Le ravitailleur Bella Desgagnés coincé par les glaces

Habituellement, le Bella Desgagnés arrive à Blanc-Sablon le... (Photo fournie par Michèle Leclerc)

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Habituellement, le Bella Desgagnés arrive à Blanc-Sablon le vendredi matin. Mais cette semaine, l'accumulation exceptionnelle de glace dans le golfe du Saint-Laurent a causé au moins quatre jours de retard.

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(AU LARGE DE BLANC-SABLON) Le bateau de ravitaillement de la Basse-Côte-Nord n'arrive pas à rejoindre Blanc-Sablon à cause de conditions climatiques exceptionnelles. Fruit du hasard, La Presse se trouve à son bord. Récit d'une situation qui crée bien des remous.

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Henry Larsen, brise-glace de taille moyenne, devait permettre au Bella Desgagnés d'atteindre Blanc-Sablon, mais la glace était trop dure et trop compacte, selon le capitaine Philippe Hémart.

Photo fournie par Michèle Leclerc

Le maire de Blanc-Sablon, Armand Joncas, est furieux. Ça fait trois jours que le bateau ravitailleur Bella Desgagnés dérive au large de sa ville, incapable de se frayer un chemin à travers l'épaisse couche de glace qui recouvre le golfe du Saint-Laurent. Et le brise-glace promis n'est toujours pas arrivé.

« Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas encore là, c'est une nouvelle preuve que les gouvernements nous considèrent comme le tiers-monde ! » tonne le maire Joncas au bout du fil.

Blanc-Sablon est la destination finale du bateau qui approvisionne la dizaine de villages de la Basse-Côte-Nord qui sont privés de tout lien routier avec le reste du Québec.

Le navire transporte des autos, des motoneiges, des matériaux de construction. Mais aussi des caisses de nourriture, incluant des denrées périssables comme les fruits, le pain et le lait. La vaste majorité des produits qui se retrouvent sur les rayons des magasins entre Kegaska et Blanc-Sablon sont livrés par voie maritime.

Habituellement, le Bella Desgagnés arrive à Blanc-Sablon le vendredi matin. Mais cette semaine, l'accumulation exceptionnelle de glace dans le golfe du Saint-Laurent a causé au moins quatre jours de retard. Et hier en fin d'après-midi, il était toujours impossible de garantir leur date de livraison.

« Ça nous cause de gros problèmes, quand ce sera livré, la nourriture ne sera plus bonne », s'indigne le maire. Il est convaincu que ce retard est révélateur du manque d'intérêt des gouvernements pour ces communautés isolées, semées sur la côte inhospitalière de la Basse-Côte-Nord.

Le hasard a voulu que La Presse se trouve à bord de ce bateau qui peine à atteindre sa destination. Hier matin, Blanc-Sablon n'avait jamais si bien porté son nom. À l'aube, depuis le pont du navire, le Bella Desgagnés semblait figé dans un désert blanc à l'infini.

La veille, les deux brise-glaces qui étaient venus à notre rencontre n'ont pas été capables de nous frayer un chemin jusqu'au port de Blanc-Sablon.

Selon le capitaine Philippe Hémart, la glace était trop dure et trop compacte pour permettre au Henry Larsen, brise-glace de taille moyenne, de nous escorter jusqu'au port.

La Garde côtière a donc décidé de dépêcher le Terry Fox, un des deux plus gros navires de sa flotte. Mais lui aussi cheminait avec difficulté, hier, vers la côte de Terre-Neuve, où le Bella Desgagnés dérivait avec la banquise. Il était attendu pour 20 h et au moment d'écrire ces lignes, le succès de l'opération était loin d'être garanti.

Pour résumer : lundi soir, le bateau se trouvait à une vingtaine de kilomètres à l'est de Blanc-Sablon. Hier matin, il avait retrouvé sa position de la veille : une vingtaine de kilomètres à l'ouest. En gros, on tournait en rond...

SITUATION PROBLÉMATIQUE

En attendant l'arrivée du nouveau brise-glace, ces conditions exceptionnelles créent des situations problématiques autant à bord du bateau que sur la terre ferme.

Prenez Jordan Nadeau, ouvrier de 23 ans qui s'est embarqué sur le Bella Desgagnés à Harrington Harbour pour rejoindre sa copine à Old Fort, près de Blanc-Sablon.

Le jeune homme est diabétique. Hier, il ne lui restait plus qu'une dose d'insuline. Le Bella Desgagnés a dû faire une escale imprévue à St. Barbe, Terre-Neuve, dont la côte est beaucoup plus accessible que celle du Québec, pour acheter son médicament à la pharmacie la plus proche.

Situation délicate également pour David Tenegan et Mary Pia Benuen, un couple d'Innus de Saint-Augustin qui va à Blanc-Sablon pour rejoindre Goose Bay, au Labrador.

Tous deux voyagent avec leur fillette de 2 ans, Akat. Normalement, le voyage entre Saint-Augustin et Blanc-Sablon ne dure que quelques heures. Après trois jours, la famille a épuisé toutes ses réserves de couches.

Le retard cause aussi des problèmes à Blanc-Sablon et dans d'autres villages de la « Basse-Côte » où des gens comptent sur le bateau pour aller à leurs rendez-vous médicaux à Sept-Îles.

SITUATION EXCEPTIONNELLE

La densité de la glace dans le golfe du Saint-Laurent, particulièrement entre Saint-Augustin et Blanc-Sablon, est due à une conjonction de facteurs défavorables.

Un printemps plus chaud que d'habitude a fait fondre plus tôt les glaciers du Groenland, ce qui a libéré des blocs de glace qui ont suivi le courant du Labrador avant de déboucher dans le golfe du Saint-Laurent.

En d'autres mots : les plaques de glace ont envahi le golfe trop tôt, à un moment où il ne fait pas encore assez chaud pour qu'elles se dissolvent rapidement dans l'eau.

Deuxième facteur : le vent. Quand il souffle de l'ouest, il pousse la glace vers Terre-Neuve. Mais il y a des jours qu'un vent du nord-est refoule la banquise vers la côte du Québec, où elle forme une masse quasi impénétrable.

«Nous faisons face à des conditions très particulières, une glace très compactée et un vent du nord-est qui la colle et rend le déglaçage très difficile.»

Julie Gascon
commissaire adjointe de la Garde côtière pour la région Centre et Arctique

Cette situation est tout à fait exceptionnelle, reconnaît Francis Roy, PDG de Relais Nordik, l'entreprise qui exploite le Bella Desgagnés. Mais il se demande si on ne pourrait pas faire mieux avec davantage de ressources.

« Il est clair selon moi que la Garde côtière manque de brise-glaces pour répondre aux besoins de la région durant cette période cruciale », dit-il.

Il se demande aussi si la Garde côtière canadienne garde le cap sur les bonnes priorités. « Nous sommes un service essentiel sur la Côte-Nord », fait-il valoir.

« Tout notre cycle d'approvisionnement est maintenant perturbé, la laitue va arriver en magasin après un long voyage, et nous avons déjà reçu nos nouvelles livraisons à Rimouski ! »

En attendant d'atteindre le quai de Blanc-Sablon, le temps file lentement sur le bateau ravitailleur qui, exception faite de l'escale forcée à Terre-Neuve, a passé les deux derniers jours à descendre et à remonter le fleuve entre Saint-Augustin et Blanc-Sablon.

Heureusement, il y a les occasionnels phoques sur la banquise et les icebergs qui défilent doucement au large de Terre-Neuve.




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