toutes les ressources nécessaires au bureau du syndic de l'Ordre pour qu'il puisse bien faire son travail d'enquête.

3 Combien de personnes travaillent au bureau du syndic?

Une trentaine de personnes, soit le double qu'en 2009. Il y a des inspecteurs sur le terrain, mais aussi des techniciens à la recherche. Le bureau du syndic a le pouvoir de lancer une enquête quand il entend des allégations à propos d'un de nos membres, et ce, dans les limites de la loi des commissions d'enquête.

4 L'Ordre des ingénieurs aurait-il pu faire quelque chose pour empêcher les événements qui sont relatés à la commission Charbonneau?

L'Ordre fait son travail de protection du public par les inspections et par l'admission des membres, qui est contrôlée, ainsi que par le travail du bureau du syndic. C'est la raison d'être d'un ordre professionnel. On a été parmi les premières organisations à demander une commission d'enquête. Mais ce qu'on voit en ce moment dépasse largement les lois professionnelles. Cela dit, on travaille sur des solutions qu'on déposera plus tard à la Commission.

5 Qu'arrivera-t-il aux ingénieurs qui seront déclarés coupables d'avoir violé durant plusieurs années leur code de déontologie? Seront-ils radiés? Leur imposera-t-on des amendes?

C'est le conseil de discipline - un tribunal administratif - qui décide de cela. Les sanctions peuvent être financières, ça peut aller de 1000$ à 12 500$ par infraction, et un membre peut en recevoir plusieurs. Ça peut aussi être une réprimande ou une radiation. Cela dépend de l'analyse du conseil de discipline.

6 Mais comment peut-on avoir confiance en ce comité de discipline quand on apprend qu'un de ses membres est soupçonné d'avoir commis des actes illégaux?

Les membres du comité de discipline font bien leur travail. L'Ordre s'assure vraiment que les gens sont des professionnels adéquats. À la suite des allégations à propos de François Perrault, nous avons agi immédiatement et M. Perrault a donné sa démission sur-le-champ, sur la base d'allégations, je le répète. Mais c'est ce qu'il fallait faire. Notre travail à nous est de nous assurer de la démission de cette personne-là.

7 Diriez-vous qu'on a négligé l'éthique dans la formation des ingénieurs au Québec?

Nous nous assurons par un examen à l'entrée dans la profession que le volet éthique est couvert. Ce qui se passe dans les universités regarde les universités. Durant la pratique, on s'assure également que les ingénieurs respectent leur code déontologique, mais on ne peut pas aller à la pêche à droite et à gauche pour aller voir ce qui se passe, ça nous prend une enquête, une plainte. Il faut une dénonciation. Le public commence à comprendre ce qu'est un ordre professionnel. Peu importe le professionnel, quand le public s'aperçoit qu'il y a une pratique déviante, il doit la dénoncer.

8 Que peut faire l'Ordre pour rétablir la confiance de la population et déconstruire la culture de collusion qui règne dans les grandes firmes d'ingénierie?

Nous avons fait plusieurs gestes pour rétablir la confiance: nous avons demandé une enquête publique, nous avons doublé nos effectifs au bureau du syndic, nous offrons un cours obligatoire sur le professionnalisme. Nous avons également revu nos manières d'inspecter. C'est une somme d'actions et on le sait qu'on a un gros travail à faire de ce côté-là. C'est l'objectif principal de notre plan stratégique 2010-2015. Ce n'est pas agréable pour nous d'entendre des allégations à propos d'un membre de notre comité de discipline. Par contre, on agit rapidement.

9 Vous avez accepté la présidence de l'Ordre en juin, alors que la profession était déjà en crise. Quelle était votre motivation?

J'étais déjà à l'Ordre, je siégeais au comité exécutif avec l'ancienne présidente, Maud Cohen. Je savais très bien dans quoi je me lançais, mais je me suis dit que c'était un moment stratégique, une occasion unique pour l'Ordre de se positionner, de corriger les malversations qu'on voit aujourd'hui et de s'assurer que les membres au Québec soient bien reconnus. C'est un ensemble d'éléments qui me motivent à faire ce travail. Même si je comprends la perte de confiance du public, je suis toujours fier d'être ingénieur.

10 Qu'avez-vous à dire aux milliers de professionnels qui, jusqu'à tout récemment, étaient fiers de dire qu'ils étaient ingénieurs?

Je leur dirais de se concentrer sur leurs confrères et leurs consoeurs qui ont une pratique impeccable. Il faut se concentrer sur le positif. Aujourd'hui, on est en train de faire un ménage qui s'impose, c'est un passage obligé, on n'a pas le choix. On va trouver des solutions, on va ramener les lettres de noblesse à notre profession et on va pouvoir être fier encore une fois d'être ingénieur. C'est une profession qui a toujours été bien perçue. Il ne faut pas se décourager et il faut continuer à avoir une pratique exemplaire.

TWITTER +1 Danielle Bourdages @db_lib

Que faisait l'Ordre des ingénieurs pour vérifier que le code de déontologie était connu et respecté?

Nous le vérifions à l'admission et ensuite pendant l'inspection professionnelle. Personnellement, j'ai terminé mes études il y a 20 ans et j'ai été inspecté deux fois, dont une fois il y a deux ans. Les inspections se veulent préventives et éducatives. Quand l'inspecteur visite un bureau, tous les ingénieurs doivent être là. On repasse avec nous des points de compétences pratiques, techniques et déontologiques. Nous avons également introduit un cours de deux heures et demie sur l'éthique. Ça peut avoir l'air ridicule, deux heures et demie devant son écran d'ordinateur à répondre à des mises en situation, mais pour l'avoir fait, je peux vous dire que ça fait vraiment réfléchir.

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