Des Québécois coincés à Gaza depuis deux mois

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Sophie Allard
La Presse

Une petite famille de Saint-Hubert, au sud de Montréal, est coincée depuis deux mois à Gaza, alors que l'Égypte et Israël maintiennent leurs frontières fermées. Désespéré, Hadi Eid, 53 ans, implore le Canada de lui venir en aide.

Hadi Eid et son fils Bashar... (Photo fournie par la famille) - image 1.0

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Hadi Eid et son fils Bashar

Photo fournie par la famille

Dès la fin de l'année scolaire, le 27 juin dernier, M. Eid s'est envolé vers Gaza, accompagné de sa femme Hanan Eltalla, de son fils Bashar, 16 ans, et de sa fille Sarah, 10 ans. Dès le lendemain, la frontière avec Gaza a été fermée. Le retour à Montréal était prévu le 7 août ; ils avaient déjà acheté leurs billets d'avion. Deux mois plus tard, ils sont encore à Gaza, ne sachant toujours pas quand ils pourront reprendre leur vie normale.

« Ça devient dramatique pour nous, a confié M. Eid, en entrevue téléphonique depuis Gaza. Les enfants ont raté la rentrée des classes, réussiront-ils à rattraper le retard ? Ils sont complètement déprimés, ils ne parlent plus à personne, ils préféreraient être à l'école, ils s'ennuient de leurs amis. »

«Ma femme a une garderie en milieu familial, elle a perdu ses clients. Elle pleure tous les jours, elle s'inquiète beaucoup.»

Hadi Eid

Employé à l'Institut de la statistique du Québec, M. Eid a dû prendre un congé sans solde dès le début du mois d'août. « Je dois maintenant payer l'hypothèque à l'aide d'une marge de crédit. On vit entassés dans la petite maison de ma mère, déjà bondée, ce n'est pas confortable. Ça ne peut plus durer. »

ANGOISSANTE ATTENTE

« Je souhaitais visiter ma mère, que j'avais vue une fois en 16 ans, et je souhaitais que mes enfants puissent la rencontrer, a dit M. Eid, qui vit au Québec depuis 2000. Je savais que les frontières pouvaient fermer quelques jours. Jamais je n'avais imaginé être coincé ici aussi longtemps. Avec nos passeports canadiens, je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué. »

Une semaine avant la date de retour prévue, soit le 27 juillet, M. Eid a pris contact avec l'ambassade du Canada en Israël. On l'a mis en contact avec des représentants canadiens à Ramallah, en Cisjordanie. « Je leur ai parlé plusieurs fois. J'appelle toutes les semaines pour demander des nouvelles, faire un suivi. Ils sont incapables de prévoir quand il sera possible de quitter Gaza. Ils disent que ça ne relève pas d'eux, qu'il faut attendre. Chaque semaine, c'est la même réponse. On ne sait rien. »

«Heureusement, la situation est assez stable présentement ici. Mais il y a le blocus. On peut témoigner que c'est une vraie prison. Comment se fait-il qu'ils n'arrivent pas à nous sortir d'ici?»

Hadi Eid

Selon le service d'inscription des Canadiens à l'étranger, 54 Canadiens se trouvent actuellement à l'intérieur de la bande de Gaza et 29, en Cisjordanie. « Il s'agit d'une estimation puisque l'inscription est volontaire, souligne Kristine Racicot, porte-parole à Affaires mondiales Canada. De plus, une inscription ne signifie pas qu'il y a une requête ou un besoin pour de l'assistance consulaire. »

LES POUVOIRS LIMITÉS DU CANADA

« Le Canada est en communication avec la famille Eid et leur offre toute l'information nécessaire pour pouvoir quitter la région, a indiqué par courriel Jessica Séguin, également porte-parole à Affaires mondiales Canada. Il est cependant important de rappeler que le Canada demande à ses citoyens de ne pas se rendre à Gaza en raison de la situation en matière de sécurité et en raison de la difficulté pour le Canada d'aider ses citoyens qui veulent quitter la région. Cet avis est en vigueur depuis l'an 2000. » 

« Les points d'entrée et de sortie de la bande de Gaza sont sous le contrôle des autorités israéliennes et égyptiennes et peuvent fermer soudainement, parfois pour de longues périodes », indique-t-on sur le site d'Affaires mondiales Canada.

« En raison de l'avertissement en vigueur, le Canada voit sa responsabilité juridique allégée. Il a néanmoins une responsabilité morale, surtout parce qu'il y a des jeunes. Il faut certainement intervenir », estime le politologue Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (OMAN) à la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM. Selon lui, la seule façon de faire pour le Canada serait d'établir un dialogue avec le gouvernement israélien.

«Il est préférable, pour la famille, d'opter pour un circuit diplomatique et d'éviter les points de passage qui peuvent être horribles à vivre pour des enfants.»

Sami Aoun, politologue

La famille Eid a néanmoins tenté sa chance. Au début du mois de septembre, l'Égypte a ouvert sa frontière pendant quelques jours à l'occasion du pèlerinage à La Mecque. « Ils ont fait sortir des milliers de personnes, mais nous sommes encore très loin sur la liste d'attente », raconte M. Eid.

De façon périodique, le Canada procède à des vagues de départs assistés de Canadiens se trouvant à Gaza. La dernière a eu lieu en juin.

« Ces départs assistés s'effectuent dès que la situation le permet et n'ont pas lieu à des fréquences ou intervalles préétablis », précise Mme Séguin.

La famille Eid garde espoir.

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