Un entrepreneur qui a vécu «l'enfer»

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Une tentative de meurtre, la visite menaçante de quatre hommes à bord d'une Cadillac noire, un ingénieur qui prévient qu'il «a reçu l'ordre de [le] crever»: un entrepreneur de la banlieue nord a raconté hier devant la commission Charbonneau «l'enfer» qu'il vit depuis 10 ans dans le milieu montréalais de la construction.

André Durocher a fondé Excavations Panthère en 1992. Pendant 10 ans, l'entreprise familiale a fait de bonnes affaires dans la couronne nord, mais la donne a changé dramatiquement en 2002.

Les problèmes d'Excavations Panthère ont culminé avec ce qu'André Durocher décrit comme une tentative de meurtre sur son frère. «Ils ont essayé de tuer mon frère Denis, qui avait emprunté mon véhicule, sur le coin d'une rue à Blainville. Il a reçu un coup-de-poing américain au visage. Ils lui ont cassé trois os dans le visage.» Les détails de cette mésaventure n'ont pas été rendus publics pour le moment afin de ne pas nuire à l'enquête policière en cours.

Un contrat réservé

Ce n'était pas la première fois qu'on craignait pour la vie d'un membre de la famille Durocher. En décembre 2008, Excavations Panthère s'est intéressée au contrat de réfection de la rue Chabanel, dans la métropole. «J'ai envoyé quelqu'un chercher les plans à Montréal, et ça ne faisait pas une heure qu'il avait pris le chemin du retour qu'on a eu un appel. La personne au bout de la ligne m'a dit que je n'avais pas d'affaire là, et que c'était à lui», a relaté l'entrepreneur. Des dizaines d'appels anonymes suivront.

Peu avant la date limite pour le dépôt des soumissions, l'assureur d'Excavations Panthère a appelé l'entrepreneur pour le prévenir que son intérêt pour un contrat à Montréal dérangeait un rival, Construction Conex. «C'était un endroit protégé, et si des gens vont jouer là-dedans, il risque d'y avoir des représailles», a d'ailleurs témoigné un peu plus tôt le courtier Pierre Papineau.

Devant l'entêtement de Durocher, quatre hommes à bord d'une Cadillac noire ont débarqué aux bureaux d'Excavations Panthère, la veille du dépôt. L'un d'eux a donné à l'entrepreneur un papier avec un numéro de téléphone. «T'es mieux de l'appeler, il a affaire à toi.» André Durocher s'est accroché.

La pression est devenue intenable le jour du dépôt des soumissions. Tôt le matin du 3 décembre 2008, Pierre Papineau a débarqué en trombe dans les bureaux d'Excavations Panthère. «André, on va se faire casser les jambes. Un, tu ne déposes pas [de soumission pour] Chabanel. Deux, je t'enlève ton cautionnement. Trois, je t'enlève toute assurance sur ton équipement si tu déposes quand même ton offre», lui aurait lancé le courtier.

Sans cautionnement, Excavation Panthère est hors circuit. Impossible de participer à l'appel d'offres, puisque la Ville exige toujours une telle assurance, qui équivaut à 10% du prix de tout contrat. C'est finalement Conex, du défunt entrepreneur Tony Conte, qui a obtenu le mandat pour 1,8 million.

Ordre de le «crever»

Si Excavations Panthère n'arrivait pas à soumissionner la majorité des contrats, il lui est parfois arrivé de se faufiler dans les mailles du «système». «Pas la bienvenue», on menait toutefois la vie dure à l'entreprise sur les chantiers.

En mai 2010, André Durocher a remporté un appel d'offres à Lachute. Moins d'une heure après avoir appris la nouvelle, la joie a vite fait place à l'inquiétude. L'ingénieur Steve Chaumont, de la firme LBHA, l'a appelé pour le prévenir que le chantier s'annonçait difficile. «On a reçu un téléphone et tu n'es pas le bienvenu. On a reçu l'ordre de te crever», a rapporté André Durocher. Celui-ci assure que la firme de génie ne serait pas responsable des nombreux malheurs qui se sont effectivement abattus sur lui par la suite.

Le propriétaire d'Excavations Panthère a par ailleurs nié avoir participé à quelque cartel que ce soit. Il dit plutôt avoir été victime de ceux en place. «André Durocher n'embarquait pas dans la collusion», a-t-il assuré. Au cours de son témoignage, au début du mois d'octobre, l'ex-entrepreneur Lino Zambito a affirmé au contraire que Durocher avait tenté de mettre sur pied un système de collusion dans la couronne nord en 2008.

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